#2 Découvertes : octobre

RENTRÉE DES CLASSES SIGNIFIE AUSSI RENTRÉE CULTURELLE. BIEN QUE LE MOIS DE SEPTEMBRE SOIT PASSÉ, IL RESTE ENCORE BEAUCOUP DE CHOSES À DÉCOUVRIR ET REDÉCOUVRIR DANS CE QUI NOUS A ÉCHAPPÉ DEPUIS DES ANNÉES. MALGRÉ UNE MÉTÉO ASSEZ DÉROUTANTE POUR LE MOIS D’OCTOBRE – TROP CHAUD, PAS ASSEZ PLUVIEUX, IL EST ENCORE TEMPS DE FAIRE SEMBLANT, DE SE PLONGER SOUS LA COUETTE AVEC UN THÉ ET UN DISQUE, UN FILM, OU SORTIR VOIR UNE EXPOSITION POUR OUBLIER QUE LES VACANCES SONT BIEN LOIN.

Ceci est donc une sélection de ce qui pourrait être intéressant ou stimulant pour les jours à venir, au moins pour tenir jusqu’au prochain jour férié (pensez au centenaire de la fin de la Première Guerre Mondiale), si d’ici là nous n’avons pas publié un autre article.

Musique

MØ, clip de « Walk this Way » 

C’est bien connu, la musique adoucit les peines et permet de faire voyager, etc. La première à être à l’honneur est, artiste danoise surtout connue pour ses collaborations avec DJ Snake et Major Lazor mais aussi Diplo. Le célebrissime « Lean On » lui a permis d’accéder à la notoriété et de réaliser ses projets. Pourtant, peu de personnes parmi les profanes de son travail connaissent son premier album No Mythologies To Follow , sorti en 2014. Son nouvel album sortant dans deux semaines, il est temps de faire une petite rétrospective de son oeuvre et de s’interroger sur ce qui est à venir.

No mythologies to follow est un album tout à fait singulier, mêlant polyphonie, influences scandinaves et électro alternatif. Il est difficile d’accès, si bien que les premières chansons écoutées sont en général des collaborations, comme Lean On ou XXX 88, respectivement de Major Lazer et DJ Snake puis Diplo. Comme tous les albums complexes, trouver son propre chemin dans l’album est une question de préférences personnelles et de volonté. Une personne va choisir d’écouter toutes les chansons à la suite, une autre d’écouter une partie de l’album, puis la suite.

Ce que l’on peut retenir de cet album, c’est ses sons et son esprit tout à fait particulier, ainsi que son éclectisme. De Glass à Slow Love, les différences sont énormes et pourtant la voix de  forme l’unité essentielle à la cohérence de l’album.

MØ, depuis 2014, a accédé à une célébrité et un style de musique tout à fait différent de celui de son premier album. Maintenant produite par Diplo, il paraît évident que son album vise un public moins confidentiel que celui du premier album. Ses dernières chansons en sont l’exemple même, et ont rencontré un grand succès auprès des radios et autres, à l’instar de Don’t leave ou de Final Song. La question est donc celle du talent originel face à la nécessité de se conformer aux attentes du public pour être connu. Au vu de l’EP publié récemment ( When I Was Young ) mais aussi des chansons jouées en concert issues du nouvel album (On and On), on peut quand même être optimiste.

La découverte du mois sera donc plutôt une surprise : l’album de MØ sera-t-il à la hauteur du défi ou non ?

Cinéma 

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« Funny Face », 1957

Encore une fois, redécouverte du mois : avez vous déjà envie de paraître sophistiqué et cultivé en parlant de vieux films des années 50 ? Cela va avec le pack « cuisine moléculaire, jazz et oenologie », qu’arborent avec naturel certaines personnes. Le film du mois vous permettra à la fois : de vous réconforter de votre célibat, de rire, de paraître cultivé, et surtout de vous faire passer un bon moment.

