Thé Vanille – Le groupe Emmaüs Touraine

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Le 26 octobre 2018, Thé Vanille ont répondu à quelques questions pour Le Mooz, juste avant leur passage au festival Off Off Off à The Message (Troyes). Nous sommes en présence de Valentin (guitariste), Théo (batteur), Nasta (chant/claviers) et Pierre, l’ingé son du groupe. Si vous aimez les groupes qui se donnent à fond en concert et qui ont un univers très personnel, vous allez tomber amoureux de ce power trio originaire de Tours.

Parlez nous de la naissance de Thé Vanille ?

VALENTIN : Thé Vanille c’est né dans une théière, un lundi froid du mois de mai. Un lundi matin, il était très tôt du coup il n’y avait pas de café alors on a été obligés de boire du thé vanille. C’était dégueulasse, mais ce jour-là on a fait de la très très bonne musique. (rires)

NASTA : C’était en mai 2016. On s’est retrouvés, on a joué ensemble et ça a marché. On ne se connaissait pas vraiment, j’ai fait la rencontre un peu hasardeuse de Valentin qui avait un projet avec Théo. Il m’a proposé qu’on joue ensemble et ça a fonctionné assez vite.

Vos influences individuelles et au nom du groupe ?

VALENTIN : Tous les courants du rock depuis à création de l’électricité jusqu’à aujourd’hui (rires).

THÉO : La musique jazz improvisée, expérimentale… Perso j’aime bien le rock progressif comme Gong. Des trucs plus « chanson » comme Mac Demarco, des trucs simples et qui parlent où t’as un peu envie de danser…

NASTA : En groupe on peut citer Gorillaz, pour leur musique mais aussi pour tout le côté visuel. On aime bien T. Rex aussi. On nous a souvent comparé avec The B-52’s, ce que je trouve assez pertinent car en effet il y a des trucs qui se ressemblent. J’aime bien Madonna aussi.

VALENTIN : Ce qui était intéressant dans notre rencontre c’est qu’on avait des choses en commun mais aussi des influences un peu différentes. Il y avait un coté expérimental, progressif et pop. C’est vraiment la jonction de ces différentes couleurs et façons de travailler qui était cool, où tu mêles la musique populaire et la musique savante pour faire quelque chose de plus organique.

Thé Vanille, c’est quel style au final ?

C’est quelque chose de très vivant, on passe par plein d’états différents. Il faut voir le live pour le comprendre, je pense que toute l’ampleur de Thé Vanille n’est compréhensible que si on vient nous voir.

THÉO : C’est « Emmaüs Touraine », c’est de la recyclerie musicale (rires). Tous nos instruments et nos fringues c’est que de la seconde main. A une époque on avait l’habitude d’aller dans les Emmaüs avant les concerts pour acheter des éléments de déco, des robes pour valentin….

VALENTIN : On parle de musique s’il te plait, pas de fringues (rires).

THÉO : Quand t’as des trucs de seconde main t’es dans une démarche de recherche sonore, dans une démarche de donner une nouvelle vie… Par exemple une cymbale de batterie cassée, nous on la garde. Valentin devrait être sponsorisé par le bon coin parce qu’il passe son temps à traverser la France pour trouver des vieux trucs et les réparer, leur donner une nouvelle âme. Nasta elle a un synthé qui nous a coûté 30 balles…

NASTA : Au niveau de nos mélodies il y a aussi un petit côté recyclerie parce qu’on y regroupe toute la musique qu’on a pu écouter dans la couleur de ce qu’on joue. Après si on devait mettre des mots plus précis il y aurait rock. Un peu pop aussi mais nous on aime bien bouger et vivre notre musique, c’est assez compliqué de mettre des mots exactes dessus car c’est quelque chose de très vivant, on passe par plein d’états différents. Il faut voir le live pour le comprendre, je pense que toute l’ampleur de Thé Vanille n’est compréhensible que si on vient nous voir. Le CD c’est 10% de ce qu’on fait. J’espère qu’un jour on réussira à mettre cette énergie sur un CD mais ce n’est pas dans l’immédiat.

Vous êtes donc plutôt un groupe de live ?

VALENTIN : Carrément. L’idée de base c’était « si ça sonne en répète, ça sonnera forcément dans un bar ou sur une méga scène ». Il n’y a aucun samples, tout est joué.

THÉO : Il y a un côté minimal aussi dans notre musique vu qu’on est que 3, on n’a pas envie d’enregistrer 15 pistes. Le studio c’est bien pour rajouter plein de détails mais notre musique ne s’y prête pas forcément, en tout cas on n’en a pas envie pour l’instant. Si on a envie de faire écouter des choses aux gens on veut leur faire écouter en vrai pour qu’ils viennent nous voir. Après peut être qu’après 400 dates on changera d’avis et on voudra se poser dans un studio pour écrire d’autres choses mais pour l’instant ce n’est pas le cas.

