À lire cet été : Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, Arto Paasilinna

Donnez-moi Oskar Huuskonen, prêtre pour lequel la foi est vacante et dont le mariage touche à sa fin, à qui a été offert pour son anniversaire un ourson orphelin. Donnez-moi ensuite cet ourson, Belzébuth dont la mère a été tuée, électrocutée en haut d’un poteau électrique, à la suite d’un conflit alimentaire causé par un banquet organisé par une femme qui aimait tout ranger et prévoir religieusement. Donnez-moi tout cela et je ne pourrai vous faire ne serait-ce qu’un quart de ce qu’a créé Arto Passilinna avec Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen. Plus déconcertant que ce livre, je ne connais pas. C’est comme ces dessins qui ne ressemblent à rien de prêt mais qui prennent vie lorsque l’on s’éloigne.

J’ai été profondément touchée. Touchée dans mes croyances, dans ma vision de ce que pouvait être la vie. Dans ma façon de gérer chaque petit élément du quotidien et de l’extraordinaire, aussi imprévu qu’il peut être ou non. Tellement, que j’ai songé à accueillir tous les oursons orphelins que je pourrais croiser. Ou les tigrons orphelins. On est touché par ce sentimentalisme aussi cru et naturel. Le pasteur adopte cet ourson que sa femme déteste, parce que vous comprenez, ça défèque partout et puis quand même, c’est un ours… Tous les personnages au plus extrême d’eux-mêmes à la manière des Précieuses ridicules, chaque personnage étant sa propre caricature. Des événements et décisions tout aussi cocasses les uns que les autres : des leçons de repassage ursines à des séances de « javelot ascensionnel », on pourra tout autant se noyer dans notre confusion que dans nos larmes de rire. Mais Paasilina, par ce livre, nous transmet aussi son amour de la nature. Il nous envoie dans des endroits paradisiaques, des lieux nordiques esseulés mais tellement ressourçant. Une ode au naturel dans toutes ses formes, dans le naturel de vivre dans la complexité humaine. La Nature naturelle dans toute sa splendeur.

L’œuvre m’a grandement fait penser à Candide. Un parcours initiatique dans lequel le pasteur se détache de sa foi chrétienne mais pas de sa pratique. Il prie mais compare Jésus à un communiste. C’est un ironique pratiquant. Il appelle son ours Belzébuth et envoie paitre les membres de l’église locale. Qui est ce bestial serviteur au final ? L’ours, offert en guise de vengeance à ce prêtre qui évolue avec son temps est sans nul doute celui qui a le mieux compris la nature humaine et quel comportement adopter.

L’auteur de Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés vous offre via ce livre, la
possibilité de rigoler tout en regardant le ciel de votre fenêtre, voiture, train, bunker, pré ou rêve en vous demandant que diable faites-vous là et pourquoi le faites-vous.
A mettre dans les mains de tout grand ou petit penseur, de personne en manque de chaleur animale ou tout simplement à la recherche d’un livre à lire parce que, c’est bon de lire.

«Avant de s’endormir, le pasteur Oskar Huuskonen songea vaguement que si Jésus avait été finlandais, marcher sur les eaux n’aurait pas été un bien grand miracle, en tout cas en hiver. Ce n’était pas une question d’ardeur de la foi, mais d’épaisseur de la glace. »

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, Arto Paasilina, 1995.

 

Alizée Michaud

Image : éditions folio

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