Basquiat et Schiele à la fondation Louis Vuitton : duo troublant et magique

DE PASSAGE EN RÉGION PARISIENNE ? LE MOOZ VOUS PROPOSE UNE EXPOSITION AVEC DEUX ARTISTES POUR LE PRIX D’UN, ET PAS DES MOINDRES.

La fondation Louis Vuitton, inaugurée en 2014, propose depuis le 3 octobre une double exposition consacrée à deux artistes au premier abord complètement différents : Egon Schiele et Jean-Michel Basquiat. Schiele, connu pour son trait nerveux et la nudité crue de ses sujets, est autrichien et meurt en 1918, il y a un siècle. Jean Michel Basquiat est mort il y a maintenant trente ans et est connu pour ses oeuvres politiques et complexes, appelées “néo impressionnistes”. Un ticket qui offre une double entrée pour deux expositions qui se font à la suite pose tout de suite la question du lien entre les deux.

Il paraît évident que les deux artistes auraient pu avoir leur “propre” exposition séparément. La demande pour Schiele et Basquiat et grande, et ont chacun leur adeptes. Le choix de la fondation Louis Vuitton est alors questionné : pourquoi ? Certes, deux bons artistes à la suite, pourquoi pas ?

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La distance entre les deux est toutefois mince quand on se renseigne sur leur vie : morts respectivement à vingt huit et vingt sept ans, les deux ont connu une vie artistique fulgurante mais douloureuse, et ont évoqué des sujets difficiles et profondément personnels. Egon Schiele, l’érotisme avec son traits incisif et inquiétant, Basquiat la société à travers ses messages codées et ses couleurs explosives.

L’exposition se présente donc en deux temps : la première est la galerie des oeuvres de Schiele, présentées sous forme chronologique et par période. Logique et classique en soit. Toutes les oeuvres de Schiele semblent y être : autoportraits, quelques rares paysages, esquisses… un artiste presque introuvable dans les musées parisiens a enfin une exposition complète de son oeuvre : plus besoin d’aller à Vienne ou à Jérusalem. Seul bémol : l’espace prévu pour la circulation est très restreint et l’exposition prisée, ce qui fait que la queue s’accumule et qu’on finit par faire l’exposition en faisant du sur place, avec un éclairage et une disposition mettant peu les oeuvres en valeur.

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A part ce bémol, rien à reprocher au côté Schiele, pour ceux qui apprécient son oeuvre : la qualité est là mais aussi la quantité. Il est sans doute préférable d’y aller si possible tôt le matin et en semaine (non comprises dans les vacances scolaires) pour profiter des oeuvres et ne pas prendre le parcours à contre sens pour éviter la foule, comme la rédaction l’a fait.

Après deux heures passées au côté Schiele, il est temps d’aborder Basquiat. L’artiste du Bronx, mort à 27 ans en 1988 s’est fait connaître tout d’abord par ses graffitis à New York avant d’accéder progressivement à la célébrité internationale dans le monde de l’art. Soulagement, l’espace d’exposition est immense, bien éclairée et s’étend sur trois étages. La grandeur des lieux paraît pensée pour les tableaux, qui sont parfois imposants et prennent largeur et hauteur des murs. L’exposition n’ayant pas un thème en particulier, les oeuvres des Basquiat sont présentées par période chronologique, avec les plus récentes au plus haut étage. Collaboration, collage, esquisses… Tout y est. L’occasion de découvrir, redécouvrir ou juste profiter de l’oeuvre immense de Basquiat.

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Son trait nerveux et incisif, au prime abord brouillon se découvre difficilement, grâce aux explications donnée par l’exposition mais surtout un travail d’exploration minutieux du tableau. Inscription graphique, symbole… Basquiat rend hommage à la culture africaine, dénonce la situation politique aux Etats-Unis et critique la société de consommation, bref, ses sujets de prédilection sont variés mais surtout exploités d’une manière complètement différente de ce qui est traditionnellement connu. Son sampling, la diversité des supports et matériaux et surtout son trait de dessin détonne et offre une fraîcheur qui contraste avec la violence des messages. La salle de collaboration avec Andy Warhol offre une pause légère dans cet univers sombre, tendu et pourtant magique offert par Basquiat.

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Jean Michel Basquiat et Andy Warhol 

On vous conseille donc d’aller de toute urgence à la fondation Louis Vuitton et de se plonger dans ces deux rétrospectives différentes mais dans un sens complémentaires. Deux conseils : prévoyez des snacks (mises bout à bout, vous en avez sûrement pour quatre heures de visite) et aussi une journée dans la semaine, histoire de ne pas vous faire marcher sur les pieds. C’est une exposition exceptionnelle autant par sa richesse que par son sujet, et le cadre est idyllique.

Crédits photos (dans l’ordre) : Fondation Louis Vuitton, L’Express, Jacques Demarthon pour l’AFP

Par Sophie Grigoriu

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