Pomme, celle qui n’a pas peur de rêver

Avec un univers très paradoxal, partagé entre légèreté et profondeur, Pomme, jeune chanteuse française s’immisce dans notre liste d’artistes à suivre. Avec la sortie d’un nouvel album, « A peu près », en collaboration avec Waxx, Pomme nous fait rentrer dans son monde : elle y parle de sentiments, d’ennui, de mélancolie et des aléas de la vie. Cet album, aux conations personnelles est le subtil mélange d’une voix hors du commun et de paroles d’apparence naïves, se révélant être finalement très audacieuses. Son authenticité et sa fraicheur font d’elle une artiste en demi-teinte : tantôt toute puissante et tantôt plus douteuse et hésitante, créant dès lors le charme de son œuvre.

#002 - CMJN - Img3 - by Marta Bevacqua

Pourquoi avoir gardé Pomme, un surnom du collège, en nom d’artiste ?

Eh bien, parce qu’en fait ça vient de mon nom de famille, moi je m’appelle Claire Pommet et du coup les gens m’appelaient Pomme vu qu’on appelle souvent ses amis par leur nom de famille quand on est au collège, et du coup c’est resté et ça a toujours été naturel pour moi et quand le moment est venu d’officialiser le fait que je faisais de la musique et que je voulais en faire quelque chose de plus professionnel, je ne me suis pas trop posé la question parce que j’avais déjà cette espèce de surnom qui m’appartenait.

Et du coup, c’est un rêve d’enfant de devenir chanteuse ou est-ce venu au fur et à mesure ?

Un peu des deux, j’ai toujours chanté et ça a toujours été super présent mais je pense que j’ai commencé à y penser sérieusement à l’adolescence. Enfant, j’avais pleins d’envies différentes et d’idées et du coup c’est devenu vraiment quelques chose d’assez clair dans ma tête plutôt à partir de 14 /15 ans seulement.

Il y a un toujours un lien avec ma vie dans toutes mes chansons.

On sait que tu as fait du violoncelle étant jeune, puis du banjo et de la guitare, mais est-ce que tu penses que cette éducation musicale t’a donné beaucoup de clefs pour l’écriture de tes chansons ?

Disons que le fait de faire du solfège et d’avoir eu une pratique musicale hyper jeune, forcément c’est un atout parce que je sais déchiffrer des partitions, je pars avec un petit bagage musical assez important au final et qui m’aide énormément. Après on peut faire de la musique sur le tas sans jamais avoir appris, j’ai des tas d’amis qui font de la super musique sans jamais vraiment avoir fait de solfège parce qu’aujourd’hui il y a plein de moyens mis à notre disposition avec tous les logiciels et avec internet pour faire de la musique sans apprendre la théorie. A part ça, je faisais de la chorale quand j’étais plus jeune et c’est surtout ça qui m’a vraiment donné envie de chanter. Sinon, je peux jouer à peu près du piano, de la guitare, d’ailleurs c’est vraiment l’instrument que je joue le plus, et puis un peu de violoncelle, alors c’est sûr que ça facilite les choses quand je découvre un arrangement ou une chanson mais bon, c’est pas le plus important pour moi.

As-tu composé toi-même toutes tes chansons ou quelqu’un t’a aidé ?

Alors sur le disque c’est à peu près moitié moitié, je crois bien qu’il y a 5 chansons que j’ai écrites et composées et puis le reste a été écrit par d’autres. Après j’ai aussi fait de la co-écriture, enfin c’est assez varié sur le premier album en tout cas. L’idée est de tout écrire sur le deuxième disque parce que j’ai toujours écrit et composé, j’ai toujours écrit des poèmes, j’ai toujours écrit des histoires, mais pour ce premier album j’ai pas forcément eu ni le temps ni les conditions pour tout écrire et composer de moi-même parce que j’étais pas forcément prête aussi je pense. J’ai aussi beaucoup tourné, j’ai fait beaucoup de concerts et j’avais quand même envie de proposer un premier disque et de sortir quelque chose et donc je trouvais ça intéressant de faire appel à d’autres gens. En revanche, j’ai l’intention de tout écrire pour la suite parce que j’ai appris à avoir confiance en moi et en mon écriture, pour le premier disque c‘était bien plus difficile : je suis arrivée dans l’industrie à 17-18ans, c’était un peu intense pour une sortie d’adolescence, c’est dur d’avoir vraiment confiance et de dire « bon bah je vais écrire pour mon album ! ».

