AMOUR & GUÉRISON AVEC CLARA LUCIANI

Lorsque nous sommes allés au Printemps de Bourges, Clara Luciani nous a accordé le temps d’une interview au cours de laquelle nous avons pu l’interroger sur Sainte Victoire, son album sorti depuis quelques mois maintenant, ainsi que sur sa vision de l’amour, ses émotions afin d’apprendre à la cerner un peu mieux. La compositrice et interprète nous explique la tonalité qu’elle a voulu donner à son album et revient sur ses inspirations…

Salut Clara ! Il y a quelques semaines, tu sortais ton album Sainte Victoire… Comment te sens-tu depuis ? Libérée, soulagée… ?

Je suis super contente que ce soit sorti, ça faisait super bizarre de garder ça pour moi, j’avais qu’une envie c’était de le partager aux autres. Ça change tout car maintenant ce n’est plus mon « album » mais il appartient à tous.

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, à qui recommanderais-tu ton album ?

J’ai l’impression que justement c’est très large et que ça pourrait aller aux plus jeunes comme aux plus vieux. C’est un album triste mais heureux, il y a différentes thématiques et des sonorités extrêmement distincts. Il y a des guitare/voix, des chansons plus dansantes, de l’électro… Non vraiment je pense que le spectre musical est assez large et varié.

Et dans les interviews souvent, on te parle du côté féministe de l’album et de son message engagé, tu n’en as pas un peu marre qu’on ne te parle pas plus souvent de ta musique dans son essence même ?

C’est un album qui a beaucoup de facettes et c’est vrai que les gens retiennent le plus celle-ci, je pense que c’est dû à l’actualité récente, et il s’immisce dans notre réalité alors tant mieux… Effectivement, je pense qu’il y a d’autres choses à retenir dans mes chansons.

Est-ce qu’il y aurait d’autres sujets qui te révoltent ou qui tu aimerais défendre ?

Le bien être des marmottes… (rires) Beaucoup de sujets me touche mais c’est vrai que pour l’instant aucun que j’aurais envie de poser au centre de mes chansons.

Quelle serait la dernière claque que tu te sois prise artistiquement parlant ?

(réfléchit) Récemment, j’ai pas trop eu de vie sociale, alors je ne sais pas trop ce qui se fait… Mais j’ai entendu parler d’une Clara Luciani, qui vient de sortir un album, c’est fantastique ! (rires)

Quelle place prend la musique dans ta vie ?

La musique a toujours eu pour moi une dimension guérisseuse… Quand j’ai commencé à écrire des chansons en français, c’était des musiques post-ruptures qui m’ont fait beaucoup de bien. Je les ai écrites parce que je ressentais que j’en avais besoin, et j’ai toujours eu ce sentiment de nécessité avec la musique, une sorte de relation par laquelle je ne pouvais pas me passer d’elle. C’était comme une urgence et j’ai toujours conservé ce rapport là avec la musique.

L’activité de composer, tu la pratiques plus pour toi te soigner toi, pour te faire du bien ou c’est surtout pour aider les gens qui t’écoute et les « guérir » eux ?

Je pense que ça vient d’une pulsion hyper personnelle, presque égoïste mais qu’en revanche ça se transforme vite dès que je suis sur scène. La scène, c’est le partage, la communion.

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Et ce qui est plutôt paradoxal avec ton personnage c’est que dans certaines interviews tu dis que tu pourrais pleurer pendant toute une journée et rire aux éclats le lendemain. Est-ce que toi tu serais plutôt du genre tout ou rien ou tu saurais te contenter de ce que tu as ?

Tout ou rien. Je suis toujours un peu dans les excès, c’est ça qui me fait vivre intensément, et quand on vit ainsi, on a plus de choses à raconter et donc encore plus d’occasions de faire des chansons, donc je crois que tout est un peu lié.

J’ai toujours eu ce sentiment de nécessité avec la musique, une sorte de relation par laquelle je ne pouvais pas me passer d’elle.

Est-ce que tu t’attendais à un tel succès et à susciter de telles émotions dans le cœur des gens avec Sainte-Victoire ?

Je ne sais pas si je peux parler de succès, de mon côté j’ai l’impression que c’est encore très confidentiel comme album mais par contre c’est vrai que ceux qui l’ont écouté ont été touché, j’ai reçu des messages super beaux. Et ça, par contre, je ne m’y attendais pas… Mais je l’ai espéré par contre, je l’ai espéré très fort, car j’avais l’impression que c’était un peu le projet de ma vie…

N’est-ce pas extrêmement difficile justement de faire un album où l’on se confie autant, où tu partages tes plus intimes secrets devant tes auditeurs ? N’as-tu pas l’impression de t’être comme mise à nu dans des chansons comme Grenade ? C’est vraiment un album autobiographique, jusque dans son titre…

Oui ça fait bizarre ça aussi, c’est super exhibitionniste, mais je crois que j’aurais été incapable de faire autre chose pour cet album-là. J’avais besoin d’écrire quelque chose d’honnête, de super sincère. C’est comme un selfie, en un peu moins pudique.

