Guillaume et sa vision de la femme dans notre société

Le sujet ne surprend plus : la place des femmes en société est un sujet récurrent dans l’espace public. L’égalité femme-homme est plus que jamais à l’ordre du jour, notamment en politique où la parité est présentée comme une solution miracle pour renouveler un système politique jugé archaïque. Nier les progrès en la matière serait faire preuve de mauvaise foi : depuis la révision constitutionnelle de 1999 et la loi du 6 juin 2000 pour la parité en politique, la représentation des femmes en politique a incontestablement augmenté. Pour autant,  de nombreuses limites sont à souligner :

– Les femmes sont tout aussi sur-sélectionnées socialement que les hommes (moins de 5% d’ouvriers et d’employés à l’Assemblée Nationale et surreprésentation des bac+5/bac+8). Autrement dit : plus de femmes ? Oui, mais pas n’importe lesquelles.

– La loi impose la parité femme-homme  parmi  les candidats, notamment dans les scrutins de liste où une alternance stricte entre les deux sexes est exigée, mais pas dans l’accès au mandat. Ainsi, les rôles principaux sont toujours exercés majoritairement par des hommes (aucune femme Président de la République, une seule Premier Ministre (Edith Cresson de mai 1991 à avril 1992, passage le plus court à Matignon sous la Vème République, 36 % des parlementaires seulement sont des femmes)

– Toutes les mandatures ne se valent pas : aux élections législatives par exemple, certaines circonscriptions présentent un intérêt stratégique particulier, et on constate que ce sont encore les hommes qui monopolisent ces circonscriptions importantes. Dans l’absolu, il peut donc y avoir autant de candidates que de candidats, mais en y regardant de plus près il y a une asymétrie entre les circonscriptions dans lesquelles les femmes sont présentées et celles dans lesquelles des hommes sont présentés.  De même, la représentation des femmes en politique est meilleure aux échelons les plus bas de la vie politique : conseils municipaux, conseil départemental, conseils régionaux, … (Si les femmes représentent près de la moitié des conseillers municipaux dans les villes de plus de 1000 habitants, seulement 16% sont maires et ces taux diminuent au fur et à mesure que la taille de la ville augmente; elles sont seulement 6 à la tête d’un conseil régional). Plus l’on monte dans la hiérarchie politique, moins les femmes sont représentées

– Toutes les fonctions ne se valent pas : toutes les fonctions n’ont pas la même valeur symbolique, et on constate que les femmes sont par exemple surreprésentées dans les domaines de l’éducation, de la petite enfance et du social (moins prestigieux), là où les hommes s’occupent des finances ou des travaux (plus prestigieux)

La représentation des femmes en politique, bien que meilleure qu’auparavant reste donc tout à fait problématique, tout en sachant que l’on ne s’intéresse qu’au seul domaine politique, fortement restreint en terme numérique. Ces limites sont caractéristiques d’un phénomène bien connu: le plafond de verre. Cette expression utilisée pour la première fois en 1986 par deux journalistes du Wall Street Journal renvoie au fait que les femmes sont largement absentes des fonctions hiérarchiques les plus élevées, bien qu’aucune règle ne leur interdise ces fonctions. Et contrairement aux lois sur la parité, le plafond de verre ne se limite pas à la sphère du politique : le constat est le même dans toutes les sphères (publique et privé) et dans tous les secteurs (primaires, secondaires, tertiaires). Quelle que soit l’activité que nous exerçons, les hommes  continuent d’être largement majoritaires aux postes de décisions.

patriarchy

Une grande question : pourquoi ?

Si quelques personnes persistent à voir dans ce fait social une inégalité naturelle entre hommes et femmes, les sciences ont largement invalidé cette théorie. On sait que la taille du cerveau est plus réduite chez les femmes que chez les hommes, mais on sait également que cela n’influe aucunement sur l’intelligence : cela dépend uniquement du nombre de connections neuronales. Grâce aux neurosciences, on sait donc que cette inégalité d’accès aux fonctions les plus importantes n’a aucune explication naturelle. L’explication est à chercher ailleurs, plus précisément sur le terrain sociologique. Les recherches en la matière le montrent très clairement : les filles et les garçons ne sont pas socialisés de la même manière, c’est-à-dire qu’ils n’intériorisent pas les même normes et valeurs. Par exemple, il y a des valeurs jugées comme masculines (courage, impétuosité, force, rigueur,…)  et d’autres comme féminines (calme, esthétique, générosité, sensibilité,…). Au nom de ces croyances populaires, on dira à un petit garçon de ne pas pleurer auquel cas on le comparerait à une fille (la force s’opposerait donc à la sensibilité), alors qu’une fille qui pleure paraît naturel. Lorsqu’un garçon est turbulent, la chose est jugée normale et il faut alors lui proposer un certain nombre d’activités (notamment physiques) pour canaliser cette énergie débordante. Si c’est une fille qui est turbulente, elle est rapidement comparée à un garçon manqué, et on lui fait comprendre qu’une fille doit être calme.

