Polaroid Expérience : nostalgie sur fond familial

Près de trois ans après la sortie de Négritude, l’un des cadors du rap français a fait une entrée fracassante le vendredi 28 septembre.

« Polaroïd Expérience », cinquième album de Youssoupha est à la fois différent et respectueux de l’essence du rappeur.

https://www.youtube.com/watch?v=IgZEWkNOSPo

Un artiste qui n’a plus rien à prouver

Surprenant. C’est le mot qui peut venir à l’esprit de l’auditeur lorsqu’il écoute le titre M’en aller,  une chanson contant une rupture amoureuse avec un rythme afro-latino ou encore le morceau  Par amour  qui est un hymne à la tolérance. Libre d’expérimenter de nouvelles choses, le rappeur s’en donne à cœur joie et nous fait découvrir une nouvelle facette de lui. « Niama na yo » – à traduire comme « Tu es bête », est à ce titre une véritable surprise car il est assez peu courant d’entendre un rappeur s’exprimer dans sa langue natale. Mais au final, c’est un essai confirmé. Autre fait notable : alors qu’il nous avait habitué à partager sa musicalité avec des invités, Youssoupha a décidé de se la jouer perso sur ce nouvel opus. Et ce n’est pas pour déplaire ! L’écriture qui autrefois était son cheval de bataille est désormais simplifié, moins cryptique. À la place, il a choisi de se concentrer sur la musicalité pour nous offrir des sonorités certes, banales, mais alléchante pour un artiste qui n’était pas familier avec ce domaine. Il laisse son cœur parler et étoffe un peu plus sa palette musicale en démontrant avec brio qu’il a réussi à se renouveler.

Nostalgie sur fond familial

La famille est l’un des thèmes principaux qui définit cet album. La pochette de l’album qui est une photo de famille nous livre un moment intime de sa vie. Le morceau éponyme  Polaroïd Experience  nous en donne la preuve lorsqu’il dresse un portrait de famille en présentant ses tantes, ses cousines, ses nièces et son fils Malik, tous présents dans le clip mis en ligne le 4 septembre dernier.  Comme le dit le rappeur Médine : « on a l’impression qu’on tourne les pages d’un album photo à chaque titre ».

Prétendant à une figure d’intellectuel du rap français, Youssoupha s’exprime également sur les maux qui entachent sa joie de vivre et il revient notamment, avec une punchline teintée d’amertume sur la polémique des Victoires de la Musique : « C’est plus facile quand t’es blanc : demande à Vald, demande à Orelsan ou Nekfeu. Il faut l’admettre, pas besoin que quelqu’un m’aide, trop re-noi pour gagner aux Victoires de la musique de merde » (Alléluia)

L’acceptation de la vieillesse est l’un des fils conducteurs de cet album. Le lyriciste bantou assume pleinement le fait d’être dépassé, de ne plus posséder les codes actuels du rap – « Le temps m’a rattrapé et je suis déjà ringard j’peux pas rapper comme Niska ou me saper comme S. Pri Noir, poto (Devenir vieux). En plus des moyens de diffusion habituels, l’album sortira sous un format cassette qui est caractéristique à une époque aujourd’hui révolue. « Il est bon de regarder en arrière, pas de se retourner ». Cette maxime de David Katan correspond parfaitement à l’esprit qui se dégage de cet album. Le rappeur use de ses souvenirs comme un tremplin pour pouvoir aller de l’avant. Désormais à la tête du label « Bomayé Musik », il laisse volontiers sa place à voir les artistes tels que Naza, ou encore Keblack et se prône comme un griot qui a pour vocation d’accompagner les nouveaux artistes.

« Des propos d’adultes avec la fougue d’un gamin »

Pour autant, il n’a rien perdu de l’éloquence qui a fait sa réputation et il nous le démontre en enchaînant les punchlines à un rythme démentiel. Au final ce griot des temps modernes arrive à nous fasciner avec des punchlines imagées. On redécouvre un Youssoupha nostalgique mais empreint d’un amour inégalable. Il nous livre une autobiographie introspective et poétique en nous faisant visiter quelques fragments de sa vie. Passé, présent, futur se mêlent, s’enchevêtrent pour nous fournir un disque complet certes moins homogène que les autres, mais tout aussi excellent.

« Il est bon de regarder en arrière, pas de se retourner ».

Par Florian Kotimbi

Couverture : Polaroïd Expérience

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