Du coup tu as composé toi-même les chansons de l’album c’est ça ?

Oui ! Sauf Sainte Victoire, la dernière chanson de l’album, c’est un texte parlé, c’est Benjamin Le Bot qui a fait la musique derrière.

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Et ton endroit préféré pour composer alors ?

Ce qui est terrible c’est que je n’ai pas d’endroit, dans la mesure où parfois ça me prend et d’autres ça me prend pas. Parfois, des chansons me sont venues dans le métro alors je n’arrive vraiment pas à mettre le doigt sur un endroit en particulier.

Tu peux écrire n’importe où donc ?

En fait, mon inspiration part et revient, on ne peut pas la contrôler ni même la convoquer, ce qui m’aurait été souvent pratique malheureusement… Pour moi c’est complétement abstrait en tout cas…

Quelle est la chanson la plus lourde de sens que tu aies faite à tes yeux ?

C’est une chanson qui est sur l’EP, pas sur l’album. Lourde de sens car je l’ai écrite dans l’heure où je me suis faite larguée, donc à chaque fois que je l’écoute, je me sens vraiment au plus mal. C’est peut-être aussi pour ça que je ne l’ai pas mise dans l’album, c’était trop lourd justement à porter et c’était plus exactement d’actualité.

Celle qui te reflète le mieux ?

La grenade ! C’est vraiment qui je suis en ce moment, je suis dans une période de guerrière. Je porte beaucoup mon album, je le défends, j’ai même parfois l’impression que c’est un combat et la grenade, c’est une chanson combattive avant tout, peut-être avant même d’être une chanson féministe comme les gens disent… C’est ma chanson de combat.

Est-ce qu’il y aurait une erreur que tu aies faite et que maintenant tu ne referais plus ?

Me perdre en amour parce que je crois que j’avais besoin d’évoluer de côte-là et j’ai compris que ma vision de l’amour véritable n’était pas un de ceux dans lesquels on se perd, mais un des amours dans lesquels on se trouve et on se retrouve. Un dans lequel on se fait mûrir l’un l’autre.

Donc malgré ces chansons post-rupture, tu crois toujours au grand amour ? Parce qu’on ne peut pas dire que tes musiques soient très optimistes…

Bien sûr, mais plus le même. Un amour différent. Je crois en une autre forme d’amour, plus saine, plus mature et du coup « plus adulte ». Je me trompe peut-être mais je pense qu’on ne peut pas aimer comme je l’ai fait deux fois, que c’était le premier amour et que maintenant je découvrirais d’autres amours.

On doit souvent te demander tes influences musicales, mais est-ce que des œuvres en dehors de la musique qui t’aurait inspiré dans la création de l’album ?

Carrément ! Egon Schiele énormément, mon dessinateur préféré. Je trouve quelque chose de très sensible dans son art, dans sa façon de créer des corps un peu maladroit, malades, écorchés à la fois. J’ai été fasciné par lui pendant très longtemps. J’admire également beaucoup d’écrivaines comme Virginia Woolf que j’ai beaucoup lu, Colette, Annie Ernaux, George Sand… J’ai un petit palmarès des femmes que j’aime.

Toi qui aime beaucoup la langue française, quels seraient les trois plus beaux mots ?

J’aime beaucoup le mot « pantoufle », « amour », ça ne va pas ensemble d’ailleurs ! Quand l’amour est pantoufle, c’est la fin de l’amour alors je vous conseillerais de tenir ces deux-là un peu à l’écart… (rires) Et puis, « saperlipopette » évidemment !

Et les trois plus moches ?

Des mots d’argot comme « godasse », ou l’expression « j’ai envie de dire », c’est super laid ! Un dernier pour la route… « Escargot », il y a escarre dedans, c’est abominable.

Est-ce que tu aurais un conseil d’amie à donner aux femmes qui cherchent à se construire, ou qui essaient comme toi de se remettre d’une rupture ?

S’ACCEPTER, je crois qu’il ne faut pas être trop exigeant avec soi-même et apprendre à se féliciter des petites victoires de la vie. Essayer de pas être trop sévère. Je sais qu’on est dans une société qui demande beaucoup aux femmes, bien trop souvent des choses irréalisables…

Propos recueillis par Eléna Pougin.

Images : Sixtine Morard, Ninon Soulié

Je crois en une autre forme d’amour, plus saine, plus mature et du coup « plus adulte ».

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