NIKI NIKI : le groupe à la voix mélodieuse

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À l’occasion du festival Off Off Off à Troyes, nous avons eu le plaisir de découvrir sur scène le groupe NIKI NIKI composé de Pierre, Jacques et Mélodie avec qui nous avons pu échanger sur leur groupe aux influences pop électro. Aussi bien artiste que féministe, Mélodie nous a livré son ressenti sur sa musique et le monde qui l’entoure. Si notre entretien fut fort intéressant, c’est sûrement parce que la rencontre sur scène fut bouleversante. Zoom sur ce groupe et leur univers envoûtant.

Pour commencer, Mélodie, peux-tu nous dire comment est né ce groupe ? Et d’où il tient son nom ?

Intense question. Le groupe est né en 2015, dans un contexte particulier puisque c’était au moment des attentats. Il a été, je pense, vital de le créer, d’écrire ces chansons, de composer ces morceaux accompagnée de mes compères, Jacques aux machines et au synthé ainsi que Pierre à la guitare et au chant. NIKI NIKI, ça a été comme une forme de renaissance. Et son nom a été trouvé dans ce contexte justement si particulier. C’est en janvier 2015 lorsque je suis allée à une exposition de Niki De Saint Phalle, j’ai été happé par sa performance sur sa série de peinture appelée « Tirs » réalisée au fusil, et je trouvais ça merveilleux. Je me suis dit quelle belle façon de résumer sa création à elle, elle a su transformer sa violence en quelque chose de vivant. Et je me suis dit pourquoi pas créer un groupe qui s’appellerait NIKI NIKI, en référence à cette artiste que je considère être une figure du féminisme ainsi que de la force créative capable d’exprimer sa colère de façon constructive.

Pierre, Jacques & Mélodie au Bougnat des Pouilles / © Ninon Soulié

Justement on parle de féminisme, votre oeuvre musicale et notamment le dernière album Absence se voit tourmenter par la question du genre, qui fait d’ailleurs l’objet d’un titre Ungenderness, pourquoi lui accorder de la place? Et quel est votre ressenti face à la « libération » ou la prise de parole des personnes qui questionnent leur genre ?

J’ai eu envie d’aborder cette question car premièrement étant petite fille on me prenait pour un petit garçon et deuxièmement parce qu’au sein de ce groupe je prends souvent la place dite de « l’homme », celle du leader et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi de travailler avec Pierre et Jacques car ils me parlent comme à un individu et pas comme à une femme. Donc c’est des questions qu’on a beaucoup abordé parce que c’est quelque chose qu’on vit aussi dans la musique, moi en tant que femme même si ça va mieux.

Dans cette chanson Ungenderness, on parle non pas du genre mais du non-genre.

Concernant ce qui se passe aujourd’hui, je suis ravie qu’on aborde enfin ces question là, c’est des problématiques que je soulève depuis déjà beaucoup d’années, comme d’autres d’ailleurs. C’est forcément un sentiment de satisfaction lorsque l’on voit des trans être mis en avant, car il faut le rappeler, ce sont des gens qui aujourd’hui subissent encore des discriminations assez affreuses. D’ailleurs j’ai souvent reçu des remarques concernant mon style vestimentaire : « tu t’habilles comme un garçon », « c’est pas très féminin » et du coup j’avais décidé de mettre du rouge à lèvres aux garçons sur scène. Et un jour, on est sorti de scène et on a failli se faire frapper parce que Jacques portait du rouge à lèvres. Donc je me suis dit qu’il y avait encore du travail à faire pour libérer le genre et libérer les esprits. Mais écrire Ungenderness, c’était avant toute chose pour parler de liberté et d’amour.

Cette mise en scène avec vos costumes masculinisants, les garçons avec du rouge à lèvres et ton style très Bowie sur scène, c’était une évidence avant même d’avoir écrit les chansons ou ça a été amené avec les textes que tu as composé ?

Pour les costumes ça m’est venu car je me suis dit qu’il était important d’avoir une tenue de scène tous les trois, qu’on nous identifie comme un groupe. Et je voulais que nos costumes laissent la place à nos chansons, donc on a choisi grâce à Agnès B. , qui nous a habillé d’un costume élégant, qui pour nous faisait écho à l’élégance qu’on recherche dans nos arrangements musicaux.

Pour la gestuelle jugée très Bowie, je dois avouer qu’elle est absolument spontanée. Jusqu’en 2015, je ne connaissais pas vraiment son oeuvre musicale, c’est seulement lorsque je suis allée voir le spectacle de Decouflé « Wiebo » dont Pierre était le directeur musicale que j’ai saisi un peu plus le personnage et son art. En plus, c’était une période où j’avais besoin de recréer quelque chose sur des ruines et j’avais besoin de créer NIKI NIKI donc effectivement Bowie a surement dû m’insuffler quelque chose dans ma corporalité sans que je le conscientise. Je suis aujourd’hui forcément touchée que ma gestuelle puisse faire écho à une telle figure de la musique, bien que l’objectif n’étant pas de l’utiliser. J’ai aussi d’autres inspirations notamment Grace Jones, Annie Lenox ou encore Catherine Ringer et George Michael, ce sont des pères et des mères qui m’ont permis d’assumer mon côté androgyne sans jamais que j’en ai honte.

Mélodie au Bougnat des Pouilles / © Ninon Soulié

Musicalement parlant, ce choix de chanter anglais sur des ondes électro c’était une certitude pour tout le groupe ou vous en avez discuté ensemble ? Est-ce que toi tu te projettes en chantant un jour en français ?

