MOOZ : portraits de la rédac’ #1 Louisa Rochdi, équipe vidéo

Installée confortablement dans l’herbe devant la cafétéria du campus rémois de Sciences Po, Louisa Rochdi décide de se prêter à l’exercice du portrait. La jeune réunionnaise de 18 ans parcourt avec moi quelques souvenirs, des brimes de sa vie à 100 à l’heure et parfois quelques perspectives d’avenir. Louise est notre chargée de communication, et s’occupe également du montage et du tournage de certaines de nos vidéos.

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ÉPANOUISSEMENT

La jeune femme se présente d’abord. Elle confie que s’il lui fallait se décrire en allant à l’essentiel, elle parlerait de sa détermination à toute épreuve et de sa passion. Déterminée dans tout ce qu’elle entreprend, elle ne fait jamais les choses à moitié, et passionnée car elle sait uniquement faire ce qu’elle aime, ce qui l’anime. « On est toujours doué quand on est en adéquation avec ce que l’on fait ». Sans demi-mesure, elle raconte qu’elle touche un peu à tout, qu’elle divague de découverte en découverte et refuse de choisir. Louisa veut tout faire. En même temps. Affirmant la difficulté qu’elle a éprouvé pour effectuer un choix entre son engouement pour les sciences appliqués et sa curiosité pour les sciences sociales, elle avoue avoir longuement hésité avant de vouloir intégrer la prestigieuse école. Et en ce mois de septembre, elle espère ne jamais regretter son audace, qui l’a poussée jusqu’aux portes même de Sciences Po, elle qui semble s’épanouir pleinement dans ce programme Europe-Afrique.

« Lancer de nouveaux projets, partir de rien, et voir ce que ça donne à la fin »

Pourtant, ce choix n’était pas évident. À la Réunion, les étudiants revenant diplômés de métropole sont souvent chamboulés ou déçus lorsqu’ils narrent leur retour aux sources. Louisa avait peur d’être seule et de ne pas réussir à se reconstruire, elle qui avait des repères bien établis. Effectivement, notre demoiselle a fréquenté le même établissement scolaire pendant 7 ans et n’a jamais vécu en dehors de la Réunion. Cependant, elle atteste avoir déjà établi une petite routine à Reims et avoir déjà eu la chance de passer du temps avec quelques extraordinaires personnalités, notamment lors de son week-end d’intégration. Pour ce qui est du campus, elle n’a pas pu s’empêcher d’avouer qu’elle était agréablement surprise par la diversité et le dynamisme des étudiants, dont l’ouverture d’esprit suscite en elle beaucoup d’admiration. Le programme EURAF a beau être son deuxième voeu, elle demeure désormais persuadée que le destin a bien fait les choses. Selon elle, les puissances mondiales établies de nos jours ont fait le présent, mais c’est l’Afrique qui construira notre avenir, et les opportunités dont le continent dispose, lui laisse croire que ce dernier n’est autre que « le continent du futur ». Fervente croyante qu’un monde meilleure est possible.

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CRÉATION

Ce que Louisa aime par dessus tout, c’est créer. Possédant une appétence toute particulière pour l’aventure, elle m’explique qu’elle aime partir dans des projets un peu fous. « Lancer de nouveaux projets, partir de rien, et voir ce que ça donne à la fin », voilà les maîtres-mots de l’étudiante, qui agit parfois sur des coups de têtes, comme lorsqu’elle avait décidé de réaliser un court-métrage, quelques semaines avant l’oral de Sciences Po. Mais Louisa n’a pas toujours été ainsi. En effet, avant ses années de lycée, elle était une adolescente très scolaire, modèle, plutôt introvertie et avait pris la décision de prioriser ses études, pour le plus grand bonheur de ses parents, tous deux professeurs de mathématiques. Papa, maman ont été un peu tristes de voir leur fille se détacher des sciences, elle qui suivait leur parcours. Mais ils l’ont aussi poussée à croire en ses rêves et à se diriger vers l’école qu’elle désirait, bien que ce changement plutôt radical les aient plutôt étonnés. Désormais, son « moi d’avant » et celui d’aujourd’hui n’ont plus rien en commun : elle veut expérimenter. L’adolescence lui a fait réaliser à quel point elle pouvait s’éveiller au monde qui l’entourait ; et depuis, elle se dit que chaque moment est si précieux, que l’on se doit d’agir pour ne pas manquer certaines opportunités. Ses expériences sociales et extra-scolaires l’ont indubitablement forgée, et ont renforcé sa créativité.

LA RÉUNION

Après 17 ans passés à l’île de la Réunion, elle se dit que cet environnement l’a construite et lui a inculqué les valeurs du partage et du vivre ensemble, primordiales aujourd’hui à ses yeux. Elle y a aussi appris à ne pas se censurer, à accepter, célébrer les cultures et opinions de ses amis. Lorsqu’elle parle de son île, elle insiste alors sur le fait que le racisme n’a jamais été pour elle quelque chose d’évident, qu’elle ne s’en est jamais posé la question et qu’elle se sent toujours très révoltée face aux questions actuelles sur le sujet, elle qui vit sur une terre de tolérance. Elle gardera de son enfance cette volonté d’aller vers les autres, d’étudier les rapports humains car elle se montre convaincue qu’il n’y a pas meilleur enrichissement que de rencontrer. Ce qui serait le plus difficile selon elle quand il s’agit d’évoquer la Réunion, ce serait de s’être éloignée de ses amis, pour qui elle a beaucoup d’affection. « C’est un sacré déchirement de ne pas savoir quand est-ce qu’on pourra les revoir » me confie-t-elle.

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Emerveillée par la physique cantique, vegan pendant un long moment pour des raisons environnementales, féministe de tous les jours, Louisa veut avoir une voix, et surprend par la variété de ses centres d’intérêt. Elle souhaite se battre pour aider les femmes à avoir une plus grande liberté sexuelle et réveiller la société sur le coût environmental de nos productions alimentaires.  La solution dit-elle, c’est la pédagogie.

AMBITIONS

Si elle a du mal à trouver ce qui l’effraie dans la vie, Louisa choisit de révéler qu’elle a très peur de perdre son âme d’enfant, et toute la créativité que cette dernière lui procure. « Plus on vieillit, plus on perd la flamme de la jeunesse et je fais tout pour retarder le moment où je devrais être une véritable adulte ». Dans le futur, la jeune femme envisage une flopée de prise de risques : sortir de sa zone de confort perpétuellement et essayer divers horizons. Ne pas s’ennuyer et surtout ; ne pas avoir peur du danger. Elle a accommodé toute sa vie afin de pouvoir oser sans jamais éprouver de regrets. Notre étudiante souhaite profiter de l’instant et ne plus avoir à se mettre de barrières.

Louisa redoute d’avoir à s’enliser dans une carrière qui ne l’aide pas à se développer personnellement et elle tient énormément à vivre sa vie comme bon lui semble, afin de  trouver un jour peut-être ce qui lui permettra d’éclore pleinement. Elle se projette dans plusieurs branches foncièrement différentes : tournage de films en Inde, politicienne, métier dans l’univers de la culture, qui sait ? Sciences Po, c’était son opportunité à elle de pouvoir toucher à tout, et se permettre de ne pas avoir à choisir pour le moment. Ce qu’elle voudrait faire par la suite, c’est voyager. Et suite à ces voyages, elle s’imagine parfaitement réaliser un reportage retraçant les parcours de toutes les personnes qu’elle aura pu croiser sur son chemin. En bref, Louisa se nourrit des différents parcours qu’elle côtoie et accorde une profonde importance à écouter autrui.

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Nous avons terminé l’entretien en s’interrogeant sur comment ses amis pourraient bien la définir. Quasi immédiatement, elle rétorque : « mes amis diraient que je suis super présente pour les autres, c’est ce qu’ils préfèrent chez moi j’imagine ». Il est nécessaire de remarquer qu’elle conçoit cela tantôt comme un défaut, tantôt comme une source de bonheur, de satisfaction : « je m’oublie un peu parfois, je suis super réactive aux demandes des autres et je me perds un peu. Mais, je me satisfais beaucoup des joies des mes proches, je prends un grand plaisir à voir les autres heureux, ce pourquoi je souhaite organiser des évènements, et fédérer des projets ». Puis elle a conclu en témoignant qu’on pourrait lui reprocher d’être trop ouverte, d’en dire trop, mais Louisa considère plutôt cela comme sa force, car il est vrai que cela demande une certaine dose de courage de pouvoir se dévoiler suffisamment pour accorder sa confiance à l’autre et elle paraît plutôt fière d’avoir acquis cette qualité qui lui permet d’être toujours honnête tant avec les autres qu’avec elle-même.

« C’est un sacré déchirement de ne pas savoir quand est-ce qu’on pourra les revoir »

Crédits photo : Eléna Pougin

Interview : Eléna Pougin

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