Orelsan, la fête n’était pas encore finie

11 nouveaux titres d’Orelsan, découverts ce jeudi 15 novembre, pour une édition augmentée de La Fête est Finie et qui en sont l’épilogue. Au programme ? La famille, la mélancolie, l’âge, la banalité, des thèmes déjà abordés dans la première version de l’album, auxquels le génie d’Orelsan apporte un éclairage nouveau.

En début de semaine, une mystérieuse capture vidéo de l’écran du téléphone d’Orelsan était postée sur son Instagram. Pour le plus grand bonheur de son public, on y apprenait l’arrivée d’Épilogue, non pas de sa carrière mais celui de la trilogie Perdu d’Avance, Chant des Sirènes et La Fête est Finie, comme il l’a dit sur Twitter à l’occasion d’une séance de questions/réponses après sa sortie. Autre surprise, le  clip très réussi de Rêves Bizarres, featuring surprise avec Damso est sorti à la même occasion.

Un épilogue qui répond à l’album

Si dans Défaite de famille Orelsan riait de celle-ci, à coups de punchlines tranchantes, il se retrouve « Assis au milieu d’une salle des fêtes qui pue le moisi 1 an, après avoir avoué qu'[il] déteste les fêtes de famille » et en parle cette fois avec une tendresse, reconnaissance et nostalgie indéniable dans La famille, la famille. La lucidité et l’amour qu’il leur porte le pousse à se confier davantage, exprimer la gratitude qu’il éprouve envers cette famille, et prend conscience que tout le monde était heureux sauf lui. À la manière d’un adolescent qui sort enfin de sa crise, sa haine ravalée, il leur dit qu’il les aime et que sa mamie peut être tranquille, puisqu’après tout « Quoi qu’on en pense, une chose est sûre, On restera la meilleure famille qu’on n’ait jamais eue ».

Dans le même registre, sur un piano-voix aussi drôle que touchant, dans Mes grands-parents, il se moque tendrement de ses grands-parents, mais leur dit surtout qu’il les admire, les respecte et les aime, à coups de petites anecdotes, comme sa grand-mère, qui a le même téléphone que les dealers, ou son grand-père et ses doigts qui sont des bites.

Mes grands parents ont l’air un peu flippants, sans doute parce qu’ils connaissent plus de morts que de vivants, ou peut-être parce qu’ils ont tués des gens

Mes grands parents, Orelsan

Épilogue, entre angoisse et nouveau départ

Cet épilogue est également une synthèse de l’identité d’Orelsan dévoilée à travers ses trois albums en solo, ses angoisses, sa solitude et mélancolie en étant quelques-uns des thèmes majeurs. Dans Dis-moi, morceau aux sonorités légères et dansantes, on retrouve pourtant l’image qu’on a de lui dans Bloqués ou Comment c’est loin, « Je fous rien toute la journée je bascule dans la déprime », celui d’une forme de « glande » qui finit par l’empêcher d’agir et être actif, paralysant son processus créatif.

Certaines relations sont néfastes, parfois, les chemins s’séparent

Mais les erreurs se réparent, et la ligne d’arrivée est souvent la ligne de départ

Epilogue, Orelsan

La lucidité angoissante à laquelle Orelsan nous a habituée traverse également cet épilogue, dans le rap Fantômes par exemple, lorsqu’il nous dit « Je connais ce qu’on perd en gagnant ». Forme de mise en abyme de ce qui le hante, sa remise en question est grande au son des « San » qu’il répète en boucle, telle une litanie qui semble l’obséder. Dans Epilogue également, un son phare de cet album éponyme, il nous raconte son parcours empreint de déprime, en disant « Je connais la dépression qui frappe les comiques », ou « Certaines relations sont néfastes, parfois, les chemins s’séparent, mais les erreurs se réparent, et la ligne d’arrivée est souvent la ligne de départ ». C’est ce même son qui éclaire véritablement le sens de cette réédition, qui est à la fois la conclusion de tout ce qu’il a fait jusqu’à maintenant mais également un nouveau départ pour lui, une porte ouverte sur l’avenir. La femme qu’il aime semble avoir joué un rôle majeur dans cette construction lorsqu’il en dit que « C’est la deuxième fois qu’une femme me porte », et qu’il laisse entendre l’idée qu’il puisse un jour devenir père et fonder sa propre famille.

Des teintes ego-trip

Ces nuances caractéristiques de la scène rap sont disséminées avec tact à travers différents morceaux, notamment le très réussi featuring avec Damso, Rêves Bizarres, dans lequel il nous rappelle que « Vous m’aimez mais je m’aime plus« . Dans Discipline ou Tout ce que je sais en featuring avec YBN Cordae, il parle de son rapport à la célébrité, et détruit tous les adeptes du classique « c’était mieux avant », clashe ceux qu’il ne supporte plus et se joue d’eux lorsqu’il fait référence notamment au procès qu’il a gagné après avoir été accusé de sexisme pour certains de ses sons comme Sale pute.

Dans Adieu les Filles, reprise de la très réussie prod de Bonne meuf, il se répond à lui-même en parlant de ces filles qu’il a laissées tomber, non sans regrets en raison de ses « réflexes de puceau ». Il mentionne enfin dans Excuses ou Mensonges ses talents de beau parleur, de celle à qui il ment, bercée lorsqu’il lui demande « Dis moi ce que tu rêves d’entendre, je te mentirai avec une voix d’enfant », sans vraiment s’en excuser sincèrement  puisqu’il dit le faire par amour, « Désolé je vais devoir te piéger car je t’aime ».

Mais j’ai jamais dit : « J’ai tout dit »

La fête est jamais finie

Tout ce que je sais, Orelsan

Article rédigé par Clémence Vitti

Crédits : Instagram d’Orelsan

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