CALL ME BY YOUR NAME

Par Sophie Grigoriu

La bande-annonce juste ici pour les curieux 😉

Sorti en février de cette année dans les salles obscures en France, ​Call me by your name, tiré du roman éponyme de André Anciman relate l’été 1984 de Elio Perlman. Ce dernier, jeune italo-américano-français passe ses vacances dans la propriété de sa mère en Italie, entouré de personnes de lettres et d’universitaires, comme ses parents. Située près de Crema, en Lombardie, le cadre est idyllique : rencontres, amis, discussion, musique et flâneries. Quand Oliver, assistant à l’uiversité de Columbia arrive à Crema pour aider le père d’Elio pour des recherches universitaires, les deux jeunes hommes se rapprochent immédiatement.

Le film, tout comme le livre duquel il a été tiré, se découpe en deux temps qui correspondent à deux phases logiques de l’été. La première, lente, relate les laborieuses premières semaines où Elio tente de comprendre son attirance envers Oliver et surtout se pose la question de la réciprocité. La deuxième est rapide car elle correspond aux derniers moments de l’été à Crema, avant qu’Oliver ne reparte aux Etats-Unis. Ce choix dans le découpage du film permet de montrer le contraste entre les deux moments, et surtout de ne pas précipiter l’action, en amenant de manière intelligente les différents éléments et traits de personnalité des personnages.

« We rip out so much of ourselves to be cured of things faster, that we go bankrupt by the age of thirty and have less to offer each time we start with someone new. »

Call me by your name est une fenêtre sur un été et une maisonnée idéale. Une maison pleine d’intellectuels et d’amis de toutes les nationalités et donc un film trilingue, oscillant entre français, anglais et italien, des scènes de dîners en abondance… Cette vision de la bourgeoisie universitaire fait grincer des dents. Cependant, la beauté du cadre fait oublier ce potentiel défaut. Le film a une esthétique à lui, qui ne manque pas de frapper, particulièrement dans la première partie. Les plans sont soigneusement choisies pour mettre en valeur les éléments architecturaux ou encore la nature, comme dans la scène dite duMonet’s Berm. Par ailleurs, la lumière est particulièrement soignée et et en valeur les acteurs mais aussi symbolise les différentes humeurs du film. Le rendu général est celui d’une nostalgie des années 1980, et d’un été passé à traînasser au soleil l’après midi et à sortir le soir, bref, des souvenirs heureux de vacances.

Le choix de la musique n’y est pas pour rien. Le choix éclectique de morceaux va du classique à la pop des années 80 jusqu’aux compositions originales de Sujfan Stevens pour le film. Le tout illustre les différentes facettes du film : la culture classique d’une famille bourgeoise (Bach), la nouvelle culture musicale plus impertinente comme la sonatine bureaucratique de Satie, les refrains pop de ​Love my way et enfin les mélodies de Stevens, présentes à des moments clés du film. L’esthétique musicale s’ajoute donc à celle purement visuelle et la complète.

 

Outre sa forme, Call me by your name soulève des nombreuses questions et donne quelques pistes de réponse à des thématiques intemporelles. La première et la plus évidente est celle de l’amour homosexuel, qui, dans ce cas, se fait sous le regard de l’homosexualité antique. Il y a en effet une relation entre deux hommes d’âges différents, avec l’idée de transmission de savoirs. Et tout comme l’antiquité, la question de l’homosexualité telle qu’elle est posée aujourd’hui n’est pas : il est simplement question d’attirance physique et intellectuelle envers une personne. Elio comme Oliver ne se posent pas la question de savoir s’ils sont homosexuels, et les deux ont des relations avec des femmes sans que cela les interpelle. C’est abordé de manière approfondie dans le roman, où Elio compare ses expériences avec Marzia, de celles avec Oliver.

Enfin, la description de l’âge d’or de la vie, qui est selon le film la jeunesse, est très présente. Pour cela, il est indispensable de parler de la performance de Timothée Chalamet, très juste et touchante. De l’apprentissage de l’italien et du piano aux scènes érotiques et saugrenues, il se tire de toutes les situations en leur donnant le bon ton. Il dérange quand il faut déranger, il est touchant quand la scène le veut, bref, c’est un acteur principal qui mène le jeu impeccablement. Les dialogues sont à la fois légers et sérieux et la multiplicité des langues présentes ajoutent du naturel. La réflexion sarcastique d’Oliver face à une affiche de Mussolini, un ​« Il Popola d’Italia !» auquel Elio répond ​« This is Italy »​, montre bien que les dialogues s’inscrivent autant dans le cadre que dans le sujet du film.

A ses côtés, Armie Hammer offre le contre poids par son calme et sa simplicité, emprunté à son personnage de l’ « américain typique ». En orbite autour d’eux, la famille et le cercle d’amis des deux personnages sont bons, et particulièrement Marzia (Esther Garrel) et le père d’Elio. (Michael Stuhlbarg), très justes dans des dialogues particulièrement délicats.

Il convient donc de voir ce film comme tout d’abord une description idyllique d’un été formateur en terme d’amour. L’esthétique visuelle et musicale, ainsi que le jeu des acteurs et les thématiques abordées sont de qualité, bien que le point de vue adopté puisse irriter. Certains ne seront pas d’accord avec cette vision de l’amour homosexuel ou de la vie « bourgeoise », il n’en reste pas moins que le film, via le réalisateur Luca Guadagnino, offre une vision valable de ces sujets.

En bref :

Trois adjectifs ​ : réfléchi, esthétique, dialogues

Deux scènes à retenir ​: -Monet’s Berm
                        -le dialogue père/fils à la fin
Deux morceaux :​-Mystery of love
               -Sufjan Stevens​, sonatine bureaucratique, Satie

A retenir et à explorer du livre --> «​ was our love paid for in the wrong currency? » = ​San Clemente Syndrome

& une fin qui ferme la porte à l’idéalisme peut-être extrême du film et qui explique la découverte et l’acceptation de l’homosexualité


Note de la rédaction : 9/10

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