Lonepsi et son nouvel arôme musical : Sans dire adieu

Lindolfo est un rappeur de  23 ans, connu sous le nom de Lonepsi.  Habitant en banlieue parisienne, il crée lui-même la plupart de ses instrus et ses lyrics très recherchés. C’est d’ailleurs ce  qui nous a particulièrement plu… Retour sur une rencontre enrichissante.

Pourquoi sans dire adieu?

Pourquoi sans dire adieu ? C’est un projet qui a une ligne directrice précise : dans ma vie j’ai perdu des choses, des personnes, des souvenirs, des amis, des amours, et je refusais de les voir partir. J’ai commencé à écrire des chansons, des textes sur ces personnes, ces amis,  ces souvenirs et je me suis rendu compte qu’à force d’y penser, ils étaient en moi, comme encrés en moi. Je ne les avais pas complètement perdus. Ce projet fut une manière de dire adieu à toutes ces choses-là dont je parle et c’est pour ça que je l’ai nommé comme ça… ça s’est fait assez naturellement finalement.

Est-ce que l’ordre avec lequel s’enchaînent les différents arômes au fil de ta musique a un sens précis ?

Je me suis beaucoup pris la tête sur l’ordre des morceaux mais ça n’a pas de sens chronologique, ni de sens au niveau sémantique. Je n’ai pas fait ça en fonction du nom des titres, je l’ai fait au niveau de la sensation que je ressentais après chaque morceau. J’ai cherché à rendre cet ordre le plus cohérent possible au bout de maintes et maintes reprises. C’est un enchaînement musical.

Quel est l’arôme le plus important à déceler pour comprendre le parfum de ton album ?

Je n’ai jamais réfléchi à cette question, je vais essayer d’y répondre spontanément. (rires)  Je ne pense pas qu’il y a un arôme qui prenne le dessus sur un autre, je pense que le parfum (l’album) est composé de plusieurs arômes qui forme un équilibre. Mais si je devais y répondre, je dirais le souvenir. C’est grâce au souvenir que j’ai pu composé cet album.

Quelle est la musique qui t’as procuré le plus de plaisir lors de l’écriture ?

Il y a deux types de plaisirs d’après moi : le plaisir musical, lorsque j’écris et que je sens que les notes réalisables avec ma voix vont me plaire, dans ce sens-là, je dirais « comme deux étoiles ». Il y a également le plaisir du nouveau pour moi, le plaisir de l’inédit, en ce sens, « le chien et le flacon » est celle où j’ai pris le plus de plaisir, puisque je n’avais jamais composé une musique parlée.

Credit photo - Dorian Feraud 2.jpg

Vois-tu une évolution personnelle, notamment dans ton écriture, entre tes deux albums ?

Je constate une évolution dans le sens où je me suis un peu plus professionnalisé pour mon deuxième album. Mon premier projet « les premiers sons du reste de ma vie » rassemble 14 morceaux qui sont sortis sur internet et qui ont été réunis sous la forme d’un projet, ça m’est venu très spontanément, sans stratégie particulière… tandis que mon deuxième projet, « sans dire adieu », est plus cohérent, l’idée de réaliser un album était présente avant la réalisation des morceaux. En ce qui concerne l’écriture, il est difficile d’avoir du recul sur sa manière d’écrire. Cependant, en lisant à peine trois mots d’une citation, je sais si elle est de moi ou pas, je pense trouver mon style d’écriture petit à petit. Oui, c’est certain,  il y a une évolution personnelle au niveau de l’écriture.

C’est grâce au souvenir que j’ai pu composé cet album.

Dans l’interview pour L’Orée Musicale début 2017, tu dis : « l’écriture, c’est un vrai besoin, c’est quelque chose qui me passionne, d’ailleurs, dans « passion », il y a « pathos », qui signifie « souffrance » en grec. Écrire, ça me fait prendre conscience des choses, et c’est en quelque sorte pour cela que ça me fait souffrir. » De quel type de souffrance parles-tu ici ?

Dans cette interview, je parlais d’un de mes morceaux qui s’appelle « le rap est ma maladie ». L’écriture me permet de ne pas souffrir, c’est justement un moyen par lequel j’arrive à exorciser une souffrance que je n’arrive pas à verbaliser à l’oral. Quand je parle d’une souffrance personnelle dans un texte, elle se dissipe, s’évapore grâce à la musique. Quand j’ai écrit cette chanson, je parlais du phénomène qui est la page blanche. Quand on ne trouve pas l’inspiration, alors qu’on a que la musique dans la vie, on n’a plus rien tout d’un coup. C’est un peu troublant, mais en même temps ça développe la passion, car cela nous provoque les mêmes émotions que si on perdait un être proche. C’est très intense.

Dans la dernière de tes musiques qui porte le nom de l’album « sans dire adieu », tu racontes : « tu es maladroite comme un enfant qui se précipite, mais je te pardonne car tu m’as sauvé de ce précipice. » Peux-tu expliquer cette phrase ? Parles-tu d’un ennui généralisé ou d’autre chose ?

