L’Îl de Foé

Arrivé au devant de la scène pop il y a de ça un an,  Foé continue sa douce élévation dans le monde la musique et cherche sa place. Après une date très attendue au Café de la Danse à Paris, celui-ci souhaite trouver son public et pense déjà à l’avenir et vogue déjà vers de […]

Arrivé au devant de la scène pop il y a de ça près d’un an,  Foé continue sa douce élévation dans le monde de la musique et cherche à se faire sa place. Après une date très attendue au Café de la Danse à Paris, celui-ci souhaite trouver son public et s’imagine déjà voguer vers de nouveaux projets. Si l’auteur-compositeur-interprète vous est encore inconnu, à travers cet article il vous révèlera qui il est et comment il définit l’essence de sa musique. Si vous le connaissez déjà (chanceux que vous êtes), on est certains qu’il a encore beaucoup de secrets à vous faire découvrir, dont certains que vous pourrez possiblement apercevoir au travers de cet échange avec l’artiste touche-à-tout d’à peine 21 ans.

L’album Îl apporte à cette année 2018 la fraicheur qu’on en attendait et par les mots à la fois initiatiques et déroutants d’un artiste à la plume soignée plus qu’aiguisée, nous laisse entrer dans un monde où se mêlent rêves et désillusions. Avec des thématiques lourdes comme la maladie, la trahison ou la mort, l’artiste nous montre par ses titres qu’on peut trouver du beau dans ce qui nous touche profondément. Placide paradoxe.

Je m’étais toujours dit que la musique serait un objectif.

Le clip d’Alors Lise est sorti quelques jours avant cette rencontre, as-tu pris part à sa création ?

Non du tout, j’ai simplement indiqué les univers et l’idée que j’avais du clip et c’est Romain Cieutat qui s’est chargé de le réaliser. Je ne voulais pas que le clip ressemble aux paroles de la chanson et qu’il se différencie de ceux que j’avais fait auparavant. Quand j’ai écrit cette chanson, j’étais en stage, on a repris le contexte dans lequel j’étais à ce moment-là. C’est pour ça qu’on retrouve l’ambiance froide des bureaux. À la fin, le personnage principal s’évade vers les collines près de la mer et ça correspond bien avec l’image de l’album.

Ça fait quelques mois que l’album est sorti, tu as tout juste 21 ans, comment as-tu vécu la sortie de ce premier album et comment te sens-tu maintenant ? À quoi ressemble ton album ?

Maintenant on est plus dans une volonté de faire découvrir les chansons et de défendre l’album. Avant, je ne pensais qu’à la sortie de l’album et rencontrer les médias, maintenant j’ai vraiment envie de me concentrer sur le public et l’image des chansons. J’envisage de clipper pas mal des titres et je continue à composer.

La sortie de l’album c’était une vraie libération, ça m’a enfin permis de continuer à avancer et de passer à la suite car ça a été beaucoup de pression. S’il fallait décrire l’album Îl, je dirais que ce serais une chambre planté dans un grand désert.

L’aspect visuel de ta musique, ça a l’air d’être quelque chose d’important pour toi, j’ai lu que beaucoup ne voyaient pas le sable à l’arrière-plan de ta pochette d’album… Pourtant, est-ce que tu voulais que cet album soit comme une invitation au voyage ?

Oui, c’est un peu ça, mais pour être plus précis, je dirais que c’est plutôt une invitation sur mon île. J’invite mes auditeurs à rentrer dans mon monde en fait et à découvrir mon univers. Pour en revenir au sable sur la pochette, c’est vrai qu’on a rarement l’album dans les mains quand on regarde la pochette, donc on la découvre seulement sur le téléphone et du coup les gens se rendent pas forcément compte de cette double lecture. J’aime beaucoup le nom qu’on a choisi pour l’album car c’est un néologisme entre le pronom personnel « il » et « l’île »de Robinson Crusoé, qui fait référence à la fois à mon nom d’artiste et à ma chambre dans lequel j’ai composé tout l’album. C’est un mélange de toutes ses significations qui me sont chères.

S’il fallait décrire l’album Îl, je dirais que ce serais une chambre planté dans un grand désert.

Donc de ce que j’ai compris, tu t’es inspiré de l’histoire de tes proches pour créer cet album, cependant, tu lui as choisi un nom qui t’es très personnel, la pochette de l’album se situe dans ta chambre…  Finalement cet album n’est-il pas plus autobiographique qu’il en a l’air ?