Quel matériel en particulier fait sonner Thé Vanille ?

NASTA : Alors déjà on a un ingé son qui s’appelle Pierre (rires).

VALENTIN : Au début c’était un duo guitare / batterie, alors pour que ça sonne vraiment on a eu un travail de multiplication des sources sonores, et notamment le traitement de la basse. Alors j’ai bidouillé mes guitares et j’ai installé un petit micro sous mes deux premières cordes qui me permet d’avoir une deuxième sortie traitée à travers un octaveur. J’ai vraiment des basses mais ciblées sur mes deux premières cordes, ce qui permet d’avoir un double jeu avec les aigus d’un côté et les graves de l’autre. En plus de ça il y a un traitement de mon signal de guitare qui a trois canaux. Un canal fait pour les aigus, un pour les basses et un clean sans effets qui est là pour garder toujours un truc propre. Pour la batterie il y a des parties assez vivantes, maintenant on se connait par cœur avec Théo, ce qui créé une liberté dans ce qu’on fait. Avec tout ça on a un truc qui sonne plutôt « garage » et par-dessus il y a Nasta qui pose ses lyrics dessus et ça fait donc un truc nouveau. C’est ça qui était hyper cool quand on s’est rencontrés, de se dire qu’on arrive à faire un truc à la fois crad’ et clean.

THÉO : Au niveau des effets de voix il y a des trucs intéressants aussi, maintenant c’est Pierre qui gère les effets de voix de Nasta. Il y a de la reverb’, de la disto’, des flangers… pas mal de choses selon les morceaux.

NASTA : Il y a aussi des chœurs, et tout le monde a des parties de chant lead.

Comment créez-vous vos morceaux ?

THÉO : Au tout début on avait proposé 4 petits bouts d’instru’ à Nasta qui étaient sortis de jam pour qu’elle pose sa voix dessus, et c’est comme ça que les premiers morceaux sont nés.

VALENTIN : On rajoute souvent des éléments qui apportent des trucs en plus, on a beaucoup de mal à terminer nos compos, mais la base de la compo vient toujours très vite.

NASTA : Après on organise tout, on réfléchit aux nuances… C’est vraiment une composition collective.

THEO : On s’enregistre beaucoup aussi, c’est devenu un réflexe. Ça peut être des morceaux de répète ou des riffs qui sortent pendant des balances, ça nous créé une petite banque de son que l’on réécoute et on en reprend certains.

Vous avez un EP à l’heure actuelle ?

VALENTIN : Oui. On a aussi un single en série limitée mais on ne l’a pas distribué, il est commandable sur notre site.

Votre EP est-il auto-produit ?

THÉO : Oui, pour l’instant tout ce qu’on a fait c’est auto-produit avec l’aide de Pierre et d’autres personnes. Je pense que ça risque de continuer comme ça. On n’a toujours pas de label car on en ressent pas le besoin pour l’instant, vu qu’on aime le « live », on a surtout envie de jouer. En revanche on a deux tourneurs qui nous trouvent pas mal de dates et c’est plutôt chouette. Actuellement on veut continuer de garder en main tout ce qui se passe. On fera peut-être appel à un distributeur par la suite.

VALENTIN : Pour l’instant on n’a pas cherché à faire exploser la visibilité du projet. On n’a pas payé d’attaché de presse, on fait que des concerts et on entretient nos réseaux sociaux.

Vous faîtes pas mal de dates en ce moment ?

THÉO : Ouais c’est cool. C’est Jean- Noël de Cold Fame qui nous a trouvé beaucoup de dates. C’est génial on part toutes les semaines pour environ 3 concerts, c’est des mini tournées.

Vous faîtes donc partie de l’agence Cold Fame ?

VALENTIN : Oui c’est une très belle rencontre. On est suivis par le chantier des Francofolies et Jean- Noël était intervenant sur cet évènement. On donc passé une semaine ensemble, on a appris à se connaître et à la fin de cette semaine il nous a proposé de travailler avec lui. On était déjà chez UNI T qui est un gros tourneur qui n’était pas forcément dans l’optique de nous développer mais de nous laisser nous développer un peu nous-même pour propulser le truc plus loin par la suite. Jean- Noël a directement capté notre envie de l’indé, il vient de là aussi et je pense qu’il a senti quelque chose qui était possible entre ce qu’il avait vécu et ce que nous on pourrait vivre.

