Columbine, le collectif qui garde les pieds sur terre

Nous avons rencontré Lujipeka et Foda C du collectif Rennais Columbine en marge de leur concert en octobre à Brest, à la salle de La Carène. Leur venue avait rapidement précipité leurs fans à s’arracher les tickets. Du coup, le concert était complet. A la fin de la soirée, entre deux séances de selfies avec leurs (très jeunes) fans, ils nous ont parlé des thématiques qui régissent leur univers.

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Rennes

Lieu naissance. Lieu de vie. Scolarité. Scène musicale pas forcément très intéressante. Souvent ce sont des collègues où des gens qu’on connaît. Mais ce ne sont pas des groupes qui nous ont influencé. A Rennes, je ne pourrai te citer personne que je sens en pleine expansion. Mais il y a des types qu’on connaît qui font de la musique dans leur chambre, qui font 50 vues et qu’on kiffe de ouf. La scène de Rennes est très rock, et pour le coup on n’écoute pas beaucoup cette musique. Et niveau rap, on ne la connaît que de loin. Mais c’est une scène qui pourrait évoluer dans ce style. Au final, on est en train de montrer qu’il n’y a pas d’endroit pour commencer dans le rap. En ce moment ça explose partout. Tant que ton propos est cohérent et ce que tu dégages l’est tout autant, ça peut prendre.

Gus Van Sant

Une influence parmi tant d’autres. Parmi milles. Par rapport à son film « Elephant ». Le film le plus relié au projet Columbine. C’est plus pour aider à expliquer notre nom. On donne souvent en exemple ce film, mais ce n’est pas notre film favori. Le film qui traite le mieux le film avec différentes voix, différentes pistes, et qui rentre pas dans la diabolisation, il est dans la compréhension. Sur des événements comme ça, on est tous un peu responsables, on cherche à savoir les causes du mal, etc, et nous c’est un peu ça, la cause de la frustration et de la violence, c’est ce qu’on cherche. Et puis c’est la douceur du film qui choque par rapport à la fin plus poignante, c’est aussi ce qu’exprime notre logo [une kalachnikov surmontée des ailes d’une colombe] qui reflète la paix, l’amour et la mort.

Lorenzo

Lorenzo à la base il fait partie de Columbine, il a juste voulu faire son projet en solo. Columbine, c’est un collectif et un groupe à la fois. Le groupe ce serait plus nous deux parce qu’on crée la musique. Le collectif, on est plein, et Lorenzo en fait partie. Et tant mieux pour lui que ça ait marché. Il y a du soutien mutuel. A la base, les premières vidéos de Lorenzo on les partageait, puis ça a pété, et maintenant on se rend la pareille. On est potes. C’est notre gars.

On défend le rap, c’est notre crédo

Booba

Booba, il parle de choses très réelles. On aime bien ce qu’il fait. Il faut pas prendre ce ton un peu sarcastique en parlant des rappeurs comme ça si tu n’as pas cette culture des quartiers. On est un peu du même milieu nous aussi. On fait pas un truc élitiste. On n’aime pas qu’on nous dise « Columbine ils font pas comme les autres, ils écrivent, ils savent conjuguer, etc », ça fait un peu cliché. Nous on défend tous les rappeurs, on n’a pas la prétention de se sentir plus intelligents que d’autres rappeurs qui nous foutent des claques et qui sont critiqués par les médias.

Claques

On en reçoit beaucoup des claques musicales. On écoute beaucoup de trucs actuels. Des trucs connus et inconnus.

Bigflo & Oli

Ça fait pas partie de notre playlist. Mais on cherche aussi à comprendre. On n’aime pas forcément ce qu’ils font mais on va chercher à écouter. Pareil pour Nekfeu. On écoute de tout. Et on défend le rap, même sur le principe, c’est notre crédo. Des fois il y a des interviews de rappeurs qui se passent mal, où ils se font tailler. On n’accepte pas. Pour nous, c’est un truc de solidarité. Personne n’est là vraiment par hasard, tout le monde a une partie de succès mérité.

La culture est une arme

« Je suis breliquet, je suis pas teubé. » C’est une phrase de Booba. Je suis calibré, je lis pas de bouquins. Cette phrase, c’est celle qui a été le plus de fois faite dans le rap, c’est marrant que t’en parles. C’est vraiment la phrase qui a été le plus prise dans tous les sens, mais plus en mode « je m’en bats les couilles de la culture et j’ai mon arme de poing dans la main ». Mais ouais, je suppose que la culture est une arme. Mais le fusil en est une aussi. Nous on est pas dans la glorification de l’acte, on est sur tout ce qui a autour. Même si c’est tragique. On est touché par le fait, mais il y a plus une volonté de comprendre, mais ce n’est pas une apologie du tout de la tuerie. On n’est pas dans la chasse aux sorcières, mais on est là pour comprendre nos propres démons. On les crée soi-même. Ces gens-là sont victimisés, du coup ça fabrique une haine. Nous on essaye de faire la part des choses. Il y a pas de jugement hâtif en mode « c’est de la barbarie », on essaye de comprendre, et de se sentir responsable autour d’une même cause. Et de ne pas être dans la diabolisation mais le recul.

L’avenir

Il s’annonce bien. Marrant et radieux. Difficile aussi. Par rapport à la musique et notre label, qu’on a créé. On a la main dans tout. A côté de ça, on fait notre tournée. On a de plus en plus de trucs à gérer. Ça va être difficile mais ça s’annonce bien aussi. Il faut être torturé pour faire de la musique. Mais il faut persévérer. On vit aussi ce qu’on a envie de vivre au fond depuis toujours. On a toujours bossé pour réussir. Au début t’es naïf, tu n’as pas les détails, tu ne sais pas vraiment comment il faut s’y prendre. Mais une fois que tu t’y es, à force de faire des concerts, t’oublies presque l’émerveillement de tes débuts. Puis il suffit de te reprendre une claque pour que tu te dises « ah putain, j’ai de la chance quand même ». On essaye de garder les pieds sur terre au maximum. Je pense que c’est un truc qui fait partie de nous. Même quand ça part en couilles, au final le naturel revient au galop. Après, on a beaucoup bossé, on a le mérite de ça, c’est même pas vraiment de la chance au final.

Aujourd’hui le rap a pris la place de la chanson française, on se retrouve avec un manque de meufs.

Parité

Ça nous fait plaisir de voir des meufs qui commencent à rapper mais c’est un milieu plus difficile pour les meufs. Ce serait cool qu’elles puissent plus s’y intégrer mais ce sont des codes très masculins qui ont été intégrés depuis des années et qui sont durs à déconstruire. J’avoue qu’il y a de la difficulté mais il y a largement la place et le marché pour. Notre public, c’est beaucoup de filles par exemple. Ce ne sont pas que des groupies, ce n’est pas que du fanatisme, si elles sont là, c’est qu’on leur parle, qu’on leur évoque quelque chose quelque part. Ce pourraient être des filles qui pourraient être écrire des textes plus tard. On a déjà reçu des textes de filles. Au niveau de la scène musicale féminine, il y a des femmes qui rappent mais c’est difficile. Le problème c’est qu’en France, les rappeuses sont tout le temps dans le corrosif et dans le violent, du coup ça crée quelque chose qui les bloque elles-mêmes. Dans le rap, il y a comme un étau, et pour prendre sa place il faut innover. Et les anglophones ont moins de difficultés pour percer parce qu’ils ont une culture musicale davantage féminine. Les plus grosses pop stars américaines, ce sont des femmes. En France, le rap a tout effacé. Il y a plus des Vanessa Paradis, ou des Alizée ou des trucs comme ça. Elles ont marqué leur temps. Aujourd’hui le rap a pris la place de la chanson française. Et du coup on se retrouve avec un manque de meufs. Pour citer une rappeuse française qui a sorti un putain de son il y a pas longtemps, c’est Aynine. Après, il y a un truc hip-hop qui prend de plus en plus chez les filles. Je pense qu’en terme de parité, c’est mieux maintenant, mais il y a encore beaucoup de boulot à faire, ça ferait plaisir d’en voir plus.

Propos recueillis par Lucile Moy

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