Eddy de Pretto en toute intimité

Interviewé dans le coin fumeur du Bougnat des Pouilles à Troyes, nous avons rencontré Eddy de Pretto, un des jeunes talents de l’année 2017. En effet, après un premier Ep sorti le 06 octobre, les inRocks lab 2016, dont il était le lauréat, Eddy de Pretto commence à faire parler de lui. Repéré pour sa musique pourvu d’une extrême originalité et des mises en scènes inhabituelles, on ne doute pas qu’Eddy de Pretto conquerra bientôt la scène française. Le jeune artiste, issu de Créteil revient avec nous afin de se confier sur ses projets, ce qu’il pense de sa musique et ses perceptions de vie.
Alors Eddy que dirais-tu s’il fallait te décrire en 3 mots ?
Eddy de Pretto: En trois mots ? Ouhlalalala… Authentique, sensible et sincère.
Est-ce que ton univers musical reflète ta personnalité ? Par exemple dans Kid, tu sembles être très concerné. On a senti une petite touche autobiographique dedans, t’en penses quoi toi ?
Eddy : Bah oui carrément, cet EP c’est totalement ce que je suis et ce que j’avais envie de raconter. Je me décris, je me raconte dont la sincérité, l’authenticité et la sensibilité. C’est moi ! Je m’appelle Eddy de Pretto, c’est sur ma carte d’identité, c’est vraiment moi !
On avait l’impression que tu cherchais à entretenir un mystère autour de toi, que tu ne voulais pas qu’on te comprenne, que tu voulais simplement qu’on sache ce qui te révolte sans pour autant nous montrer qui tu étais…
Eddy : Pourtant, moi je trouve que si, je me dévoile énormément déjà dans ces 4 titres, je raconte mes racines, mon lien avec les réseaux sociaux, mais aussi mon lien avec la masculinité par exemple. Je suis assez soucieux du détail quand même et j’ai fait en sorte que cet Ep me ressemble totalement ! Il n’y a pas de mystère en réalité, je ne cache rien ! Peut-être qu’un jour ça me perdra mais pour l’instant je ne cache rien.
Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer ? C’était dans la poursuite de tes études ou il y a eu comme une sorte d’effetdéclencheur ?
Eddy : Non non, moi ce qui me plait ça a toujours été la scène, j’ai commencé par le théâtre, la danse classique puis enfin la musique. En fait, ça s’est fait assez naturellement, par étapes, tu vas dans des écoles de chant et de danse, tu apprends à te perfectionner, tu t’entraînes, et après tu développes un peu ton répertoire puis tu te retrouves à faire un album !
T’as un mot pour ceux qui veulent tenter le domaine de la musique ?
Eddy : Juste : Croyez-en vous ! C’est le gros problème de chacun mais il faut !
Tu décris ta musique comme « non-genrée », comme un pont entre le rap et la chanson française, n’est-ce pas ?
Eddy : Mais j’avais même pas dit ça… Bon peut être que je l’ai dit mais (rires). On essaie un maximum dans notre société de codifier, de genrer, de faire rentrer dans une case tout ce qui existe: du genre : « alors qu’est-ce que vous faites comme chanson ? c’est du rap ? c’est du slam ? » Et, justement je trouve ces questions un peu erronées parce qu’elles ne servent pas franchement à mon projet. Quand on écoute, je pense qu’on n’est pas en train de se dire : « C’est du rap donc je vais écouter ça car d’ordinaire j’écoute que du rap ». Je pense que là où ça détonne, c’est que les gros rappeurs vont peut-être un peu plus aimer ce projet parce qu’il y a de la chanson soit, mais aussi des codes de rap ; et les fans de variétés vont aimer eux aussi car on a aussi quelque chose de plus urbain. On est dans une génération où on a eu tellement de choses à écouter et
disponibles, que ce qui me semble intéressant aujourd’hui c’est de faire des ponts et de découvrir, amener ou procréer des choses inédites au monde de la musique.
