Loi ORE : un système plus performant ou sélection à l’entrée de l’université ?

La Loi ORE est la source d’un grand débat. Effectivement celle-ci, initialement créée pour refonder durablement l’entrée dans l’enseignement supérieur suscite des grèves, manifestations et des critiques.

Les blocages ont commencé avec la  journée de mobilisation contre la réforme du gouvernement dès  le 22 mars dernier. Depuis, le mouvement s’est répandu et une quarantaine de sites universitaires ont été ou sont toujours bloqués par des manifestants.  Si dans certains établissements cela s’est  limité à un simple blocage temporaire des bâtiments, d’autres ont été le théâtre de violences qui ont parfois nécessité l’intervention des forces de l’ordre. Au Palais Universitaire de Strasbourg ou à la Faculté de Lettre de Dijon par exemple, le blocage n’aura duré que quelques heures, contre quelques jours pour l’Université François Rabelais de Tours et le Campus de Valrose de l’Université de Nice.  Dans certains cas, les établissements sont le théâtre de violences comme dans les présidences des universités de Nantes et Grenoble-Alpes, dans un bâtiment de l’université de Nanterre ou encore à l’université de Montpellier qui a connu des affrontements d’une violence extrême  dans la nuit du 22 au 23 mars (cf encadré).  A Paris-Sorbonne, Lyon 2 ou encore Paris I-Tolbiac, les forces de l’ordre sont intervenues pour faire sortir les bloqueurs des lieux.  Ainsi, certains lieux sont devenus emblématiques de la lutte contre la loi Vidal.

Environ-3-000-etudiants-reunis-assemblee-generale-universite-Rennes-2-reconduisent-blocage-16-avril-2018_0_728_483Environ 3 000 étudiants réunis en assemblée générale à l’université de Rennes 2 reconduisent le blocage de la fac, le 16 avril 2018. / Joël Le Gall/Ouest France/MaxPPP/Image La Croix.

Faculté de Droit de Montpellier : Dans la nuit du 22 au 23 mars, une dizaine de personnes cagoulées pénètrent dans un amphithéâtre occupé par une trentaine d’étudiants pour les déloger à coup de bâtons et de Taser.  Une semaine plus tard, l’un des professeurs et le doyen de l’université, Philippe Pétel, ont été mis en examen, soupçonnés d’avoir pris contact avec le groupe d’individus intervenu dans l’amphithéâtre contre les étudiants. Au final, sept personnes ont été légèrement blessées lors de l’incident et les cours ont été suspendus jusqu’au 3 avril. Si cet évènement aura marqué les étudiants présents ce soir là au point de craindre un retour dans leur université, il fait surtout partie des plus violents sur l’ensemble des blocages étudiants et est emblématique de la division que suscite la loi.

Université Paris I- Tolbiac : Affaire la plus médiatisée et la plus emblématique du mouvement étudiant contre la loi ORE, l’affaire Tolbiac ne finit plus de faire parler d’elle. Le site Tolbiac-Pierre-Mendès-France de l’université Paris I a dans un premier temps été fermé entre le lundi 26 mars et le jeudi 29 mars au matin en raison de l’occupation de l’établissement par une cinquantaine d’étudiants. Les débuts sont pacifiques : les étudiants qui occupent les lieux sont calmes, ils réclament le retrait des lois ORE (Orientation et Réussite des Etudiants) et Asile-immigration. Cependant, le blocage illimité est voté le mardi 3 avril par une assemblée nationale étudiante et le blocage s’étend même au site  Saint-Denis de l’université Paris 8, totalement bloqué pour la première fois ce même mardi. Dès lors le blocage change de dimension : les médias ne sont plus les bienvenus, des gens extérieurs à l’université prennent part au mouvement. En marge de l’occupation, des incidents ont eu lieu le vendredi 7 avril. Après plusieurs appels du président de l’université, les CRS sont intervenus pour faire évacuer le campus vendredi 20 avril au matin, forçant une centaine de personne à quitter les lieux. L’évacuation s’est faite dans la violence et certains témoignages parlent même de blessés, même si cette information est démentie par la préfecture de police de Paris. De nombreuses dégradations ont été constatées et l’affaire n’est pas encore finie. Quant à l’issue de ce bras de fer, rien n’est moins sûr. Tout ce que l’on sait, c’est que Tolbiac est le symbole de la lutte contre la réforme du gouvernement, et que la fin de cette affaire risque de déterminer  l’issue du mouvement dans l’ensemble du pays.