Il y a eu une période dans ma vie qui a été très sombre, socialement ce n’était pas facile, dans le métro je baissais la tête… je n’allais pas bien. Et cette personne-là, dont la particularité est la maladresse, je le dis avec plein de tendresse, à réussi à me faire lever la tête.

Dans une interview de Screedconnexion en 2016, tu dis : « Je fais de la musique, et juste de la musique. Quand on me propose de me mettre devant un projecteur, je me dis que ce n’est pas ce que je veux faire. Moi, ce que je veux, c’est faire de la musique, écrire, composer des instrumentales. Après, aller sur scène ou même faire un clip, pour moi c’est quelque chose qui est en dehors de la musique. » Sachant que tu commences à faire de plus en plus de scène, ton point de vue est-il le même ?

De mon point de vue, la scène est un tout autre métier. Mais il y a peu de temps, je me suis entouré de professionnels (Live Nation), qui ont réussi à me convaincre que l’on pouvait éprouver du plaisir en concert. J’ai dis ça dans cette interview puisque mon premier concert ne s’était pas passé comme je l’espérais. J’avais pleins d’idées dans ma tête avant de monter sur scène, je pensais que j’allais avoir des frissons, que le public allait chanter mes paroles…. Sauf que quand je suis arrivé sur scène, toute la lumière était sur moi, je ne voyais pas le public, et les retours sur scène étaient tellement forts que j’ai finalement passé un concert seul avec moi-même. Les professionnels qui m’entourent actuellement ont fait en sorte que les concerts suivant se passent de la meilleure façon possible, et j’ai pris du plaisir à interpréter mes morceaux en live. Donc oui, mon point de vue a quand même changé depuis.

Il faut être proche de ses désirs si l’on veut réussir.

Et donc comment appréhendes-tu ta tournée ? Es-tu dans le stress ?

J’étais dans le stress quand je commençais mes premiers concerts. Maintenant, j’ai juste du stress 5 minutes avant de monter sur scène. La première émotion qui me vient en tête en pensant à ma tournée, c’est l’impatience.  Je suis vraiment impatient de rencontrer les gens qui m’écoutent sur internet, dans leur chambre, avec des amis ou sur la route…

Pensais-tu être capable de toucher autant de personnes avec ta musique ou est-ce une surprise pour toi également ?

Ah non non non ! C’était quelque chose d’inimaginable pour moi, c’est carrément quelque chose que je n’avais jamais prévu. Je faisais de la musique seulement pour moi, et toucher un tel public c’est vraiment une surprise que je n’espérais pas. Je pense que c’est quelque chose qui fait partie de la magie de la musique, puisque je n’avais pas cet objectif là, mais il est venu à moi.

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Quel œuvre (cinématographique, artistique, musicale) t’aurais marqué dans ta vie ?

Je dirais « Le clair de lune » de Debussy. Ce fut la première fois que je me suis pris une claque musicale en l’entendant, ça m’a procuré tellement d’émotions, que sur le coup je me suis vraiment dis qu’il fallait que je fasse quelque chose dans la musique. Je ne pouvais plus être uniquement spectateur, il fallait aussi que je sois acteur.

Une collaboration avec un rappeur français t’intéresserait-elle ou comptes-tu rester un loup solitaire ?

J’ai fais une première collaboration avec Lord Esperanza, on a déjà quelques maquettes.

La rencontre s’est super bien passée, je pense qu’il y a quelque chose qui va naître.

N’y avait-il pas quelque chose qui devait se faire avec Sopico également ?

Une collaboration est prévue depuis super longtemps avec lui. Nos emplois du temps sont très chargés, il est difficile pour l’instant de nous coordonner, mais nous avons hâte de la réaliser.

Peux-tu nous en dire plus ?

Je pense qu’avec Sopico la collaboration sera davantage tournée sur le côté instrumental et musical, tandis qu’avec Lord, ce sera davantage tourné vers un travail d’écriture. Ces deux collaborations sont très stimulantes pour moi.

As-tu un autre projet en tête ou vas-tu plutôt prendre le temps de savourer ceux-ci ?

J’ai déjà un autre projet en tête. J’ai déjà 12 morceaux écrits et enregistrés qui ne sont simplement pas totalement terminé. J’attends de voir comment ça germe en moi, et voir ce que j’en fais. Soit les sortir un par un, soit sortir un second projet au cours de l’année.

Si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui désirerait se lancer dans la musique, quel serait-il ?

Le premier conseil que je donnerais, c’est le travail. C’est-à-dire sans cesse penser à l’écriture, sans cesse penser à la musique, sans cesse travailler son flow, sa technique. Le second conseil que je donnerais, c’est avoir l’audace.  L’audace de faire le premier pas, de publier un contenu pour la toute première fois sur internet, ou même le partager avec son entourage. Et surtout, ne pas se décourager en entendant les critiques négatives, car généralement elles ne sont pas fondées, et une critique négative au début de ta carrière n’a pas vraiment d’importance… Même au milieu d’ailleurs. Il faut être proche de ses désirs si l’on veut réussir.

On vous invite vivement à aller écouter au plus vite son dernier album, « sans dire adieu ».

Pochette de l'EP en HD-3.png

Propos recueillis par Jean Baptiste Ruinet

 

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