L’Opéra Bastille sous tous les angles

12 spectacles par an, 36 kilomètres de couloirs sous terrains et de centaines d’artistes sur scène mais aussi backstage, dans les méandres qui forment les coulisses et entrepôts de ce qui est le « chef lieu » de l’opéra dans la capitale française. Les coulisses et sous sols de l’opéra Bastille regroupent évidemment les techniciens et artisans de l’opéra Bastille mais aussi de l’opéra Garnier, les deux étant regroupés sous l’appellation Opéra national de Paris. Vous avez sûrement déjà vu la façade futuriste du bâtiment Carl Ott, mais peut-être pas ce qui ce cache derrière la grande scène.

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Créé à l’instigation de François Mitterand dans les années 80, une gare fermée depuis la fin des années 60 fait place à un opéra, pensé pour décharger l’opéra Garnier. Symboliquement, la première de l’opéra a lieu un 13 juillet 1989, et depuis les représentations se sont succédées. Pourtant, au delà de ce qui est visible aux yeux du public – spots lumineux et solistes qu’il faut réserver trois ans à l’avance -, l’organisation et la logistique de l’opéra constituent un microcosme délicat et complexe.

Derrière la grande salle, un bâtiment sur six sous sols et cinq étages sont là pour assurer la magie d’un spectacle qui dure tout au plus quatre heures. En plus des techniciens et des répétitions pour les musiciens, toute une équipe auto suffisante est présente entre les murs pour créer décors, accessoires, costumes peintures et fausses armes. Le résultat est que les coulisses de l’opéra sont une succession de salles et entrepôts aux allures fantasmagoriques. Entre les décors immenses grandeurs natures laissés entre les murs de tôle, les immenses ateliers de peinture où un artiste des beaux arts reproduit avec exactitude une fresque de la Renaissance… chaque recoin témoigne de l’auto suffisance et de la complexité d’une telle structure.

Ainsi, l’opéra possède un président, élu pour une durée de cinq ans par le ministère de la culture, ce qui rappelle la tradition de la Vème république.

On ne se doute pas de la multiplicité de professions exercées au sein d’un opéra. Pourtant, Bastille étant auto suffisant, tous les éléments nécessaires à la construction d’un spectacle sont présents. Et dans la démesure. Le premier élément visible, c’est la scène, et son gigantesque plateau tournant. Le guide nous confie qu’il a été changé trois fois à cause du nouveau décor de quelques tonnes d’un spectacle à venir.

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un indice pour le décor de plusieurs tonnes : il est utilisé dans Simon Boccanegra

Pourtant, à droite, à gauche, derrière, des espaces deux fois plus grands que la scène se découvrent derrière les rideaux, et même une salle aux mêmes dimensions que la scène pour les répétitions. Les décors, parfois lourds de plusieurs tonnes, sont assemblés sur les pièces adjacentes à la scène et transportées grâce au plateau tournant et encastrable.

  Avec près de quinze spectacles par an, reprises ou création originale, l’opéra Bastille est unique en son genre en ce qui concerne la conception des décors. Certains d’entre eux ne peuvent être transportés et restent dans les entrepôts ou dans des containers, prêt pour les prochaines représentations. Cela donne un escalier de la Traviata entre quatre murs ternes, pour une ambiance entre Wes Anderson et Tim Burton.

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Entre les différents ateliers et salles à remarquer (et que vous pouvez visiter à la demande !), quelques uns devraient retenir l’attention : l’atelier de sculpture, de peinture, la menuiserie, les costumes et les accessoires.

  1. La sculpture

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L’entrée en matière est peu délicate mais plutôt cocasse : tout le personnel sculpture est regroupé autour de la première série de carcasse d’animaux en glaise, prévue pour le décor d’un opéra à venir. Sur un pupitre, des photos de carcasse de boucherie, justement pour le réalisme, qui s’avère d’ailleurs troublant. Pas prises en photo pour cause de copyright et interdiction de diffusion avant la première, nous laissons parler les oeuvres passées pour juger du talent de l’atelier.

2. La peinture 

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Au delà du magnifique plafond de Garnier peint par Chagall, Bastille a les armes pour se défendre. Dans une grande salle de 4 000m2, les divers décors (grands panneaux flottants ou détails sur les meubles) sont peints sur des toiles immenses. La lumière est irréprochable, venue d’une immense baie vitrée sur le haut de la pièce. Dans un coin de la pièce, un peintre venue des Beaux-Arts reproduit avec fidélité une fresque religieuses d’inspiration Renaissance.

3. Menuiserie, costumes et accessoires. 

L’opéra Bastille a des allures de villes, avec ses vingtaines d’ascenseurs et son auto suffisance. Quand on arrive dans la « menuiserie » où tous les travaux en rapport avec le bois s’effectuent, la quantité de bois et la masse de travail fournie peut réellement surprendre. Chassis pour lesdits panneaux de décoration, fabrication de A à Z des décors..

Quant aux costumes, alignés en rangés sur des penderies transportables, ils oscillent entre haute couture et inspiration années quatre vingt. « Certains sont achetés en friperie sur Paris » confie le guide de la visite. Avis aux amateurs, des ventes de costumes ont lieu tous les cinq ou six ans environ, à l’instar de la vente en juin 2017.

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Avis aux amateurs d’opéra mais aussi de peinture, sculpture, et logistique (peut être moins répandus mais le Mooz pense à eux quand même), vous pouvez tout à fait faire une visite de l’opéra, il faut aller par ici : venir et visiter l’opéra

Pour les amateurs d’opéra mais aussi de ballet, la programmation de la saison est juste ici : https://www.operadeparis.fr/saison-18-19

Au delà des projecteurs et des artistes présents sur scène, l’opéra Bastille témoigne donc de l’impressionnant dispositif nécessaire en amont et en aval d’une seule représentation, et du nombre d’acteurs impliqués. Le Mooz vous recommande chaudement le passage à l’Opéra !

Crédits photos (dans l’ordre) : Opéra de Paris, Marty Sohl pour Metropolitan Opera, Myriam Balaÿ, JYF du Sweet Briar College à Paris, Culturebox France Culture

Par Sophie Grigoriu

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