LIBRE, DOCUMENTAIRE TÉMOIN D’UNE SOLIDARITÉ SANS PRÉCÉDENT

Le 26 septembre 2018 est sorti le film documentaire intitulé Libre de Michel  Toesca. Ce documentaire d’1h40 retrace les trois années durant lesquelles Cédric Herrou, agriculteur habitant dans la vallée de la Roya, a apporté son aide à des migrants en les hébergeant chez lui. Il a été accusé de « délit de solidarité. »

https://youtu.be/fKhYUbd2vog

Poignant. Ce documentaire plonge le spectateur dans le quotidien de Cédric Herrou et autant dire que le film prend aux tripes. À travers ce film on se rend compte de la réalité à laquelle nous, nous ne sommes pas confrontés quotidiennement même si nous ne sommes pas ignorants de cette situation. On pense savoir ce qu’ils vivent, mais on ne sait rien. On assiste à la mise en place d’une incroyable solidarité : Cédric Herrou, d’autres habitants  de la Roya, une femme qui donne des cours de français ainsi qu’une infirmière viennent en aide aux migrants. D’autre part, les paysages sont magnifiques. Les musiques le sont tout autant. Nous vous recommandons vivement d’aller voir ce film qui ne l’oublions pas, a été présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2018 !

À la suite de la projection du film, nous avons eu l’occasion de poser nos questions à Cédric Herrou en personne.

Bonjour ! Alors racontez-nous, comment avez-vous accueilli les migrants ?

-Dans la vallée de la Roya, on ne savait pas trop les droits que nous avions, nous les accueillants. On ne connaissait pas non plus les droits des personnes en migration. Du coup, tout se faisait en cachette car on ne savait pas si on avait le droit d’héberger. Par contre nous savions que nous n’avions pas le droit de transporter. Quand j’accueillais quelqu’un à la maison les rideaux étaient fermés et une espèce de paranoïa s’installait. J’ai été arrêté pour la première fois en août 2016 pour flagrant délit de passage de frontières. J’ai fait 48h de garde à vue. Le procureur m’a posé des questions qui m’ont rassuré, il m’a dit « Mais vous ne pouvez pas faire ça tout seul, ce n’est pas possible, il faut que ce soit encadré par une association. Transporter des personnes dans un véhicule utilitaire ce n’est pas possible.  Je suis donc sorti de cette garde à vue avec une confiance en la justice.

Comment est venue l’idée de filmer ce qui se passait chez vous ?

-En 2016, je n’étais pas du tout médiatisé et un ami m’a conseillé de l’être pour que les gens soient au courant de ce qui passe et je l’ai écouté. J’ai alors proposé à Michel Toesca, un ami, de venir à la maison et de filmer. Au départ le film devait s’appeler À tous vents pour montrer que la migration venait de partout en Afrique à causes des guerres, des dictatures et cætera puis on a opté pour Libre. Michel voulait faire un film de 3h30 mais je lui ai répondu « Tu es bien gentil mais personnellement je n’irais pas voir un film aussi long » et ma volonté c’était que ce film soit vu. Le producteur et la monteuse étaient d’accord avec moi donc nous sommes partis sur 1h40 de film. C’est quand même 1h40 qui retrace trois ans de lutte.

Avez-vous créé des liens avec les personnes que vous hébergiez ?

-Oui et j’en ai retrouvé quelques-unes ce soir. Il y a 2500 personnes qui sont passées à la maison entre 2016 et 2018. On tisse des liens d’amitié avec certaines et on garde contact. Quand les gens arrivent à la maison on ne leur dit pas « Alors par où es-tu passé ? » s’ils ont envie de raconter leur histoire on les écoute sans problème. De même, si moi j’ai envie de leur raconter mon histoire je le fais mais quand on accueille des personnes à la maison on n’est pas obligés de savoir les tortures qu’elles ont eues. À la maison on considère l’individu comme un individu et non comme un patient.

Que se passe-t-il par la suite pour les migrants ?

-Il y a des échecs, bien sûr, mais il y a aussi des réussites. Les réussites sont possibles grâce aux associations qui ont permis à ces individus de s’intégrer dans un cadre social. Et dans ce cas de figure là aussi, l’individu considéré comme un individu. Personnellement, ça me dérange d’entendre le mot « migrant » tout le temps parce que pour moi, on ne peut pas désigner tout un groupe de personnes par un mot. Chacun a sa singularité.

Par Mélissandre Pommeret

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