Je pense qu’aujourd’hui, tous styles confondus, l’artiste a une vraie force de frappe

THÉO : Il a aussi ce regard « générationnel ». On est plus ou moins du même âge, et il se passe beaucoup de chose dans le milieu de la musique. Là je pense qu’on est à une période assez clivante où l’artiste a beaucoup plus de force. Comme on disait on peut s’enregistrer avec nos téléphones en répète, notre premier EP est autoproduit… évidemment ce n’était pas facile parce qu’il faut trouver des fonds mais je pense qu’aujourd’hui, tous styles confondus, l’artiste a une vraie force de frappe. Toutes les grosses majors s’en rendent un peu compte d’ailleurs. Il y a des gens qui sont vraiment dans le concret et qui ont carrément conscience de cette réalité et Jean- Noël en fait partie. Ils ne sont pas forcément visionnaires mais ils sont ultra en phase avec leur époque, ils voient bien tous les trucs qui sont en train de changer dans le business et ils cassent tous les codes. C’est un peu en mode « Allez les gars moi je vous kiffe, je me suis monté tout seul avec mon groupe Last Train et aujourd’hui j’ai l’envie de faire tourner d’autres groupes », on a eu une chance énorme de le rencontrer. Il sait que l’artiste revient au centre et il sait également où est la force de l’argument artistique. Etre accompagnés par un mec comme lui quand on a un projet comme le nôtre c’est parfait. C’est toute une démarche assez nouvelle mais il y a pas mal de petits Jean- Noël en France (rires) et j’espère qu’il y en aura de plus en plus.

Vous avez fait quelques dates à l’étranger ?

NASTA : On a fait l’Italie et la Suisse avec un tourneur Italien qui avait déjà fait tourner des groupes de notre ville. C’était 11 concerts en 15 jours et c’était super cool. On espère y retourner en juin pour quelques dates.

L’univers visuel est assez important dans Thé Vanille, pouvez-vous nous en dire plus ?

NASTA : En effet il y a un gros univers graphique. En réalité il y a 2 lectures dans Thé Vanille. Il y a d’abord une lecture sonore : les chansons. C’est ce que tu vas entendre en surface. Ensuite il y a tout ce qui est en dessous, les paroles, les histoires qui sont racontées, on a chacun un personnage… On vient d’autres planètes, on se retrouve sur terre pour chanter nos musiques, à un moment on se perd, on passe par pleins d’univers différents pour se retrouver… On passe par des montagnes avec de la neige en coton, on passe dans la bouche de la lune pour arriver dans un terrain de jeu, il y a énormément de choses dans ces paroles qu’on a voulu mettre en image dans les clips qui ont été fait à la main aussi. « John’s song » a été fait par Théo avec des images d’archive, « Narcose » a été fait par Valentin avec plein de marionnettes, « Diplo week end » a été fait par une copine qui fait du dessin animé… Non seulement on utilise plein de médias différents (dessin animé, marionnettes, archives), mais en plus de ça on n’hésite pas à demander aux copains d’y mettre leur patte. En fait tout ça c’est complémentaire mais ce n’est pas non plus nécessaire à la compréhension du projet. Les gens qui viennent voir Thé Vanille en concert ne sont pas forcément au courant, mais s’ils veulent aller plus loin c’est là qu’il y a tout cet univers qui s’ouvre et se développe. On a aussi une version acoustique de Thé Vanille avec une guitare, un banjo, des petites percussions, un synthé et les voix. Cela nous permet vraiment de développer cet univers quand on va jouer dans des médiathèques ou des appartements. Pour le coup il y a une réelle discussion avec le public où l’on raconte nos histoires et ça donne envie de voir la formation électrique parce que les morceaux sont là mais ce sont des versions différentes.

THÉO : Pour revenir sur les visuels, depuis le début on collabore avec Lohengrin Papadato. C’est le graphiste qui réalise tous nos visuels. D’ailleurs ce côté visuel est au centre depuis le début, c’est lui qui gère notre site internet, il fait nos T shirts, nos affiches, les pochettes de CDs… Dès le début du groupe il y avait ce côté double proposition musicale et graphique.

Vous avez une anecdote à nous partager ?

 PIERRE : C’était au festival Détonation à Besançon. On faisait des petits réglages avant le concert et vu que c’est un énorme truc il fallait que ce soit fait assez rapidement. Jusqu’ici tout va bien mais au début du concert il y avait des trucs qui n’étaient pas branchés sur la batterie. Je me suis dit « bon aller ce n’est pas grave on y va quand même ». Et pendant le deuxième morceau, le mec de l’accueil pose son casque sur la console et ça appuie sur « redémarrer ». Alors eux ils n’avaient plus de son sur scène et il n’y avait plus de son en façade. Donc il y a eu quelques minutes de flottement mais il fallait rebondir vite.