Au panthéon des acteurs cultes sont appelés Fred Astaire et Audrey Hepburn pour « Funny Face », alias « Drôle de frimousse » en version française. L’histoire est assez simple : Audrey est une bibliothécaire férue de littérature et de philosophie, et un jour Fred Astaire et son équipe mettent à sac son lieu de travail pour une séance de photographie de mode improvisée. En manque d’une nouvelle égérie pour la campagne de pub, Astaire suggère la bibliothécaire teigneuse à la dirigeante du magazine, qui accepte. La bibliothécaire elle, n’accepte que parce que le tournage de la campagne a lieu à Paris où réside son philosophe favori.

Funny face : « Bonjour Paris » – Audrey Hepburn & Fred Astaire 

L’histoire est donc assez simple, mais elle permet de faire ressortir le meilleur de chaque acteur et lieu de tournage. Premièrement, apercevoir Paris dans les années 50 et la mode de cette époque est rafraîchissant (sauf peut-être la vision donnée de l’  «amour à la française » et de l’art contemporain), suffisamment pour oublier le côté vieux jeu des angles de prise – ou en tout cas considérer cela comme désuet mais charmant.

La danse occupe la belle part du film, et heureusement pour Audrey Hepburn, lumineuse et maîtrisée dans son solo de danse « contemporain » dans un café sordide à Montparnasse, et pour ses duos avec Fred Astaire, maîtrisés, doux et élégants.

C’est donc le film idéal pour oublier un peu le temps et se plonger sous la couette avec un thé et un animal de compagnie si vous en avez un. Il n’est pas trop tard pour imaginer Paris tel qu’il l’a été et de marcher dans les pas de Audrey Hepburn tout en fredonnant  Bonjour Paris, au risque de passer pour un touriste égaré.

3ème art

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Affiche de promotion de l’exposition Picasso « Bleu et rose », © Musée d’Orsay. 

La profusion d’expositions disponibles ces derniers mois oblige à faire une sélection. Après la langueur estivale – troublé par quelques touristes déterminés à parcourir le Louvre malgré les presque 39 degrés ambiant en juillet -, les musées sursautent et partout fleurissent les thématiques, rétrospectives, installations… Qui sait où aller ? Le MOOZ essaie de vous donner quelques pistes, limitées malgré tout par notre maigre connaissance du patrimoine de certaines régions.

A Paris, quelques indispensables : l’exposition Picasso Bleu et Rose au musée d’Orsay. Pourquoi ? Premièrement, Picasso est toujours différent de lui-même, et qui dit période dit surprise. Etre allé à l’exposition lui étant consacrée au quai Branly ne signifie par avoir compris complètement son oeuvre. C’était seulement une pièce du puzzle, à vous d’aller chercher la prochaine à Orsay. Deuxièmement, en parlant d’Orsay, il est clair que le cadre de l’exposition est paradisiaque. En tout objectivité, Orsay est le plus beau musée de Paris, avec sa grande allée majestueuse de statues, sa vue sur le Louvre ainsi que sa magnifique salle de fêtes. Troisièmement, après avoir profité de l’exposition et du musée, il ne tient qu’à vous de sortir, marcher un quart d’heure vers la rue des rosiers et profiter de la gastronomie locale (par cela on entend falafel et baklava).

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Berthe Morisot, Dans le bois de Boulogne, 1875-79 

Le deuxième choix proposé est la présence d’oeuvres impresionniste au musée des beaux-arts de Reims. Ils sont largement connus et discutés à travers des ouvrages et des expositions. Gauguin, Monet, Renoir… tous ces noms promettent une excursion dans un XIXème tel que les artistes l’ont vu et ressenti. Cela offre une porte d’entrée sur l’impressionnisme et aussi une vision de l’époque, ce qui mérite franchement le détour.

Pour un point de vue plus féminin sur la question, Berthe Morisot est un nom conseillé. Certaines de ses oeuvres sont exposées au musée Marmottan-Monet (qui abrite, comme son nom l’indique, une quantité importante d’oeuvres de Monet), si l’envie vous prend d’aller à Paris plutôt qu’à Reims. Sachez cependant qu’à Reims, vous n’aurez pas à traverser le XVI arrondissement et que vous serez à deux pas de la cathédrale, l’occasion de faire d’une pierre deux coups et d’admirer les vitraux de Chagall.