Et du coup sur ce qui est déjà sorti, quels titres as-tu écrit intégralement ?

Il y a « On brûlera » ; « A peu près », qui est le premier son de cet album et qui est aussi son titre ; il y a également « la Gare » mais j’ai composé aussi la musique de « Ce garçon est un ville » ; « La lavande » où j’ai fait l’écriture et la composition, j’ai coécrit « De là-haut » et je crois que c’est tout, attends je vérifie (rires) la fille trop au courant (rires) oui ça fait 5-6 en tout. 

Dans ton titre « A peu près », tu as l’air de parler d’une rupture ; dans beaucoup de tes autres chansons, tu parles d’amour aussi. On suppose que tu t’inspires de ta vie mais qu’en est-il ?

Alors ça dépend des chanson du disque mais en général oui, surtout les chansons que j’ai écrites moi-même évidement, celles qui viennent de ma plume sont forcément très liées à ce que j’ai vécu, après y a des chansons dans le disque comme Pauline, que je n’ai pas écrite, qui n’est pas une histoire vécue du tout mais que je trouvais cool et elle était pour moi une porte d’entrée pour aborder un truc qui j’avais envie d’aborder qui est la comparaison entre filles et cette espèce de concurrence horrible qu’on s’impose un peu toutes et du coup ça, c’est pas un truc que j’ai vécu directement, j’ai pas eu cette situation-là, qu’une fille me vole la personne que j’aime, mais ça peut toujours arriver et j’ai pu vivre des choses un peu semblables. En tous cas, il y a un toujours un lien avec ma vie dans toutes mes chansons, mais parfois c’est sûr qu’il y a de l’enrobage mais c’était difficile là où j’en étais de me livrer complément sur toute ma vie pour un premier album. Après, celles que j’ai écrites sont vraiment proches de moi et parfois c’est vrai que je raconte un peu des histoires (rires) mais il existe toujours une partie de la chanson à laquelle je m’identifie. 

Alors, à 21 ans et demi, est-ce que tu penses en savoir assez sur l’amour pour en faire le thème principal de tes chansons ou au contraire penses-tu que ton âge est un atout pour présenter la naïveté de la jeunesse face à l’amour ?

Alors 21 ans et c’est un peu tournant tu vois, il y a déjà des chansons desquelles je me sens moins proche alors que ce disque est sorti il y a seulement 5 mois, sachant qu’entre 19 et 25 ans, je suis consciente qu’on change complément et surtout c’est là où on vit certaines expériences, bien que certains les vivent plus tôt ou plus tard, en ce qui me concerne j’ai commencé a vraiment vivre des choses dans ma vie et à « tester » à partir de 19-20 ans ; alors à partir du moment où j’ai enregistré mon album et le moment où je l’ai sorti, c’est un âge où je pouvais parler d’amour avec un peu de connaissances mais c’est un peu en tâtonnant et c’est pour ça aussi que j’ai appelé mon album comme ça car il y a un espèce de truc qui fait qu’on a toujours l’impression de vivre très intensément, en plus je suis hyper sensible alors j’ai l’impression de vivre tout à cent à l’heure alors j’ai l’impression de pouvoir en parler mais en même temps il me reste encore 3 fois ce que j’ai déjà vécu à vivre devant moi donc c’est assez marrant. Je pense qu’on peut totalement parler d’amour à 20 ans parce qu’on le vit et que la plupart des gens l’ont déjà vécu une fois ou deux fois voir plus mais c’est sûr qu’il y a des choses que je ne sais pas (rires) c’est sûr a 1000 %. 