Loi Orientation et Réussite des Etudiants

La loi ORE a pour but de supprimer le tirage au sort et réduire le taux d’échec en première année de licence qui atteint environ 60%. Les universités pourront ainsi examiner les dossiers des étudiants et choisir leurs étudiants dans les filières ou le nombre de candidats est supérieur au nombre de places. Pour certain c’est une sélection, pour d’autres une meilleure orientation. Le gouvernement s’est engagé à créer 22000 nouvelles places dans les filières sous tension, mais il y aura 28000 bacheliers supplémentaires à la rentrée 2018 par rapport à l’année précédente. Ils étaient déjà  87 000 bacheliers et étudiants à n’avoir obtenu aucune réponse à leur demande l’année dernière.

Pourquoi cette loi est contestée ?

Pour certains Parcoursup, la nouvelle plate-forme pour faire ses vœux remplaçant APB,   pénalise les élèves issus des catégories sociales les plus populaires. On aurait alors affaire à une sélection sociale. De plus les universités vont être obligées d’étudier chaque cas, ce qui représente une charge de travail conséquente. Les universités pourront choisir, en examinant leurs dossiers, leurs futurs étudiants qui postulent à l’entrée de ces filières dite «en tension». Ce «tri» des candidatures est perçu comme de la sélection par les détracteurs de la réforme.

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Image : ©AFP.

Le Témoignage engagé de Jade:

À ma jeunesse révoltée

Je souhaiterai te dédier quelques mots, sous les étoiles joignant le ciel, par le froid glaçant les veines et les cœurs réchauffants les rêves

C’est un appel à l’aide …

Macron, dominant les étudiants par un plan renforçant l’entrée à la fac et la vie étudiante, mène la vie dure à mes espoirs.
Par différents textes méprisant les pavés des révoltes, il nous met tous à la porte !
Une porte nommée élite, où seul, enfant de l’argent trouvera sa place !
Où seul, enfant de l’intolérance nous fera face!
Ce sera un monde dystopique sans féerie, un monde où pôle emploi rimera avec amis.
Alors barricadez vos esprits avec le peu de liberté qu’il vous restera, car si nous perdons notre combat, plus personne à la fac, il n’y aura !

C’est un appel à la mobilisation !

Et c’est ainsi que je m’adresse à vous, jeunesse universitaire et lycéenne, mais aussi à toute personne se portant volontaire.
Nous avons besoin d’aide pour continuer la liberté des points levés et rendre honneur aux morts enclavés !
Nous avons besoin d’aide dans la révolte, besoin de bénévoles pour la récolte!
Et nous sommes déjà nombreux, enragés pour la liberté
Nous somme déjà nombreux engagés les mains liées !

Si je devais vous parler de moi, je vous dirais tout d’abord à quel point j’ai froid !
Mais aussi à quel point la faim nous guette, bercée par les menaces des gardes à vue!
Je vous dirai que je suis fatiguée mais pour autant que je ne vous lâcherai pas ! Et que je continuerai à me battre pour nos droits !
Je vous dirai aussi que je me démène pour vous informer, vous mobiliser pour votre liberté.
Je vous dirai que j’organise des cours soutenus par les enseignants pour continuer d’étudier en combattant !
Je vous dirai que je ne vous prive pas de vos partiels mais que je facilite la réalisation de vos rêves !
Et je finirai par vous dire que je ne suis pas seule, que nous sommes nombreux, et bien motivés à empêcher les mécréants d’investir nos lieux !

Ceci est un appel à la résistance!