THÉO : C’est un peu flippant parce que c’était la première fois qu’on venait dans la région, on était face à un public où personne nous connaissait, il y avait des programmateurs, pas mal de gens importants…

VALENTIN : C’était blindé pendant toute la soirée et en même temps que nous c’était Moodoïd qui jouait sur une grosse scène. Nous on était sur une petite scène située entre deux grosses. Donc forcément au moment où Moodoïd joue, tout le monde va les voir. Il n’y avait vraiment plus grand monde et les mecs du festival nous on dit « si vous voulez un peu de monde à votre concert il faut vraiment enchaîner tout de suite ». Alors on avait le stress parce qu’il fallait qu’on commence vite le concert. Les balances s’étaient super bien passées mais avec ces problèmes de son c’était vraiment le bordel. Mais bon ça s’est bien terminé, on a fait notre set jusqu’au bout, les gens qui étaient là ont bien vu que ce n’était pas de notre faute et on a eu un super article après, lié à ce pépin technique.

THÉO : Au final c’était un bon exercice, il valait mieux que ça arrive à ce moment-là plutôt qu’à 21h sur une énorme scène. Dans cette situation, les minutes durent des heures (rires).

VALENTIN : On a enregistré le concert et quand on a réécouté en fait c’était juste 1 minute 30 mais dans nos têtes c’était bien plus long (rires).

NASTA : On a l’habitude des petits soucis techniques, je crois qu’il y en a à chaque concert, même si là c’était le top level, on a serré les fesses jusqu’à la fin du concert. (Rires).

PIERRE : Je pense qu’on pourra difficilement faire pire que ça

VALENTIN : A part si un jour il y a la console qui crame (rires).

NASTA : Du coup on partira sur notre version acoustique !

Les projets pour l’avenir ?

Ne pas juste se contenter du côté musical mais d’aller plus loin dans le travail artistique.

THÉO : On va enregistrer des nouveaux trucs en début d’année. Ensuite ça va être des dates à fond, principalement en France mais peut être aussi à l’étranger. On est aussi accompagnés par une structure régionale qui s’appelle Propul’son, organisé par la Fraca-Ma. Ils ont déjà organisé des voyages au Japon avec le groupe Burning Heads. Du coup on montera peut-être un projet au Japon, en plus Jean- Noël a l’habitude de l’Asie car il a beaucoup joué là-bas. Il y aura sans doutes une tournée en Asie mais l’idée c’est qu’il n’y ait pas que des dates, on monter un projet sur place et croiser les disciplines. Pourquoi pas travailler avec des Mangakas ou des couturiers. Ce n’est sûrement pas pour 2019 mais c’est un truc qu’on va commencer à monter, ça va nous prendre du temps mais on aimerait vraiment le faire. Ne pas juste se contenter du côté musical mais d’aller plus loin dans le travail artistique et faire des rencontres comme ça, cela nous plairait énormément.

VALENTIN : On fera surement aussi des nouveaux clips, plein de concerts, des achats de matériel… On va retourner au chantier des Francofolies pendant une semaine, il y aura forcément des évolutions. C’est la stratégie de l’escargot, on aimerait bien rester dans la musique le plus longtemps possible plutôt que d’exploser et qu’après on n’entende plus parler de nous.

THÉO : Par exemple hier on jouait au festival Nördik Impakt, c’était dans un tout petit lieu et il y avait 20 personnes. C’est cool de venir la première année sur un festival dans ce cadre-là, puis l’année d’après sur une scène un peu plus grosse et l’année d’encore après sur une grosse scène. Tu vis cet événement pendant 3 ans alors que si t’arrives direct sur la grande scène la première année, après c’est fini et tu ne peux plus évoluer. Et encore une fois, Jean- Noël est dans cette logique d’y aller petit à petit, sans précipiter les choses et en se faisant plaisir, parce qu’on aime plus que tout faire de la musique et le but ce n’est pas de se faire de l’argent.

NASTA : Bah non on est un groupe Emmaüs Touraine donc on n’a pas d’argent (rires).

VALENTIN : On fera une tournée Emmaüs, le son il sera super (rires).

Merci à vous et bonne continuation !

Le groupe est dans le top 100 du tremplin Ricard S.A Live 2019. Vous pouvez voter pour en les ajoutant à votre top 10 jusqu’au 19 novembre 2019. Il vous suffit de cliquer ici.

Retrouvez ici leurs prochaines dates de concert : Concerts de Thé Vanille

Vous pouvez les suivre sur Instagram : thevanillemusic

Par Matthis Chapotot

Photos : Ninon Soulié

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