J’essaie d’être dans aucun courant et j’essaie simplement de me raconter au plus juste et au plus bref.
Du coup c’est un rappel aux réseaux sociaux, le fait que tu aies toujours ton téléphone à la main quand tu chantes ?
Eddy : ça justement c’est pour questionner un peu la surconsommation parce que ça
m’a toujours parlé. Moi, il faut savoir que je suis toujours sur mon téléphone, constamment. Comme avec toutes mes chansons et les thèmes que j’aborde, c’est quelque
chose que j’aime bien regarder de l’extérieur, me regarder, faire ma propre expérience et témoigner de ma génération et de comment je consomme les choses. Et en effet, cette surconsommation-là, je l’abuse et je la bois et je trouvais ça vraiment intéressant visuellement, de se dire qu’on peut même lancer des musiques avec son iPhone. Justement, je pense que c’est le moment où les gens se questionnent et se disent « ah oui merde, on en est là quand même, à faire des lives sur nos smartphones». Il faut se demander « Où est le danger dans tout ça ? ». C’est super important et du coup, ouais, vraiment ce que j’aime c’est inciter les gens à se poser des questions sur le monde dans lequel on vit. Susciter quelque chose c’est important, et je pense ça a bien marché puisqu’aujourd’hui tout le monde en parle.
« Ce qui me semble intéressant aujourd’hui c’est de faire des ponts et de découvrir, amener ou procréer des choses inédites au monde de la musique »
 
Justement, toi qui aimes bien questionner, c’est quoi ta vision de tout ça, t’en penses quoi finalement ?
Eddy : J’ai pas la réponse, j’ai pas envie de dire si c’est bien ou si c’est mal, je ne veux pas juger la chose, par exemple quand je vais voir une expo, je m’en fous de ce que j’aime ou non, c’est plutôt ce que ça me raconte et qu’est-ce que ça provoque en moi ? Est-ce que ça me dérange ? Je suis curieux de tout ça et je ne donne pas un jugement fataliste comme un vieux con à dire qu’ il faut arrêter les réseaux, ce n’est pas ça du tout le message. C’est plus pour mettre en exergue et questionner à nouveau sans jugements de valeur à proprement parler, juste ce que ça nous fait et comment on le digère et où est-ce qu’on veut
aller avec ça.
C’est la continuité du message que tu veux faire passer à travers tes musiques donc ?
Eddy : Aussi ! Il est question de fêtes, de se perdre dans la fête, et d’y retourner le lendemain.incarnés dans leurs réponses : ils se disent « putain, qu’est-ce
qu’il nous raconte ? » ; « putain, j’adore ! ». Ça suscite quelque chose au point d’écrire un commentaire sous une vidéo ! Moi je ne fais jamais ça et tant mieux qu’ils le fassent car c’était vraiment le but, qu’une réaction se fasse en eux !
En fait, toi tu t’en fiches qu’on aime ce que tu fais, tu veux simplement faire passer ton message ?
Eddy : On peut aimer aussi (ou pas), c’est un plus ! Si on n’aime pas c’est aussi une émotion et ne pas aimer ça a aussi son intérêt, je trouve que c’est aussi bien d’aimer un projet que de ne pas l’aimer, parce que quand tu n’aimes pas quelqu’un, t’as quand même un intérêt pour cette personne, elle te reste dans la tête et tu ne l’oublies pas. Quand je n’aime pas une chanson, c’est qu’elle me fait quelque chose, de négatif, certes, mais quelque chose d’assez puissant pour que je me dise qu’elle ne me plait pas.