Tu viens de parler de ton premier album paru fin octobre 2017 ; est-ce qu’on peut dire que ça a été un succès ? En as-tu été contente ?

Alors c’est une question compliquée, d’abord parce qu’un premier disque, c’est assez gravé, et même complètement gravé, arrêté dans le temps, là où les concerts ou le live, c’est toujours un peu vivant et ça peut toujours être ajusté et du coup, le disque moi je l’aime beaucoup, franchement, je l’assume, c’est hyper cool, je suis hyper contente de le défendre mais il y a des choses dont je me sens moins concernée à l’heure d’aujourd’hui qu’auparavant. Comme je disais, autour de la sortie du disque, j’ai eu peu d’exposition même si une espèce de regain est apparu depuis le début de l’année. Et c’est marrant parce que moi je suis déjà en train d’écrire des nouveaux trucs et je me projette déjà sur la suite et en même temps il y a cette espèce de mise en lumière sur ce premier disque depuis quelque temps donc c’est trop cool, franchement, même si j’ai déjà une certaine distance par rapport à certaines chansons, d’autres me collent toujours autant à la peau alors c’est encore mieux que cet album commence à prendre de l’ampleur.

#006 - CMJN - Img1 - by Marta Bevacqua

Quelles émotions veux-tu faire passer au travers de ta musique ? Y a-t-il un message plus profond que ce qui y est explicité ?

Oui, parce que c’est vrai que ça parle toujours d’émotions et d’amour, enfin en tous cas en apparence mais il y a un truc plus profond de sensibilité et de ressenti. Il y a un espèce de fil rouge un peu caché dans mon album, le thème du temps qui passe et de la mort, tout ça est assez présent et un peu sous-jacent et en fait, je pense qu’on peut avoir plusieurs lectures : la première lecture qui est assez fondée et centrée sur les sentiments amoureux et ensuite, si on réécoute les chansons, il y a des subtilités et je pense que c’est pour ça que c’est un album qui peut, et qui doit, s’écouter plusieurs fois, parfois même avec de la distance, genre le réécouter plusieurs mois après. Tu vois par exemple, une chanson comme Pauline, on n’a pas la même écoute je pense quand on me connait et qu’on connait un peu ma personnalité, que lorsqu’on ne la connait pas. Ça peut juste avoir l’air d’une chanson un peu cool et marante sur une meuf qui a piqué le mec d’une autre meuf mais en vrai là, j’ai tout un discours aussi derrière, d’ailleurs, je fais de plus en plus d’interviews autour de ça et du féminisme. Ce qui est cool c’est que ça prend forme en concert aussi comme je suis toute seule sur scène et que je parle un peu entre les chansons et que j’ai tendance à être hyper spontané avec les gens, je pense que venir en concert, ça peut aider à comprendre l’album différemment.

Toi qui, très jeune, a lancé ta carrière, que voudrais-tu dire à un public d’étudiants ?

Déjà, ce truc en France, sans vouloir froisser personne : il y a une culture de l’humilité assez insupportable donc la première chose que je dirais à des étudiants et des jeunes de mon âge, c’est d’oser avoir confiance en eux déjà, d’oser se réjouir de leurs propres aboutissements et d’oser être fiers d’eux ! Parce que je trouve ça assez difficile, qu’en France on n’ait pas trop le droit de s’aimer soi-même. Moi j’en ai hyper souffert, pendant des années, j’étais tout le temps en train de me tasser et de dire aux gens « non non mais ce n’est pas très bien ce que je fais… » juste parce que j’avais peur que les gens ils me trouvent péteuse quoi et déjà juste d’être content de ce qu’on fait et de se valoriser soi-même, c’est une espèce de truc immense et hyper dur à faire et que moi j’essaie de faire tous les jours. Je pense que vous devriez tous aussi. Ça en vaut vraiment la peine.

Je pense qu’on peut totalement parler d’amour à 20 ans.

Propos recueillis par Zoé Gazerian & Olga Bachelot

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