Heureusement pour  les parents, la petite fille ne demande jamais pourquoi, sans quoi ils seraient sans doute bien embarrassés et incapables de répondre autre chose que « parce que c’est comme ça ». Ceci n’est pas une critique vis-à-vis des parents, ces derniers ont simplement intériorisés une norme sociale à telle point que cela leur paraît évident. En revanche, comprendre qu’il s’agit d’une norme sociale permet de l’interroger, de la remettre en question, et c’est là tout l’intérêt. Sachant cela, on peut tout à fait s’interroger sur l’efficacité des mesures mises en place. Certes, les lois sur la parité ont permis une meilleure représentation des femmes en politique, et s’inscrit de manière générale dans un mouvement de remise en cause de la répartition sexuée des tâches enclenchée depuis plusieurs décennies, mais avec toutes les limites que l’on connaît. Est-ce suffisant d’utiliser la contrainte pour permettre aux femmes de revenir à une réelle égalité avec les hommes? On peut en douter.

Dans ce cas, que faire?

A court terme, la législation a incontestablement permis une amélioration, même légère. En revanche, le problème est à peine entamé, et le chemin qui reste à parcourir est considérable. A ce type de problème, les meilleures solutions restent les réformes structurelles, c’est-à-dire un changement des pratiques et des mentalités sur le long terme, durable. Pour cela, il est impératif de se tourner vers l’éducation des nouvelles générations, et donc inévitablement vers l’école. En effet, le problème étant celui d’une socialisation sexuée, la réponse est logiquement de changer ce processus d’intériorisation de normes et de valeurs, à l’origine de l’autocensure féminine.

Pour autant, cela ne signifie pas une socialisation purement indifférenciée, et c’est là que le débat se situe actuellement. L’erreur à ne pas faire serait de pousser les femmes à vouloir devenir des hommes. Qu’on le veuille ou non, la nature n’a pas dotée la femme ou l’homme du même corps et des mêmes propriétés physiques. Est-ce un problème? Aucunement. Lorsque deux individus sont différents, soit l’un des deux veut imposer à l’autre ses caractéristiques comme une norme (ce à quoi le second essaiera en vain de se conformer puisque sa nature ne lui permet pas), soit les deux individus coopèrent pour combler les lacunes de chacun. Dans le premier cas, on bride un individu. Dans le second, on tire le maximum des deux individus. Pas besoin d’en dire plus pour comprendre le choix qui a été fait. Le plus intelligent à faire serait donc de prendre en compte les différences entre femmes et hommes sans chercher à les effacer ou à calquer l’une sur l’autre, et dans un second temps de transmettre les mêmes valeurs aux uns et aux autres. Car autant la différence de force physique résulte d’une donnée naturelle, autant il n’y a aucune valeur ou connaissance (qui sont des données immatérielles) qui ne sauraient être naturellement genrée.

Qu’est-ce que ça changerait?

Répondre à cette question est probablement le moyen le plus efficace de conclure le débat. Partons du constat que nos sociétés sont obnubilées par la croissance économique. Imaginons maintenant que ces mêmes sociétés brident les capacités de la moitié des individus. C’est un non-sens. Tout simplement. La simple pensée de toutes ces compétences gâchées inutilement devrait d’ailleurs faire réagir les chefs d’entreprise. Pourtant c’est loin d’être le cas partout, c’est dire la force de ce système. En tout cas, vous l’aurez compris, la parité c’est rentable économiquement. Mais ne nous contentons pas seulement de l’aspect économique. Socialement, c’est tout une répartition des tâches qui est à repenser.