Pourquoi te lancer courant 2017 ? On entend parler de toi que depuis cette année finalement et qu’est ce qui t’as poussé à démarrer vraiment? Les chansons que tu as faites avant comme « Rue de Moscou » sont introuvables…
Eddy : Ecoute, mon projet est plus vieux, il doit avoir 4/5 ans, mais au début je n’avais pas toute la confiance et les éléments pour avoir le signal défini ni les épaules pour porter mon projet. Tu commences un peu comme un chaton j’ai envie de dire, tu n’arrives pas comme un lion à cet âge-là. Bon je dis ça parce que j’ai un chaton depuis peu fin bref (rires). Tu commences, comme ça, un peu fragile, tu fais des maquettes pour appâter les maisons de disque et dire « coucou, je suis là, j’existe » et faire ton bonhomme de chemin. Grâce à ça tu trouves des trucs plus fiables, des plus grandes équipes, des choses plus construites pour arriver à des choses plus définies et qui correspondent surtout exactement à ce que tu es et ce que tu as envie de mettre dans ta musique. C’est sorti cette année-là parce qu’en-
fin j’avais réuni tout ce dont j’avais besoin, je savais ce que je voulais
et comment sortir mon projet.
Rue de Moscou, on la réentendra quand ? Jamais ?
Eddy : Si, si, déjà elle est là ce soir (ndlr : aux Nuits de Champagne), elle reviendra aussi sur le prochain EP.
Tu préfères travailler seul ou y a quand même quelques artistes avec qui tu voudrais collaborer ?
Eddy : Non je n’ai pas envie de collaborer.
Et pourquoi ?
Eddy : Pourquoi ? Parce que j’aime cet aspect de faire un album autobiographique, intimiste, qui me ressemble et je ne vois pas de collaboration pour le moment et encore moins pour un premier album.
Tes objectifs de carrière ? Ton album sort en septembre ?
Eddy : Un album qui fonctionne, bien accueilli et un deuxième d’autant plus ! Il sort plus tôt finalement, vers mars/avril.
Estimes-tu savoir qui tu es ?
Eddy : C’est un combat de vie ça, ce serait triste de savoir tout de suite ma raison de vivre, c’est toute ma vie, je sais que je vais évoluer et qui sait, peut-être que je vais faire un album, supprimer tous les sons quelques années plus tard et tous mes clips (rires) ndlr: c’est ce qu’il a fait justement pour un album datant d’il y a quelques années.
Tu as dit que tu avais un chaton ? Comment s’appelle-t-il ?
Eddy : On ne lui a pas donné de nom. On l’a pas genré lui non plus (rires), il ne va pas rentrer dans une case et devoir ressembler à quelqu’un comme si on l’avait appelé Martin ou Simone. Du coup nous ce qu’on fait, nous, c’est qu’on l’appelle pas. (ndlr : depuis il lui a quand même donné un prénom)
Tu avais dit, il y a quelque temps que la chanson c’était ta thérapie, en quoi ça t’a aidé ?
Eddy : Ça m’a amené des éléments de réponse, ça me permet de mieux vivre avec les choses et le monde qui m’entoure, mais pas totalement. Je ne sais pas sur quoi j’écrirais plus tard mais je pense que je continuerais de travailler sur ce qui me touche, comme la masculinité, la sexualité, la fête, les réseaux, …
Tu penses que c’est important d’en parler maintenant, d’appuyer sur le sujet dans un monde qui commence à peine à s’ouvrir ?
Eddy : Ouais, carrément ! Moi je me sentais un peu débordé, c’était lourd en moi, ça mûrissait dans mon esprit, je le sentais là ce poids là (montre son estomac) et un jour, inévitablement, ça a dégueulé sur du papier. Et c’était assez naturel pour moi et que ça
parle à d’autres gens c’est un miracle!
« Par contre dans ma fête, je suis fataliste, comment dire, limite pessimiste, je me dis peut-être faut que j’arrête puis finalement j’y retourne.
De Eléna Pougin, Marie Makhlouf et Clarissa Martins 
Photos : Eddy de Pretto DR

3 thoughts on “Eddy de Pretto en toute intimité

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :