SOPICO, RAPPEUR À LA GRATTE

Mélissandre et Matthis, deux de nos rédacteurs, se sont rendus à la Magnifique Society. Entre deux concerts, ils ont eu l’occasion de rencontrer Sopico, artiste compositeur et interprète de la nouvelle scène rap française. Le rappeur du 18ème se confie au MOOZ sur l’essence de sa musique, ses inspirations et son amour pour la guitare… Bonne lecture !

Aujourd’hui la guitare prend une place importante chez les jeunes artistes francophones. Est-ce que pour toi c’est une démarche consciente d’intégrer la guitare dans tes sons ou ce sont plutôt tes influences qui t’ont poussé à le faire ?

Sopico : J’ai toujours été ultra-sensible aux morceaux sur lesquels il y avait des guitares et encore plus aux morceaux sur lesquels il y avait des solos. Avant de faire du rap, avant d’écrire et même avant d’apprendre à jouer de la guitare j’ai été bluffé par des morceaux où surgissait une guitare. Du coup, le jour où j’ai commencé à apprendre à faire de la guitare, je me suis intéressé à des groupes où la guitare avait sa place, où il y avait des guitares heroes en fait. J’ai appris des morceaux de Metallica, de Nirvana, de beaucoup de groupes très différents, de styles de rock différents et des morceaux de soul aussi d’ailleurs. Donc ça vient énormément de mes influences. Après, je jouais de la guitare avant d’écrire et avant de chanter. Quand j’ai commencé à chanter ça m’a vite rattrapé et je me suis dit « tu délaisses ton instrument ». J’avais le sentiment d’avoir comme un ami que je laissais sur le côté et ça commençait à me tirer. Du coup le jour où on m’a proposé de faire Colors je me suis dit « Cette fois, j’y vais et je sors la guitare ! ». J’ai pris ma Fender et je suis parti faire un morceau un peu hybride où je joue de la guitare électrique et en parallèle j’avais créé un beat derrière avec des batteries et des claviers. Ce jour-là, j’ai de nouveau accepté la guitare dans ma musique. Mais à l’origine, mon envie d’en faire vient d’un morceau de Bob Dylan qui m’a touché parce que le motif de guitare m’a réellement comme qui dirait attrapé.

Tu préfèrerais dans les 10 prochaines années mettre de la guitare dans tous tes sons ou alors ne plus jamais pouvoir en mettre ?

J’ai un peu l’intention de mettre de la guitare dans toute ma musique, tout au long de ma vie ! Je ne peux pas faire un projet sans cordes. Il y a plein d’autres instruments qui sont magnifiques et qui ne sont pas des guitares, mais moi je me sens vraiment attaché à celui-ci !

La guitare t’aide donc pour tes instrus ?

Faire de la guitare ça me permet d’avoir une idée, de ne pas être obligé de m’enregistrer systématiquement. J’ai un motif en tête, j’écris un morceau et quand j’ai fini d’écrire j’ai ma ligne mélodique, je pose ma guitare et après je décide de la laisser ou de l’enlever. La guitare c’est un outil de ouf.

Est-ce que c’est toi qui réalise toutes tes instrus ?

Je n’ai pas fait toutes les instrus de tous mes morceaux mais sur le dernier projet YË j’ai produit l’intégralité. J’ai été épaulé par Sheldon, qui est un peu un professeur pour moi, il m’a appris aussi à utiliser un ordinateur, un studio, comment linker un micro, comment réussir à se mettre dans une pièce tout seul et à enregistrer un morceau. Depuis à peu près un an je produis, je fais beaucoup de prod’ et j’en jette beaucoup à la poubelle. J’ai réussi à en sortir 15 pour faire un projet et sur l’avenir je vais beaucoup produire aussi mais je ne suis pas du tout fermé, je n’ai pas envie de m’exclure pour autant, j’ai envie de travailler avec des producteurs. Je peux en citer plusieurs mais par exemple Sheldon qui est rappeur et producteur ou des gens avec qui je n’ai pas travaillé mais avec qui il y a des perspectives comme les French Twins. C’est des personnes qui

ont des propositions artistiques donc ça me dirait aussi de bosser avec eux.

Tu n’as pas l’impression que le rock prend le pas sur le rap ?

Il y a toujours eu ces deux genres en compétition dans la tête de certains. Ils ont beaucoup fusionné et généralement ça a donné des trucs très très cools. N.E.R.D c’est un groupe que j’écoute tout le temps et c’est vraiment la croisée des mondes. Après moi j’ai écouté beaucoup de trucs qui sont très portés sur la mélodie comme le groupe A Perfect Circle. Je trouve que ça tue, j’ai toujours aimé le mélange des genres, l’espèce de fusion qu’il peut y avoir entre deux styles qui pourraient paraître antagonistes mais qui en réalité partent de la même source. J’adore le rock et ce n’est pas impossible d’ailleurs que je fasse un jour un morceau de rock ! Le meilleur rock que j’ai entendu vient de villes où c’est le milieu ouvrier qui domine. Le rap c’est pareil, il est né où les influences de la vie étaient parfois brutales. Et aujourd’hui, même dans les endroits qui peuvent paraître très calmes il y a des groupes incroyables qui peuvent naître notamment grâce à Internet. Depuis qu’il y a Internet, beaucoup de choses ont changé je pense. J’en ai bénéficié, ça a vraiment favorisé la création et  j’ai même bossé sur un projet de découverte avec Deezer qui m’a permis aussi de tomber dans les oreilles de personnes qui ne me connaissaient pas. Le rap est mis en avant par différents types de médias et différents types de personnes que ce soit des artistes, des entreprises, des chaînes de télé ou des radios. Il y a une effervescence qui permet ça : Chaque seconde il y a un rappeur qui naît en France et chaque seconde il y a potentiellement un artiste qui, une année ou deux années après, va sortir un album qui résonnera pour toujours. Par exemple, le Mumble Rap c’est un style de rap aux Etats-Unis qui commence à arriver en France et c’est très intéressant aussi en dans notre langue. C’est très sombre et en même temps, ça se rapproche d’un « rap métal », et ce mélange entre les deux, ça crie un peu moins mais ça tape aussi fort.

Est-ce que tu aimerais faire des festivals de rock ?

J’en ai l’envie et ça ne saurait tarder. Après je n’ai pas encore de dates annoncées de festivals rock mais il y a des belles scènes rock qui offrent aussi un espace au rap. Moi j’suis prêt pour le Hellfest ! J’peux m’organiser pour faire tout avec une Gibson SG et tous mes morceaux de rap je les fais en hurlant s’il faut !

Avec quelle rock star vivante aimerais-tu faire un featuring ?

J’adore les questions comme ça. Le batteur de Slipknot c’est sûr ! Il m’a trop marqué. Déjà Slipknot ça me faisait peur parce que je n’ai jamais osé, à l’époque, dire : « J’aime Slipknot ». J’écoutais Nirvana et j’aimais bien, j’écoutais Tupac, j’aimais bien Tupac et les deux ça m’allait bien mais j’ai découvert Slipknot et je me suis dit « Putain ça fait flipper mais c’est lourd ! ». Les gars sont vraiment sortis d’une faille par laquelle du feu et de la lave s’échappait et ils ont commencé à faire leur rock. Ça m’a fait comprendre qu’en musique il n’y a aucune limite et il ne faut surtout pas s’en donner. Les artistes qui se sont donné trop de limites ont refait 25 fois les mêmes morceaux malheureusement. Franchement j’adore Slipknot, j’kifferais bosser avec leur batteur et faire un truc complètement explosif ! Peut-être que je lui enverrais un message, d’ailleurs maintenant qu’on en parle, ça peut vraiment m’intéresser de le faire.

Et dans le rap tu as des envies de projets avec d’autres artistes ?

En vrai je réfléchis à plein de projets avec énormément de gens. Si je devais parler d’une collaboration possible je dirais Mike11, un gars de Los Angeles qui joue du sitar et j’ai trop envie de bosser avec lui ! Du coup on discute, mais la distance complique les choses. On s’est « croisé » sur Instagram autour de la guitare. C’est un mec qui est dans le même genre de démarche que moi mais dans un autre pays. Il commence à tourner, à vouloir exprimer à fond son identité et je pense qu’on peut faire une vraie combinaison ensemble.

Tu penses qu’on a besoin d’Internet pour se faire connaître en tant qu’artiste ou pas ?

Les deux sont envisageables. Mais si tu veux faire de la musique toute ta vie il faut travailler chaque jour. Le plus important ce n’est même pas de chercher un cadre tout de suite. Les réseaux sociaux sont importants à partir du moment où tu veux communiquer ta musique aux autres parce que tu as envie que les gens t’écoutent et réagissent à ce que tu fais. Le fait d’être repéré par quelqu’un ça peut être une chance, il faut l’exploiter de la bonne façon. Après les réseaux sociaux permettent de te rapprocher de ton public et à partir du moment où tu es proche de ton public, tu ressens les choses directement. Quand tu livres tes projets et tes sons tu es en contact direct avec les gens pour qui tu fais ça en fait. Internet permet aux gens de faire quelque chose et de l’exposer aux gens. Ça peut leur permettre de voyager en vivant de leur art. Y’a une place pour tout le monde à partir du moment où ton identité tu la défends assez et tu la marques assez. Je pense que c’est le devoir d’un artiste de traduire son identité pour faire de la musique.

Le truc c’est que les places sont chères, on sait bien que dans l’industrie musicale il y a souvent UN rockeur clé pour cinquante autres. Par exemple en 2005 en France t’as les BB Brunes qui ont percé, et ils ont écrasé tous les autres groupes, donc les places sont compliquées à avoir. Ceux qui publient beaucoup de vidéo sur internet vont faire grandir leur communauté et forcément c’est une place en moins pour quelqu’un d’autre non ?