Donc voilà c’est un petit appel par rapport à ce qui se passe en ce moment après je te laisse t’informer du plan étudiant, pour les étudiants et lycéens, si tu as besoin d’info en plus je peux t’en donner…
Par exemple aujourd’hui 54% des facs et universités sont bloquées et occupées en France ! C’est énorme, maintenant à vous de bloquer les lycées!
Parce qu’on veut une fac libre! Non à la sélection, à la non compensation entre les matières et les semestre, aux bourses diminuées, aux renforcement du système Ajac et du rattrapage !
La France se soulève pour l’anniversaire des 50 ans de mai 68 ! Sauf que cette fois-ci on a la rage au bout des rêves!
Nous en France on se bat contre la désinformation et l’Etat.
Donc je t’envoie un appel à l’aide!
Pour Tolbiac, Science Po, La Sorbonne, Paul Valery à Montpellier, à Nanterre (pas tes rêves), Rennes et plein d’autre!

Témoignage de Joseph étudiant à la Sorbonne:

Cela va faire maintenant presque un mois et demi que la grève gronde.

À la « commune de Clicli », surnom donné à l’antenne de sciences humaines de la Sorbonne, basée à Clignancourt (à la périphérie de Paris) ; est installé ce que l’on appelle un blocus par les étudiants mobilisés contre la Loi Vidal.

Frédérique Vidal, c’est la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de notre président, Emmanuel Macron. Elle a fait un projet de loi, déjà voté par le Sénat (encore majoritairement à droite) qui propose pas mal de restrictions : fin des redoublements, rattrapages, compensations de semestres d’une même année ; mais aussi et avant tout cela, un renforcement de la sélection, déjà géographique à l’heure actuelle. Il s’agira désormais de sélectionner au sein même de l’Académie de Paris.

J’ai cette année 18 ans, et la même année que moi, sont nés davantage d’Hommes que d’habitude en France, c’est ce que l’on appelle un baby-boom. Alors on connaît celui des années 1920-30, mais on n’estime pas tellement l’existence de celui du début des années 2000. Il n’en demeure pas moins qu’il y a cette année 17% d’étudiants en plus qui arrivent en première année d’études supérieures. Il faut donc y faire face, après une dizaine d’années où déjà entre 2 et 10 milliers d’étudiants se retrouvaient sans aucune formation.

Les Universités sont remplies, c’est un fait ; la réponse du gouvernement est donc la sélection et la diminution des chances. Chacun son avis sur ce point, mais il n’est pas question de renforcer le budget de l’Enseignement Supérieur pour créer de nouveaux locaux et agrandir les capacités physiques d’accueil des facultés publiques selon le pouvoir en place. Comme quoi, il faut avoir conscience de ce qu’il se passe et en savoir un minimum avant de parler à tort et à travers. Après toute cette explication, je n’ai pas encore parlé du blocus. Les étudiants ont donc décidé d’occuper la majorité des Universités publiques de Paris, dont je me contenterais de parler puisque c’est là que j’habite : pendant plusieurs journées, toutes les antennes ont été simultanément bloquées.

Il s’agit des mêmes procédés qu’en Mai 68, que l’on compare à ce phénomène ; mais la mobilisation est plus compliquée et le gouvernement profite de cette opposition naissante entre étudiants pour faire oublier le fond de la réforme, dommageable aux avis d’une majorité d’étudiants, qui ne sont pas en revanche pas du même avis sur les moyens de réagir, beaucoup regrettant fortement l’occupation des lieux de savoir que sont les Universités. Alors, quel camp choisir, aucun de deux en ce qui me concerne : l’écoute et l’observation sont mes maîtres mots. La France est un pays de négociation et de paroles, bousculée aujourd’hui par un Président en marche, rapide et peu consultatif. C’est sa voie, rendre des comptes aux français au bout de 5 si courtes années ; il l’avait annoncé et les français l’ont élu, parfois par dépit mais les faits sont là et la démocratie s’exprime de ce côté.

Du côté des étudiants aussi, puisqu’ils disposent de ce droit de grève rappelons-le. Pour ma part, je ne suis pas le plus à plaindre et en ai conscience alors m’attache plutôt à émaner compréhension et paix autour ce de phénomène.

Témoignages recueillis par Fatma Kebe, Guillaume Oppin, Jean baptiste Hochard et Romain Feron

Image à la une : ©Ladépèche

 

 

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