Actualité politique 

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Manifestation de soutien à l’Aquarius, Marseille (6/10/18), AFP

La note finale est moins joyeuse, et elle concerne les migrants. Le débat polarise la société et réveille l’instinct xénophobe que chacun de nous possède. Il y a une dimension morale, politique, économique et aussi purement pratique au problème. Le débat ici n’est pas de demander des comptes et des explications à chacun, mais simplement de faire pencher la balance vers la question morale.

L’Aquarius est le seul bateau d’ONG qui secoure les migrants en Méditerranée. Il a actuellement besoin de soutien, autant financier que moral. Il est actuellement bloqué au port de Marseille faute d’immatriculation, refusée par les autorités panaméennes pour « procédures juridiques internationales ». Des manifestations de soutien ont eu lieu le weekend dernier, mais l’essentiel  est, à l’échelle internationale, de repenser à cette problématique et de faire preuve d’humanité, avec un esprit pratique. Pour cela, il est peut-être temps d’abandonner la Convention de Dublin et de repenser notre système d’intégration.

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Vernon Subutex/Roman Duris, ©Fnac 

À l’occasion de l’adaptation du livre sur le petit écran (Canal +) avec Romain Duris dans le rôle clé, il est l’occasion de mentionner le travail de Virginie Despentes. Vernon Subutex, c’est le pseudo d’un homme qui, à la rue, traîne de connaissances en connaissances, suivi à la trace car le seul possesseur du testament d’un chanteur à succès, Alexandre Bleach.

La saga est surtout l’occasion pour Despentes de décrire la société actuelle. Cela commence tout d’abord par le personnage clé, Vernon. Ancien disquaire et allocataire du RSA, il se retrouve mis à la porte de son appartement et pour éviter la rue bien tant que mal, vogue de canapé en canapé. Les mutations de la société donc – la fin de l’industrie du disque -, les difficultés des classes populaires et aussi la confrontation d’un monde ancien avec le nouveau. Vernon incarne l’ancien, vieux rockeur avec une profession vieillotte, et les propriétaires des canapés sont le nouveau. Bien souvent, Vernon ne s’entend pas avec ceux qui lui ont été des amis chers.

Despentes aborde des sujets très différents grâce au même procédé : les rencontres de Vernon. Que ces soit un homme violent ayant battu sa femme, une transsexuelle, les extrémistes de droite… Plus qu’une histoire avec une trame, des cycles et des quêtes, Vernon Subutex est à l’image  de la vie du personnage éponyme : une succession de rencontres, de liens, d’évènements, sans forcément de liens ou de logique.

L’occasion étant pour l’auteure d’exprimer sa vision de nombreux thèmes déjà exprimés dans son oeuvre, comme dans King Kong Théorie. En particulier, sa vision de la lutte des classes permanentes (entre un trader et un smicard), ancré dans chaque vie des personnages est vibrante et résonne plus fortement encore car aujourd’hui considéré désuète. Au lecteur de juger si cette analyse est pertinente. On ne peut cependant pas nier qu’elle est particulièrement utile dans le cadre du féminisme tel que Despentes l’entend, comme par exemple le droit des femmes à la prostitution et à l’industrie pornographie. Despentes envisage la domination capitalisme comme au dessus de la domination des hommes, et voit donc le féminisme à la fois comme une révolution pour les femmes mais pour les hommes, contre la société établie.

Vernon Subutex offre donc des pans de vie d’étranger, toujours dans le but de montrer une société déchirée, en mutation et l’antagonisme permanent de la société. Celui-ci est parfois un peu maladroit, presque exagéré, et on pourrait parfois le reprocher à l’auteure. Cependant le message reste efficace. Les âmes sensibles peuvent passer leur chemin : le langage est cru, les évènements choquants et l’ambiance générale un peu malsaine. C’est ce que certains appellent « food for thoughts ». Le livre interroge et pose les bases d’une réflexion sans trop l’orienter vers une direction particulière.

Mot de la fin 

Pour plus de découvertes et de réflexion, l’équipe du MOOZ met régulièrement à l’honneur des artistes, séries, films, qui peuvent attirer votre attention. Rendez-vous sur la page d’accueil pour découvrir « Elite », « Atypical », le dernier album de Youssoupha et plein d’autres encore !

Par Sophie Grigoriu

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