DEGREE, la musique comme échappatoire

 

            Grégoire, le jeune prodige de la musique électro-folk use de son talent pour nous faire voyager à travers son univers. A seulement 19 ans, il compose et réalise lui-même ses enregistrements. Sa voix atypique mélangée subtilement à ses instrumentations envoutantes nous permet de découvrir son échappatoire rempli de sentiments… Retour sur cet artiste rencontré à l’occasion des Inouïs du Printemps de Bourges…

 

Comment définirais-tu  ta musique ?

Degree : C’est un projet électro-folk, qui est soutenu par une mélancolie et qui se développe avec des rythmes un peu dansants. C’est une incantation scénique, un peu sauvage parfois.

 

Est-ce que tu pourrais transposer ta musique en une image ?

Je pense que ce serait une mer où il y a l’aspect calme de l’étendu d’eau allié à l’aspect orageux qui peut venir à tout moment, qui me fait penser aux drums, aux synthés un peu distordus que j’ajoute dans ma musique.

Quelles sont tes influences musicales ?

Je dirais James Blake, Chet Faker ou encore Woodkid. Ils arrivent à allier la musique électronique, orchestrale ou encore acoustique. Il y a quelque chose qui résonne en moi quand j’écoute ça, ça me donne des frissons.

 

 Et maintenant, je vois que ça peut devenir ma vie.

 

Quel est ton endroit favori pour composer ta musique ? Tu écris d’abord la mélodie ou les paroles de tes chansons ?

C’est le coin de ma chambre, à côté de mon lit. C’est un studio un peu à l’arrache mais pour moi ce qui compte ce sont les instruments, la manière dont on en joue, pas le studio. J’y ajoute quelques lumières tamisées pour créer mon univers : ma chambre c’est ma bulle. Souvent, je commence par la mélodie mais ça dépend, parfois l’inspiration vient d’une phrase à laquelle je pense dans le bus, ou même d’une phrase que j’entends. Je la note direct sur mon portable et j’essaye de trouver des rythmes…

 

 

Qu’est-ce que la musique pour toi ? Qu’est- ce qu’elle t’apporte ?

La guitare était une sorte d’échappatoire quand j’ai commencé à composer, j’ai pu mettre tous les sentiments tristes dans ma guitare. Partager ma tristesse, c’est quelque chose que je déteste, je préfère tout garder pour moi, ne pas être « négatif » avec les autres. C’était une sorte de sac dans lequel je pouvais tout mettre. Je pense que c’est d’ailleurs pour ça que mes musiques sont très mélancoliques. Outres l’échappatoire, c’est aussi une passion, tout comme le graphisme que je développe beaucoup. Ce sont des choses que j’adore, que je fais naturellement et je ne peux pas m’en passer, c’est vital.

Comment t’aies venu cette envie de faire carrière dans la musique ?

Depuis la 6e, j’ai appris la guitare. On m’a donné des accords pour faire des reprises et je me suis dit que je pouvais moi aussi composer. Bien sûr au début c’était pas fameux mais ça se développe. Plus tard, en tant qu’autodidacte, j’ai touché au piano, à la batterie. J’ai eu mon ordi qu’en entrant au lycée et c’est à partir de ce moment que j’ai pu mélanger les sons et me dire que je pouvais faire varier des tonalités, jouer avec les formes, avec ce que ça peut faire ressentir : C’est de là que je me suis dit que je pouvais faire de l’électro-folk. C’était une passion, après les cours. Il y en a qui sortent en boite, moi je restais dans ma chambre à faire des sons et maintenant, je vois que ça peut devenir ma vie.

Faire ta vie dans la musique n’était pas l’objectif ?

 C’était une passion et un rêve, tu vois tous les grands qui y arrivent et tu te dis que tu n’y arriveras jamais, qu’aucun festival ne voudra de toi et finalement… me voilà à Bourges.

On te voit t’épanouir seul sur scène, t’aimerai être accompagné par d’autres ? Te consacrer juste au chant ?

Au début, je voulais vraiment symboliser ce que je faisais dans ma chambre : mes machines, cette façon que j’ai de poser mes mains sur les instruments et c’est une manière pour moi de dégager, de montrer mes sentiments/ mes émotions. Dans les années à venir c’est quelque chose qui me plairait même qu’un seul, par exemple un bon batteur ça donne vraiment une profondeur à un groupe sur scène, j’apprécie vraiment. S’éloigner des machines pourquoi pas, s’en séparer je ne pense pas :  Plutôt créer des variantes, mais ce sont des choses qui vont venir naturellement. Je commence déjà à changer 2/3 trucs, j’ai quelques productions sur scène où je chante seulement avec des arrangements derrière, où je ne suis pas sur les machines et je peux donc plus m’investir scéniquement parlant.

Quelle serait la collaboration de tes rêves ?

Actuellement, ce serait avec Woodkid, ce serait vraiment top ou The Shoes, j’adore leurs sons, ça me donne tout le temps des frissons. Ce serait eux principalement.

