Vous avez dit « harcèlement sexuel » ?

On a balancé notre « porc » et après?

Le 5 octobre, Holywood subit un coup dur, un revers de médaille, un coup de projecteur : Harvey Weinstein, célèbre producteur est accusé dans le New York Times d’avoir violé et harcelé sexuellement plus de 60 femmes. Mais comme le dit Courrier International, « Harvey Weinstein ne peut laver tous les pêchés d’Holywoood ». Plus qu’aux Etats-Unis, depuis ce 5 octobre, c’est le monde entier qui réagit autour de la problèmatique du harcèlement sexuel. Certains diront que la parole est libérée, que tout le monde connait enfin l’ampleur de ce harcèlement, mais est-ce vraiment vrai? Mooz a interviewé une vingtaine de personnes dans Troyes sur cette thématique, les avis divergent et se rassemblent pour dire : plusieurs fois, le harcèlement sexuel a été mis dans les unes de journaux mais jamais rien n’a bougé! Comment changer les choses? Les femmes( et les hommes également) dénoncent leur harceleur à coup d’hashtag comme #balancetonporc ou #metoo, un hashatag peut-il aider les femmes à se libérer des chaines du harcèlement? Zoom sur les réactions des Troyens afin de comprendre l’ampleur qu’a pris le harcèlement après Weinstein.

Pour vous le harcèlement sexuel, c’est quoi? Et le harcèlement de rue?

-Quand le comportement d’une personne dépasse l’autre personne à qui il est adressé.

-Ca commence assez rapidement, il faut savoir reconnaître quand la personne n’est pas réceptive en fait, il faut toujours que ça se passe dans le respect de l’autre, en réalité on peut vite être harcelant, même sans le vouloir finalement.
-Ca commence quand la personne n’est pas d’accord pour un échange ou une conversation avec vous, ou que ça l’opportune.

-Ca touche les femmes mais aussi les hommes, pas mal de personnes sont concernées par ce phénomène et c’est vraiment dèsagréable pour eux je pense.

-La femme est obligée et forcée de répondre, rabaissée et je pense que ça ne sert à rien d’insister avec une personne qui n’a pas envie. Savoir accepter le refus c’est important dans notre société.
– Pour moi, c’est pas seulement des gestes ou un viol, c’est le quotidien: ça nous pollue, le harcèlement de rue est considéré comme normal alors qu’il ne l’est pas. On se méfie, nous les femmes, on change de vêtements pour ne pas susciter des regards.
– On dit non et la personne continue. Continuer de me parler alors que je m’en vais pour moi c’est vraiment de l’irrespect et ça ne peut en aucun cas me faire changer d’avis.

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En avez-vous déjà été temoin,l’avez vous déjà subi?

-Oui, bien sûr mais je pense qu’un garçon qui nous arrête dans la rue pour dire qu’on est jolie, c’est pas du harcèlement. Moi je dis juste merci et je m’en vais. Quand on se sent suivi ou qu’il y a des regards insistants, là ok on se sent mal à l’aise!

-Oui je l’ai déjà vu de nombreuses fois!

-J’ai déjà assisté à une scène de ce genre : la femme était avec son petit garçon de 4 ans environ et deux hommes l’insultaient, ils la traitent de salope devant son gamin car elle ne répondait pas et ça m’a profondément choqué.
– Ouais, j’ai déjà été témoin, par contre c’est si fréquent que je n’y fais plus vraiment gaffe.

Comment on pourrait draguer quelqu’un dans la rue sans harceler?

-Honnêtement, je ne pense pas qu’on puisse.

-Soit on s’y prend bien pour draguer dans la rue sans être agressif soit on le fait pas.
-Moi, j’ai eu des amis qui ont eu des propos que je trouvais totalement inacceptables envers des personnes dans la rue. En 2017, le manque d’ouverture d’esprit ça ne devrait plus exister.
-On sait reconnaître les gens souriants et qui n’ont pas d’attentions perverses, nous demandons juste à être mieux considérées qu’un « morceau de viande ».

 

L’affaire Weinstein, en avez-vous déjà entendu parler?

