Girl une quête d’identité absolue

Sorti mercredi dans toutes les salles françaises, Girl est le tout premier long métrage de Lukas Dhont, jeune réalisateur belge âgé de vingt sept ans seulement, que l’équipe du MOOZ a eu l’occasion de rencontrer lors de l’avant-première du film à l’UGC Ciné Cité Lille ce lundi. Primé au Festival de Cannes avec la Caméra d’Or, mais aussi dans la sélection « Un Certain Regard » avec le prix de la meilleure interprétation pour l’acteur principal Victor Polster et la Queer Palm pour le thème de la transsexualité, ce film interroge l’identité sexuelle à travers Lara, une fille née garçon, tournoyant au gré des scènes de danse classique.

Avec ses cheveux blonds ondulés, ses yeux bleus et son sourire angélique, Lara, une adolescente de quinze ans, souhaite à tout prix devenir danseuse étoile. Dès le début du film, son petit frère et son père l’accompagnent s’inscrire dans une école de danse classique exigeante et réputée qui lui laisse huit semaines pour faire ses preuves. Voici les premières scènes d’un film magnifique et déroutant.

Or le spectateur apprend très tôt que Lara n’est pas une adolescente comme les autres. Née garçon, Lara est accompagnée par des médecins qui lui prescrivent un traitement hormonal afin qu’elle puisse devenir une « fille » biologiquement parlant. Mais il est loin d’aborder les questions transgenres de la même manière que le film Danish Girl (2016) de Tom Hooper, où l’acteur principal oscille entre ses deux identités sexuels. Le genre de l’héroïne n’est ici à aucun moment remis en cause : Lara est une fille, là n’est pas la question. Cela est d’autant plus crédible que le visage de l’acteur Victor Polster est bien plus androgyne que celui d’Eddie Redmayne. La situation dans laquelle se trouve Lara semble presque naturelle et le peu de fois où sa sexualité est remise en question, comme lorsque son petit frère l’appelle « Victor » par erreur (ndlr : Lukas Dhont a révélé vouloir garder le prénom de l’acteur pour aider l’enfant de six ans à jouer correctement), cela choque plus qu’autre chose tant Lara est physiquement identifiée à une femme.

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En fait, la beauté du film réside dans le tiraillement intérieur auquel fait face Lara jusqu’à la fin, quand genre et sexe biologique ne coïncident pas. Entourée d’un père aimant et (trop) compréhensif – magnifiquement interprété par Arieh Worthalter, d’une école qui l’accepte dans le groupe des danseuses et de médecins à l’écoute qui ne cessent de la soutenir, son combat pour changer de sexe biologique n’affecte qu’elle, se sentant comme « emprisonnée » dans un corps qui ne lui appartient plus. Elle n’hésite pas à se faire du mal pour cacher son sexe du mieux qu’elle peut, notamment lorsqu’elle aplatit son pénis avec du sparadrap pour ne pas en voir la forme sous son justaucorps lorsqu’elle danse, et désespère de voir ses seins pousser malgré son traitement hormonal. De même quand elle continue à danser malgré ses saignements incessant aux orteils, qui crispent le spectateur plus d’une fois. Ainsi, l’absence de la figure maternelle dans ce film est un choix judicieux de la part de Lukas Dhont qui a préféré porter l’accent sur la féminité de Lara, incarnant la mère dans sa famille monoparentale.

  Tu veux qu’on te voit comme une fille ou un garçon ? 

Finalement, les images du film s’accordent parfaitement à la musique classique qui les accompagnent et Victor Polster est sublimé par une lumière dorée qui caresse son corps à chaque scène. Le seul bémol que l’on peut éventuellement adresser au réalisateur concernant la mise en scène serait l’éternelle ritournelle des plans, entre sa chambre, son cours de danse et la voiture de son père, qui donne une certaine longueur à un film plutôt court. D’un autre côté, c’est bien la première fois que la transsexualité est abordée comme une lutte intérieure au cinéma, et non comme une lutte sociale où d’habitude un personnage transsexuel doit convaincre le monde entier d’accepter son changement de sexe. L’attente de recourir à la vaginectomie et l’envie de quitter cette identité qui la brûle de l’intérieur est insoutenable pour Lara, qui n’hésite pas à commettre l’irréversible pour en sortir.

Un film à voir absolument pour mieux comprendre ce qu’est réellement la transidentité, d’autant plus que les faits sont tirés d’une histoire vraie.

Sonia Michigan

Images  : Copyright UNIVERSUM / Menuet + Kinepolis

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