Dans ta chanson Under The Same Flag, tu mets en avant des sujets d’actualité, selon toi la musique est le meilleur outil pour faire passer un message ?

Ce n’est pas le meilleur outil, c’est un outil parmi tant d’autres. C’est bien, ça peut aider, mais chacun a sa manière de comprendre et d’aborder des sujets. Ma musique je ne la fais pas dans un sens politique, je ne fais pas ça pour me faire entendre à propos de cela. Encore une fois, pour Under The Same Flag, c’est un sujet qui m’a touché et du coup je l’ai mis dans ma guitare. Je l’avais composé après la Pride de Nantes, c’était une super journée, c’était joyeux. C’est pour ça que le premier couplet est super joyeux. Je composais tranquillement cette musique et là sont arrivés les attentats… Quand tu sors d’une Pride t’es heureux, tu crois que tout est fini et là non, retour à la réalité… Je l’ai raconté, et j’ai partagé mon sentiment par rapport à ça, je trouvais que c’était une structure audible, je voulais le partager. Beaucoup ont ressenti la même chose que moi, c’est même passé à la radio en Amérique, c’était incroyable et j’étais content que mon message soit partagé mais ce n’était pas mon projet primaire. C’était que du plus.

 

 

Si tu étais à la Pride de Nantes, pourquoi avoir choisi des images des Etats-Unis dans ton clip ?

Ce clip est une collaboration avec Simon Bonneau de l’équipe Chivteam. Il était à la Women’s March il y a deux ans, avant les élections présidentielles américaines, et défilait pour les causes que Donald Trump démonte un peu. Il a décidé de filmer et en entendant mon son, il m’a proposé de les utiliser. Ma musique n’était pas faite en direction de ses causes, bien que ce soit aussi ici l’image d’un regroupement des personnes réuni sous le même drapeau. Ça permettait d’accentuer la palette de messages : le clip apporte une idée, un soutien en plus. Je suis fier du message que ça transmet.

Toutes tes chansons sont en anglais, tu as l’air d’avoir un rapport assez fort avec cette langue, pourquoi ?

C’est l’échappatoire, la timidité : Quand je composais dans ma chambre, je ne voulais pas que mon frère me comprenne dans la chambre d’à côté. L’idée est toute simple : tu te crées une barrière, même si les gens te comprennent, toi ce n’est pas ta langue natale. Puis, quand tu utilises le mot « chaise » en français par exemple, c’est dur comme mot alors que dès que tu utilises « chair » il y a une forme de lyrisme, de poésie. En ce qui concerne le français, on est très brut sur les mots, on a tendance à se focaliser sur le sens courant, on ne prend que trop peu de recul : On ne met pas assez de poésie dans la langue, même si des artistes réussissent à le faire. J’apprécie beaucoup Eddy de Pretto ou Fauve par exemple. Par la suite, j’aimerai toucher au français mais pour l’instant il y a un « mur » qui me bloque. Je pense que c’est aussi dû à mes références, c’est naturel pour moi de m’être dirigé vers l’anglais.

On peut donc envisager des scènes à l’étranger ?  

J’adorerai et pour le coup, je chanterai en français, car il n’y aurait plus la barrière. Et puis, c’est beau de partager notre langue dans d’autres pays.

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Est-ce que tu as un rituel avant de monter sur scène ?

Le rituel… C’est ce que l’on appelle le stress, je fais les 100 pas. Je répète des mots pour travailler mon articulation, des mots lambdas comme « quiche, tarte », des mots nuls. Pas de rituels particuliers, je saute juste dans tous les sens.

Après ton passage aux Inouïs, qu’attendais-tu de cette expérience et comment ça s’est déroulé ?

Je pense vraiment que ça a été un grand tremplin, un évènement fou car il y a vraiment beaucoup de professionnels, des rencontres à faire. C’était ma 3escène mais je me suis éclaté même si j’étais très stressé. C’est d’ailleurs quelque chose que je travaille, pour laquelle je prends et je prendrai du temps. J’arrête mes études l’année prochaine donc j’aurai le temps de bosser à fond. Le mot à garder de cette expérience, ce serait vraiment tremplin.

De ce fait, tu penses que le Printemps de Bourges est vraiment la « marche » importante de ta carrière ?

C’en est une parmi tant d’autres mais c’est vrai que, l’idée, l’ambiance, leurs têtes d’affiche sont très intéressantes. Mais je suis aussi aux Trans Musicales cette année par exemple, je pense que chaque évènement est important dans une carrière.

Si tu devais choisir un artiste à aller voir au Printemps De Bourges ?

Directement, Ibeyi, c’est dingue ce qu’elles font, c’est magnifique.

 

Tu vois tous les grands qui y arrivent et tu te dis que tu n’y arriveras jamais, qu’aucun festival ne voudra de toi et finalement… me voilà à Bourges.

Propos recueillis par Clara Hampe.

Images : Zoé Cavaro, DR.

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