-Oui, ça relance le sujet des promotions canapés, comme si l’on en avait jamais entendu parler alors que ça revient souvent dans notre actualité sans vraiment changer quelque chose à la situation!
-Non, du tout!
-Oui! On aurait du en parler avant, pour les actrices concernées, ça fait remonter des choses à la surface alors qu’elles commencaient peut être à tourner la page…
-Les hommes exercent leurs pouvoirs dans tous les domaines, c’est inadmissible d’avoir tut ça aussi longtemps, Weinstein a abusé de son pouvoir comme beaucoup d’autres et personne n’a rien dit!

Est-ce qu’on en fait de trop sur le harcèlement en ce moment? Pensez vous que l’ampleur des événements est disproportionnée?

-Y a peut-être une extrapolation et je pense que des gens ont été accusé à tord, ça c’est certain!
-Non, je pense que c’est important au contraire de délier les langues comme ça a été fait, ça ne devrait pas être tabou!
-C’est futile pour nous les hommes, mais si ça peut les aider, elles tant mieux!
-Les omertas sont dans tous les milieux et si on en parle pas, ça restera caché à jamais!
-Comment voulez-vous que le problème évolue si on en discute pas, au contraire parlez en!

Que pensez-vous des #balance ton porc et #metoo?

-Ca peut changer les choses, ça peut pas les empirer, elles ne peuvent qu’être améliorées.
-C’est utile pour s’ouvrir, dénoncer et ne pas garder le silence et ce poids en soi.
-Ca aide les femmes à être prises au sérieux

– C’est pas seulement un défouloir,ça brise la loi du silence, c’est un moyen de montrer que c’est tous les jours!
-Ca permet de prendre conscience, mais selon moi ça ne peut libérer qu’à long terme, le nombre de tweets montre l’ampleur et donne un réel impact à la parole des femmes pour une fois!

Comment règler le problème selon vous?

-L’éducation! Même celle des plus petits, un petit garçon ne vaut pas plus qu’une petite fille!
-Non c’est non, voilà ce qu’il faut instaurer dans les mentalités, ce serait déjà un grand pas!
-Il faut en discuter avec les jeunes et se concentrer à ce qu’au sein du noyau familial, il y ait une égalité entre la mère et le père, autrement l’enfant ne peut pas comprendre qu’ils sont égaux.
-Continuez d’en parler pendant quelque temps, ça fera du bien déjà, de se sentir entendu pour une fois!

Depuis, l’impact de l’affaire médiatique de Weinstein s’est dissipé quelque peu. Néanmoins l’ampleur des évènements suscite de nombreuses interrogations : y aura t-il un après Weinstein? Comment faire évoluer la situation sans pour autant l’envenimer? Depuis toujours, les femmes sont considérées comme l’inférieur de l’homme. A l’époque préhistorique déjà, l’homme obtenait double ration de protéines et ne lui laissait seulement que les féculents. La femme a toujours eu moins de place pour se développer.( Françoise Héritier) Moins de place pour ses idées, pour grandir, pour apprendre, pour travailler… Mais pourquoi? Comme un objet, la femme est longtemps parue tel quelque chose que ne peut bouger, qu’on doit laisser en dehors des décisions, sur un meuble dans le coin de la maison. Des hommes dèsormais se disent eux aussi « féministes » et comprennent ce besoin de reconnaissance de la part des femmes. D’autres hommes, eux, se disent « masculinistes » et pensent que les femmes en font trop et s’inquiètent pour leurs droits à eux aussi. Ils pensent que les femmes ne cherchent pas l’égalité mais la supériorité, alors qu’ eux l’ont depuis toujours. Le harcèlement sexuel n’est pas une fatalité : tout problème, sa solution et c’est seulement lorsque les moeurs accepteront l’égalité des sexes que l’on pourra le résoudre. Autrement, comme toujours les femmes s’expriment mais ne sont pas écoutées. Et justement, le scandale Weinstein a permis que pour une rare fois les victimes particulièrement féminines puissent exprimer leur ressenti dans une societé qui est peut-être désormais prêtes à écouter et à faire évoluer le monde. La génération future nous laisse espèrer pour le meilleur, et ce que nous nous devons faire, c’est tout mettre en oeuvre pour apprendre aux adultes de demain à communiquer afin que le fossé hommes-femme trouve un pont.

« Ça touche les femmes mais aussi les hommes »

Les chiffres: 1 femme sur 5 confrontée à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie 82% des Français de moins de 17 ans ont été victimes de harcèlement de rue.

 

Chiffres : Insee ; Par: Eléna Pougin et Pauline Fortier.

Dessins: Maya Benarouch.

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