Si, justement ! Je parle d’histoires qui m’ont touché, à travers ce qu’ont vécu mes proches, je me sens plus ou moins intimement lié, en tout cas je le suis suffisamment pour écrire à ce sujet. Nuria par exemple, fait référence à mon arrière grand-mère, ce sont donc des histoires qui me tiennent profondément à coeur et on peut dire que c’est presque ma vie privé que j’expose parfois. Il y a sûrement un petit côté autobiographique du coup bien que j’ai voulu prendre mes distances en parlant des autres.

Pourquoi as-tu voulu essayer de ne pas trop te raconter dans cet album ?

À 21 ans, je me sentais un peu jeune pour parler de mes expériences personnelles. J’ai commencé à écrire les titres à 19 ans, je sortais de l’adolescence et je pensais pas que ce que j’avais à raconter était suffisamment intéressant. C’est pas vraiment que je voulais pas le faire quand j’y réfléchis bien, c’est juste que je l’ai pas fait car mon but à moi c’est de toucher les gens avec les histoires des autres qui m’avaient touché moi. Ça s’est fait assez naturellement finalement. Mais qui sait, peut-être dans le prochain album ?

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Avec La Machine, tu as choisi un format assez différent, c’est pas vraiment une histoire racontée, c’est surtout une histoire inventée, celle d’un petit garçon qui se rend compte que la vie est faite de déceptions…

C’est une chanson qui est découpée en trois parties : l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse. Je vois ce titre comme une métaphore de la vie, au début, quand on la découvre, on croit que le monde est bienveillant, puis en grandissant un peu on devine désabusé de la vie : on comprend qu’il y aura parfois des successions de monotonie. Enfin, l’objet, après un enchaînement d’épreuves devient usé, il se casse, et c’est la mort. C’est un peu pessimiste mais c’était ma façon de décortiquer un peu la vie.

Bouquet de Pleurs est le premier clip que vous avez sorti, est-ce que c’était une évidence ou avez-vous hésité entre plusieurs titres ?

On pensait que c’était un peu ce qui définissait le mieux l’identité du projet. Bouquet de Pleurs, c’est l’essence de l’album car à l’origine, toutes les chansons étaient faites en piano-voix avant que je rajoute la prod’. Je voulais dévoiler mon projet en gardant ce même esprit : Foé fait du piano et il chante, et c’était la meilleure chanson pour faire ça.

On ne peut pas dire que je sois un grand lecteur mais de fil en aiguille, j’ai pris pas mal de plaisir à jouer avec les mots.

Tu écris toutes tes chansons c’est bien ça ?

Oui ! En revanche, mon producteur Chad Boccara m’a guidé pour synthétiser mes idées. J’ai composé et écrit l’album dans son entièreté et je suis également co-réalisateur, ce qui fait que j’ai pu faire la réalisation sur l’album. Valentin Marceau nous a aidé également. Écrire, ça m’est venu un peu par hasard finalement, j’écrivais beaucoup en anglais auparavant. Étant très inspiré par les Rolling Stones et par des groupes comme AC/DC, j’étais à l’époque très attaché à ma guitare et puis au fur et à mesure, j’ai commencé à écouter de l’électro et à vouloir en créer dans ma chambre. Grâce à ces débuts-là je me suis rapproché du hip-hop et j’ai découvert l’écriture. Naturellement, après avoir commencé l’écriture, je me suis rapproché de la chanson française. En fait, c’est seulement quelques mois avant de rencontrer mon producteur que j’ai commencé à oser écrire en français et j’ai bien fait, car c’est finalement ce qui l’a séduit quand je lui ai montré ce que je faisais. Lui trouvait ça pertinent que j’écrive de cette façon même si moi j’étais moins confiant avec la langue française. On ne peut pas dire que je sois un grand lecteur mais de fil en aiguille, j’ai pris pas mal de plaisir à jouer avec les mots.

Alors ce producteur justement, tu l’as rencontré grâce à ta chaîne YouTube, mais on ne peut plus retrouver les sons que tu as fait auparavant…

J’ai encore quelques vidéos sur Instagram qui traîne avec ce que je faisais à l’époque, mais c’est pas ce dont je suis le plus fier donc… Peut-être qu’un jour je les ressortirais pour faire un cadeau à ceux qui me suivent… Mais une chose est sûr : ce ne sera pas un cadeau pour moi, car quand je vois ce que je fais aujourd’hui et mon travail de l’époque, c’est même pas comparable ! (rires) Je voulais que ce premier album soit la première chose que les gens entendent et j’avais envie de repartir à zéro.

Presque toutes tes chansons donnent une place centrale à la femme, pourquoi leur avoir donné une place si importante ? 