Au départ les chansons sont venues en anglais, ça été très naturel. Mais effectivement, je me suis interrogée et j’ai même essayé de les mettre en français mais ce n’était pas sincère. Alors je me suis laissée 6 mois entre février et juillet 2015 pour réfléchir à ça, pour aussi en discuter avec le groupe puis au final, je me suis dit « fais confiance à ce qui t’es venu spontanément ». Et puis ce que j’exprime est particulièrement intense et de ce fait l’anglais me permettait une abstraction que j’avais du mal à trouver en français. En terme de son, l’anglais était plus approprié à ce qu’on composait.

NIKI NIKI a selon moi une identité très lié au monde anglo-saxon. Je voyage beaucoup, je parle couramment anglais et j’ai grandi avec cette langue aussi. Néanmoins on ne se ferme pas à cette porte, peut-être que sur le prochain album on aura deux ou trois titres en français. Mais je ne veux surtout pas me forcer, je veux que nos textes restent sincères et qu’ils ne soient pas réfléchis de sorte à ce qu’ils marchent mieux ou non. La possibilité de chanter en français n’est pas à exclure mais elle n’est pas d’actualité.

Maintenant visuellement, parle-nous une peu de ce prisme rose qui couvre vos yeux sur beaucoup de vos visuels et clips ?

Je me suis dit que c’était important que le visuel parle du fond des chansons. Encore une fois NIKI NIKI est né dans un contexte politique et personnel compliqué et j’avais besoin de parler de la censure de façon légère. Puis j’ai découvert la diffusion des JO en Iran et leur hilarante censure des corps féminins. Ce qui était génial, c’est que comme ils censuraient leurs corps on avait l’impression qu’elles étaient nues et j’ai trouvé ça très ironique. Ensuite, je me suis demandé comment transformer cette censure radicale, et l’idée m’est venue de mettre cette barre de censure en rose, ça me faisait sourire. J’ai eu envie de développer ça tout du long dans notre identité graphique même si celle-ci va justement évoluer en essayant de plus en plus montrer nos visages. D’ailleurs ça a déjà commencé avec le clip Pink Sorrows puis aussi la session live de Ungenderness, l’idée étant de se dévoiler de plus en plus et de mettre les barres de censure ailleurs.

De la pop électro c’est comme ça que tu qualifierais votre musique ?

Parfois on parle de pop androgyne pour rire un peu de ces étiquettes qu’on nous colle, il y a d’ailleurs quelqu’un qui me disait souvent « les étiquettes ça gratte » , c’est sûr que c’est toujours délicat de qualifier en 2 mots son genre, surtout quand on n’aime pas les genres. Donc j’aurai du mal à qualifier notre musique aussi, je dirai que c’est de la pop sensible, de la pop androgyne, de la pop electro, oui, on n’a pas d’ordinateur sur scène, on a des machines analogiques et c’est vrai qu’on essaie de le définir comme ça mais j’espère que l’on pourra le faire aussi plus vastement car ça reste aussi et surtout des chansons.

Jacques au Bougnat des Pouilles / © Ninon Soulié
Jacques au Bougnat des Pouilles / © Ninon Soulié

Est-ce qu’aujourd’hui c’est pas trop compliqué de se faire une place dans cette vaste et en même temps très prisée, industrie musicale sans faire du « déjà vu »? 

Je pense qu’il y a de la place pour tous quand bien même il existerait des familiarités entre groupes et artistes. Nous on n’est pas dans ce truc de se demander dès qu’on fait quelque chose si ça ressemble à un tel ou un tel. Concernant notre propre identité et notamment électro, on s’est imposé des contraintes aussi c’est-à-dire qu’on est parti du live pour aller faire l’album, par exemple on n’a pas du tout travaillé avec des plug-ins. Pour le premier album, on a travaillé à la production avec Apollo Noir le gagnant des iNOUïs 2018 et lui a travaillé avec tout un tas de machines analogiques. On n’a pas réfléchi aux potentielles ressemblances avec nos voisins artistes mais en revanche je trouve ça génial qu’il y ait des nouvelles « familles » musicales qui se forment.

Et grâce à la vague internet il y a cette espèce de libération des expressions créatives, l’offre est constamment renouvelée c’est génial, et ça pousse beaucoup d’artistes et notamment notre groupe à faire ce que l’on fait. Néanmoins dans ce grand bain de l’offre, on oublie parfois de se plonger dans les albums. Aujourd’hui, on découvre un morceau et on fait parfois l’impasse sur l’album, alors que c’est une extension de l’univers de l’artiste, ça c’est parfois dommage. Si les gens écoutent notre album dans son intégralité ils verront que c’est un album concept avec un thème qui se dégage du prélude jusqu’au dernier titre.

Et enfin les objectifs à venir ?

Premièrement défendre cet album sur les routes, en faisant des concerts et  des premières parties. D’ailleurs prochainement on va faire la première partie IBEYI le 17, 29 et 30 novembre en Lausanne et aussi celle de General Elektriks le 9 novembre et le 7 décembre prochain. On tient vraiment à présenter cette album en live car on est aussi des gens de scène, on aime le contact avec le public. Puis entre temps je commence déjà à composer, car c’est important pour moi de penser déjà au deuxième album qui viendra sûrement dans longtemps mais je me dois de réfléchir à ce deuxième enfant.

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Et grâce à la vague internet il y a cette espèce de libération des expressions créatives, l’offre est constamment renouvelée c’est génial, et ça pousse beaucoup d’artistes et notamment notre groupe à faire ce que l’on fait.

Par Ninon Soulié

Photos du live / © Ninon Soulié

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