QUAND L’ART DÉBORDE : RENCONTRE AVEC JR

            Originaire de la banlieue parisienne (93), JR rêve d’art et de cultures. Il lui aura fallu attendre l’année de ses 18 ans pour obtenir son premier appareil photo personnel. C’est sans doute en tombant sur cet appareil dans le métro que la carrière de JR débute : il va par la suite parcourir l’Europe en quête d’art et de rencontres. En revenant de ce voyage, JR s’est trouvé, et a trouvé sa marque de fabrique si réputée : le collage photographique. Il va rencontrer des gens, écouter ce qu’ils ont à transmettre, leur(s) message(s), les photographier et les afficher partout dans les rues et sur les murs de Paris. JR a par la suite continué de faire le tour du monde, avec pour but, encore et toujours, de transmettre les cultures des uns aux autres. Son art s’est alors étendu au monde entier : il a exposé de plus en plus d’œuvres, dans des endroits de plus en plus symboliques.

            « Tes images sont-elles des bombes politiques ? ». Telle est la question posée à JR lors de sa conférence « L’art est-il toujours politique » à SciencesPo Paris, ce lundi 22 octobre. Lorsque JR parle de ses images, il dit souvent que « toute vraie image est beaucoup plus qu’une image ». Il entend par là qu’elle transporte un message, qu’elle a quelque chose à dire. Pour répondre à cette question, JR va revenir sur des projets déjà achevés ou en cours.

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JR a été invité à mettre ses oeuvres dans la gare Saint Lazare

            JR revient alors sur le tout début de sa carrière, l’époque où il mettait sept heures à coller une seule œuvre. Il nous raconte notamment l’histoire de la première œuvre qu’il a voulu afficher : C’était dans la cité des Bosquets, à Montfermeil, là où il a grandi. C’est d’ailleurs dans le cadre de son projet « Portrait d’une génération » qu’il va réaliser ses premières grandes photographies, imprimées en bandes à l’aide d’une machine d’impression de plans d’architecte. Le collage ici est laborieux, la police veut intervenir, mais JR a la bonne idée d’appeler tous les jeunes squattant les halls des immeubles à venir se positionner en bas de ses échelles afin de dissuader la police d’intervenir. Son premier projet est alors réalisé dans le même cadre que nombreux de ses projets par la suite, ni autorisé, ni interdit. Il n’y aura donc pas d’inauguration. Son but ? Rendre l’impossible possible.

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Cette œuvre-ci n’avait aucun sens politique à l’initiale, c’était juste son art exposé au milieu de sa ville natale. Ce n’est qu’un an plus tard que l’œuvre va prendre un sens politique fort. En effet, un an après le collage de son œuvre, en 2005, des émeutes éclatent aux Bosquets suite à la mort de deux jeunes ( Zyed Benna et Bouna Traoré), qui tentaient d’échapper à un contrôle de police. Ce triste évènement s’étant déroulé au pied de la photo réalisée par JR, l’image fait le tour du monde. La photo devient alors le symbole de cette cité, et empêche alors le maire de détruire l’œuvre (c’était son objectif au moment où il l’avait découverte).

Le premier mur légal dont JR a disposé est celui de la maison européenne de la photographie (MEP) à Paris. C’est ici qu’il a commencé son ascension vers de plus en plus de facilité à exposer ses œuvres. Ce qui caractérise parfaitement son ascension dans le monde artistique, comme il nous l’explique : c’est grâce à cette exposition le 7 novembre à la MEP qu’il s’ouvre plus facilement au monde entier. Cela représente beaucoup pour un artiste qui était obligé de « frauder » pour exposer.

Par la suite, en 2017, JR a décidé de réaliser une énorme fresque comportant 8000 visages en lien de près ou de loin avec les émeutes de 2005. Il installe alors un fond vert et des éclairages au milieu de la cité, et demande aux passants de raconter leur histoire devant l’appareil photo. C’est un réel pas en avant pour son art puisque le maire de la ville, qui était totalement contre ses projets passés, accepte de participer au projet, et donc de poser avec les jeunes de la cité qu’il avait totalement laissés tomber. La fresque réunit alors des pompiers, des anciens prisonniers, des fichés S, des hommes politiques, des aristocrates et des handicapés. Cette fois, l’œuvre est légale et autorisée, elle sera donc inaugurée, et exposée au palais de Tokyo. Pour l’inauguration, François Hollande en personne s’est déplacé, ce qui prouve que l’œuvre de JR s’étend au niveau politique, et de plus en plus : JR, grâce à ses photographies au message lourd, devient un artiste politique en vogue.

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JR, lors de l’inauguration de sa fresque aux 800 visages, aux côtés de François Hollande, président de la République à ce moment-là.

            Par la suite, JR a continué à réaliser de plus en plus de projets, à travers le monde, notamment des missions humanistes. Il a par exemple instauré un centre culturel au milieu des favelas de Rio, au Brésil, où différents artistes viennent réaliser des interventions auprès des jeunes. Il organise également des repas pour les Sans Domicile Fixe et les réfugiés, au Refettorio du foyer de la Madeleine, à Paris : le but ? proposer des plats concoctés à l’aide du surplus des grandes surfaces, par des grands chefs, afin d’imiter le cadre d’un restaurant trois étoiles.

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Le Refettorio du foyer de la Madeleine, Paris.

            JR est donc devenu sans conteste l’artiste aimé de tous, qui vient jouer de son art sur tous les fronts et qui n’arrête jamais d’impressionner par son talent…

Par Ben Seillier

Crédits (dans l’ordre) : JR-art, Who art you, Portrel

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