Je pense que ça c’est dû au fait que je sortais du lycée et que j’avais pas encore vraiment le recul sur ce que je faisais. On se cherche un peu dans ces moments-là. Les femmes, c’est un sujet qui fascine les hommes. C’était pour moi quelque chose d’important à raconter, puisqu’on a des déceptions amoureuses et qu’on peut pas se le cacher. C’est pour ça que je parle des femmes et de l’amour, parce que l’amour c’est quand même super important dans une vie, surtout quand on est jeunes peut-être ?

Le Mâle a dit est à nouveau une chanson avec un thème très lourd dans l’album. À nouveau, tu as fait un jeu de mots dans le titre, et musicalement elle est plus rythmée que les autres titres…

La chanson parle du SIDA, un mal de notre temps. Et quand j’en parle, le sens n’est pas caché. C’est une chanson qui sort un peu des codes de l’album car ce texte s’est fait à la toute fin.  Mon producteur aurait voulu que je fasse une nouvelle chanson comme Bouquet de Fleurs avec une envolée à la fin, mais moi je trouvais ça « tristoune », je désirais faire quelque chose de moins mélancolique. J’ai donc composé cette chanson totalement à contre-pied du projet, avec une mélodie plutôt enjouée. Celle-ci est donc assez paradoxale c’est vrai et j’ai kiffé la faire. Ce qui est le plus fou, c’est qu’en concert, les gens dansent sur ce titre alors que le thème est carrément glauque.

Les gens ne te comprennent pas forcément, on voit souvent des personnes qui demandent des explications à tes paroles et leurs métaphores, ou même à tes clips… 

J’avoue que je vois ces commentaires, et parfois j’y réponds. Mais je pense aussi que ce qui est beau avec la musique, c’est d’interpréter un peu soi-même aussi et de faire vivre la chanson comme on le souhaite. Moi, j’ai écrit les chansons avec les situations de mes proches, mais c’est à ceux qui écoutent je pense de s’approprier le titre avec leur vécu à eux s’ils le souhaitent. Certains titres sont expliqués en interviews en revanche, et pour certaines chansons comme le Mâle a dit justement, c’est plutôt simple, c’est même pas une question d’esthétique. C’est vrai que pour  des titres comme Coma Idyllique, c’est plus compliqué mais je pense que celle-ci est par exemple une chanson qui laisse le champs libre à plusieurs interprétations.

Toi qui composait essentiellement à l’époque, tu envisages de composer à nouveau des chansons entièrement anglophones ?

Je pense que oui, je vais sûrement réécrire quelques morceaux car ça me plait beaucoup. Il faut savoir que lorsque la mélodie vient pour un titre lorsque je créé, je la chantonne toujours en anglais et donc le français n’est pas forcément évident pour moi. Je ne parle pas anglais parfaitement, mais quand il s’agit d’imaginer une mélodie, je suis super doué pour faire du yaourt en anglais, plus qu’en français pour le coup. Le français me demande plus de concentration donc je me projette à faire davantage de chansons en anglais pour la suite.

Dans ce premier album, qu’est-ce qui aura été le plus relou pour toi ?

La panne d’inspiration ! Ce n’est pas un mythe, et c’est tellement frustrant ! Parfois pendant des semaines rien ne vient, puis en après-midi on arrive à boucler un titre en entier. Et après, rien d’autre pendant encore des semaines. Honnêtement, faut pas perdre espoir quand on écrit pour un album car attendre que ça vienne c’est parfois agaçant. Mais bon, ce serait trop facile si tout venait sans effort.

Et ce que tu as préféré ?

J’adore le studio ! Trouver les sons qui font que ça change tout, faire évoluer la chanson qui est très linéaire au début de l’enregistrement. J’aime bien faire rentrer les instruments au fur et à mesure et je fais ça dans tous les morceaux car je trouve ça intéressant d’accumuler progressivement les morceaux au fil des couplets.

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C’est quelque chose d’indispensable pour toi d’écrire tes propres sons et de les composer ? Tu te verrais chanter les paroles de quelqu’un d’autre ? 

Franchement, je ne serais pas contre ! Il y a de très grands lyricistes, comme celui qui a composé la Bohème pour Aznavour, mais par contre, c’est ce dernier qui a fait que la chanson lui collait à la peau. Je ne dis pas non, mais je m’attends vraiment à un titre qui me corresponde et qui soit superbe car sinon, je préfère composer et apprendre tranquillement de mon côté.

Et ce passage entre ta vie d’avant et le choix de lâcher ce qu’il y avait derrière toi pour faire de la musique, il s’est passé comment ? Tu as beaucoup hésité avant de te lancer ?

Je pense que la musique est toujours restée dans un coin de ma tête, je fais du piano et de la guitare depuis tout petit et ça ne m’a jamais quitté ! J’ai eu ce déclic en grandissant et au final ça s’est fait naturellement : j’ai envoyé mes démos, j’ai essayé de créer des groupes, de faire des tremplins, j’ai posté mes sons sur internet…. J’ai vraiment tenté ma chance et ça s’est bien goupillé ! Mais j’envisageais déjà en commençant mes études de prendre une année sabbatique pour me concentrer uniquement sur la musique. J’ai eu quand même la belle opportunité de rencontrer Chad. C’est donc une expérience qui commence bien ! Je m’étais toujours dit que la musique serait un objectif.

Une autre chance que tu as eu, c’est ce label Tôt ou Tard, qui t’a permis de te présenter dans tes grandes salles, pour les premières parties de Vianney… C’est assez impressionnant, comment on se prépare à faire des dates ?

Ça a été un grand moment de stress ! C’était une entrée dans une autre dimension. Mes chansons étaient tout juste prêtes, elles l’étaient même pas pour le live, donc ça m’a demandé de fournir une quantité de travail considérable, mais je ne le regrette pas du tout car ça m’a donné un vrai coup de boost. Je pense que cette étape m’a vraiment propulsé. Ce que je propose en live est maintenant totalement différent de ce que je fais sur l’album. Mais à l’époque, on voulait que je me fasse découvrir alors on ne les avait pas encore modifié.

Le Café de la Danse, c’était ta première date parisienne en solo, c’était une expérience totalement différente des premières parties j’imagine ?

C’était vachement angoissant car cette fois les gens venaient me voir moi. Ça faisait longtemps qu’on travaillait dessus donc c’était un super moment. En plus les gens connaissaient les chansons donc c’était beaucoup plus facile de les faire rentrer dans l’univers. Ils étaient plus sensibles à mes chansons, c’était super agréable. Cette fois, j’étais pas là pour convaincre les gens.

Des dates comme celle-ci tu en as d’autres de prévue ?

Yes ! Je serais là. Je continue aussi à composer de mon côté et là on est à fond sur le clip d’Alors Lise !

Nuria, c’est un des prochains clips que tu aimerais mettre en image ? 

Oui ! La Machine également !

La chanson Mommy, je la trouve un peu intrusive et super complexe, comment toi tu la définirais ?

Ça parle de ma grand-mère lorsqu’elle avait un cancer. Elle ne nous en parlait pas. Jamais. Dans la chanson, j’emploie le « je », mais c’était plutôt un « nous » car elle le cachait à toute la famille donc on savait pas qu’elle était malade. Elle avait ce personnage de la mort qui veillait sur elle et nous on n’en savait rien… Je pense que c’est un thème universel, parce qu’on peut malheureusement tous un jour être confronté de près ou de loin à la maladie. J’utilise « mommy » mais finalement je parlais pas de ma mère. C’est juste que dans mes chansons, j’essaie de mixer les différents points de vue de mon entourage de sorte à ce qu’ils ne fassent plus qu’un. C’est pas aussi explicite que les autres chansons.

Ton ascension a été quelque peu fulgurante, non ?

Je ne sais pas trop… Là je suis dans une phase de convaincre le grand public pour le moment ! Elle est cool cette période car je dois toujours donner le meilleur de moi-même pour que les gens sortent après une de mes prestations en ayant apprécié le projet ! C’est super élogieux car le milieu professionnel de la culture s’est également beaucoup intéressé à moi ce qui m’a permis d’élargir considérablement mon audience. Je suis trop content de voir que j’ai des retours assez positifs des critiques car c’est eux qui sont souvent les plus durs et là ils ont plutôt apprécié ! Ces retours médiatiques ont fait kiffé mes parents aussi, qui ont adoré me chercher dans les magazines ! Pour moi en revanche, la prochaine étape, c’est de me trouver un public, de créer une communauté qui puisse me suivre au quotidien. Des carrières comme Albin la Simone ou Vincent Delerme, je trouve que ça a l’air déjà super enrichissant ! Ils n’ont pas un public de stars internationales, mais ils sont soutenus dans les villes où ils vont et ils sont des gens qui les écoutent de projets en projets, et c’est plutôt ça qui me fait rêver moi ! C’est cette étape-là que j’attends avec impatience. Après bien-sûr, j’ai envie aussi de faire de très grands featurings et de remplir des salles énormes, je ne pense pas qu’il y ait des limites à l’ambition mais je pense que ce serait un plan de carrière plutôt stable.

Par Eléna Pougin

Crédits photo : Louis Canadas, DR

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