Dans la vie de couple traditionnelle, on trouve encore  aujourd’hui des femmes qui n’ont eu d’autres choix que de renoncer à de meilleures perspectives professionnelles pour s’occuper de leur famille. Car ce sont encore bien trop souvent les femmes qui ont le gros des charges ménagères. Du point de vue de l’individu, cela est susceptible d’engendrer de la frustration. Pourtant, il est en pratique parfaitement possible pour une femme de concilier vie professionnelle et vie de famille, pour peu que l’homme assume sa part de responsabilité. Et si de ce point de vue là des progrès ont également été enregistrés, il en reste à faire. Dans le secteur privé, l’écart de salaire entre les hommes et les femmes est justifié par le risque de grossesse pris par l’employeur, puisque celui-ci doit continuer de verser le salaire d’une femme enceinte qui ne travaille pas. Cela est d’autant plus problématique que la configuration d’une famille monoparentale est souvent une femme avec enfant.

Les contraintes s’accumulent donc pour les femmes qui se retrouvent plus facilement précarisées. Là aussi, la solution paraît simple: en Norvège, l’homme et la femme ont la même durée de congé parental suite à une naissance, et les salaires s’égalisent donc puisqu’une naissance a les mêmes conséquences sur le travail de l’homme et de la femme. Cela permettrait notamment de déconstruire une répartition archaïque des tâches au sein du couple selon laquelle l’homme travail dur pour apporter toutes les ressources nécessaires à la subsistance de la famille et où la femme s’occupe du foyer et des enfants grâce à ces ressources. L’homme a également son rôle à jouer dans l’entretien du domicile familial et dans l’éducation des enfants. Les mentalités commencent certes à changer mais le temps passé aux tâches domestiques reste très inégale : en moyenne 3h30 par jour pour les femmes et un peu plus de 2h pour les hommes, selon l’Insee en 2010. Cela induit moins de temps de travail et de temps libre en moyenne chez les femmes que chez les hommes, avec les conséquences que cela peut avoir sur la vie relationnelle d’un individu.

La parité entre femmes et hommes dans tous les domaines paraît nécessaire et pertinent pour la société. Mais pour y parvenir de manière durable, l’école paraît de loin la meilleure option, car même si l’éducation de générations entière prend du temps, ce processus reste le plus efficace pour changer les mentalités et faire de la parité entre femmes et hommes un réel acquis sur lequel on ne saurait revenir. Reste à savoir si nos décideurs politiques ont l’intention de changer le système éducatif et si cette éducation sera suffisamment solide pour briser le plafond de verre.

Couverture : Deligne

Par Guillaume Oppin

2 thoughts on “Guillaume et sa vision de la femme dans notre société

  1. Très intéressant, je pense notamment qu’il serait bon d’ajouter que la différence entre le genre féminin et masculin est aussi engendrée par tout les facteurs qui causent une séparation psychologique entre les petites filles et les petits garçons, qui les formates déjà à agir de telle ou telle façon, par exemple dans les domaine ludique (dinette pour les filles, camion de pompier pour les garçons) qui leur montre déjà ce qu’ils sont censés faire à l’avenir, également insinué par la couleur des vêtements, les déguisements, les jeux de rôle… Le problème est que cela rapporte énormément, surtout que les objets destinés aux filles sont généralement plus cher. Ce bourrage de crâne n’est donc pas arrêté, et continue à faire croire que le garçon doit faire preuve de courage pour affronter le dragon et que la fille doit épouser le garçon après avoir été secourus par lui. Est-ce pour cela que les femmes s’interdisent de viser haut car elles se disent que ce n’est pas leur place, et que les hommes se croient supérieur au « sexe faible » dans leur vie professionnelle ? La solution pour faire disparaitre ces inégalités ne se mettre sûrement pas en place tout de suite, j’en ai bien peur

  2. Oui Amélie les jouets pour enfants sont effectivement utilisés dans ce processus de socialisation différenciée. Quant au prix c’est un autre sujet, mais dans un marché aussi concurrentiel que celui du jouet il faut sûrement chercher l’explication du prix du côté du coût de production, simplement. Et en effet les valeurs intériorisées par les femmes telles que la discrétion et la bonne conduite ne les pousse pas à s’affirmer dans les différentes prises de paroles. Cela a commencé à changer il ne faut pas l’oublier, mais le chemin restant à parcourir est très long, sans aucun doute.

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