Je ne pense pas. Je pense que le nombre de places est infini. Internet a permis aux gens de juste faire quelque chose de leurs mains et de le montrer aux autres. Et ça peut leur permettre de faire des choses comme voyager, vivre de leur art, que ce soit de la vidéo, de la peinture, de la musique… ça peut être tout et n’importe quoi du moment que les gens se lancent et diffusent. Je pense qu’il y a une place pour tout le monde, du moment que tu défends assez ton identité, et que tu la marques assez. Défendre son identité c’est l’exprimer en entier, c’est le devoir d’un artiste de traduire son identité pour faire de la musique. Et mieux tu le fais sur internet, plus tu permets de faire découvrir ce que tu fais aux autres.

Les festivals, souvent ce sont des lieux qui sont en relation avec des maisons de disque, des labels, ça implique forcément d’avoir été repéré par des institutions du milieu de la musique ?

Alors en fait, soit tu t’es fait remarquer en live; c’est-à-dire qu’un jour tu fais un live, quelqu’un te vois et cette personne travaille dans le monde d’organisation de concerts. Soit tu fais de la musique, tu travailles et un jour les fans te demandent. N’importe qui peut organiser un live lui-même, et n’importe qui peut aussi décider de travailler avec des gens qui vont leur permettre de pouvoir jouer. Je pense que pour réussir à faire des scènes aujourd’hui le plus important c’est d’être capable, de faire quelque chose sur scène, ça fonctionne comme ça. Tu passes par un bar où il y a 50 personnes, une salle où il y en a 100, sur un plateau où il y a 4 personnes, et un concert de toi tout seul où il y a 200 personnes. Tu fais beaucoup de dates, et tu ne les compte pas parce que c’est génial à chaque fois.

Est-ce que tu es encore en contact avec les collectifs avec lesquels tu as commencé ? Est-ce que vous vous entraidez ?

Quand on se dit collectif, on inclut tout le monde, donc il faut comprendre qu’on fait des morceaux en solo et en parallèle on a des artistes autour de nous qui font aussi du son. On forme un réseau de personnes qui expriment des choses différentes et qui sont liées par ce travail. On est souvent ensemble, on fait toujours beaucoup de choses ensemble !

Vous tournez toujours séparément, où vous avez des dates en commun parfois ?

Alors moi je travaille avec 75 ème session, c’est un collectif mais c’est un label aussi, c’est comme un vaisseau dans lequel il y aurait des artistes. On a  fait quelques dates en équipe qui donne envie d’en faire d’autres. Etre seul ça apporte d’autres choses, être en équipe ça en apporte d’autres encore. Moi je suis sur scène avec Hash24, c’est un rappeur avec qui je travaille, ça fait de nombreuses années qu’on partage la musique. Aujourd’hui on est deux sur scène et c’est lourd, quand on est 4 sur scène ça tue, et quand on est 13 c’est beau aussi.

On sait que tu pratiques beaucoup les arts martiaux, est-ce que cette mentalité t’aide dans la musique ?

J’en ai fait de mes 6 ans à mes 19 ans. Je m’intéressais beaucoup aux films d’action et à toutes les scènes de bagarres je me disais « wahou c’est quoi ces trucs », donc du coup je me suis intéressé aux arts martiaux, j’ai fait du judo quand j’étais tout petit, puis du karaté, et de la boxe, mais un jour je me suis blessé et je n’ai pas pu continuer. Prochainement je pense m’inscrire dans un club de MMA. Je vais y aller pour m’entrainer et ça va être cool car c’est un mélange d’arts martiaux, j’ai toujours été très curieux des différents styles, et c’est un truc où tout le monde fait son style. Et on en revient à la conversation du début, j’aime bien les mélanges.

Les réseaux sociaux sont importants à partir du moment où tu veux communiquer ta musique aux autres.

Kanye West a appelé son album comme le tien, qu’en penses-tu ?

(Rires) Bon il ne l’a pas appelé comme moi en fait. Kanye West a plein de surnoms, et il y en a un c’est « jésus », donc il a utilisé le diminutif « Yé ». Mais bon voilà son album il tue, je n’aime pas tous les sons mais il y a des trucs que je trouve excellents, la prod’ du projet est complètement folle !

Et donc pour toi le « Yé » il signifie quoi ?

Ça veut dire « Oui » en fait, c’est une abréviation, c’est un gimmick, je le dis tout le temps dans mon projet, j’ai pas compté mais je le dis peut-être 200 ou 300 fois, voire plus. C’est juste un mot qui veut dire « oui j’ai fait un projet, j’ai fait toutes les prods’, oui je fais la musique que j’aime » .

Dans l’écriture quelles sont tes principales influences ?

Alors c’est très particulier. Quand j’écris j’essaye de savoir ce que je veux faire, puis je ne réfléchis plus. J’écris beaucoup, je jette, je change, je modifie. Des fois ça vient avec la mélodie, des fois non. Parfois j’écris vite, parfois je mets 6 mois à écrire un morceau. J’essaye d’écrire chaque jour quelque chose. Même si ce n’est pas un morceau, c’est important je pense, ça te rappelle les moments dans lesquels tu les as écrit.

On vous conseille Ciel Bleu, coup de coeur de la rédaction 😉

Propos recueillis par Mélissandre Pommeret et Matthis Chapotot

Photo : Lucas Matichard

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :