L’éclectique Clément Legrand : un graphisme charnel et coloré

Entre vidéo, sculpture, photographie et graphisme, le MOOZ a eu l’occasion d’interviewer Clément Legrand, un artiste au talent et au style bigarrés. Avec près de 3000 abonnés sur sa page Instagram, celui-ci mêle le nu au graphisme pour produire des illustrations atypiques. Rencontre avec un graphiste polyvalent qui puise son inspiration dans ce qui l’entoure.

AVANT DE COMMENCER, PEUX-TU TE PRÉSENTER À NOS LECTEURS  ?

Je viens de Basse-Normandie et je suis graphiste et réalisateur de base, même si je me suis redirigé un peu plus vers le dessin depuis maintenant un an. Je travaille avec différents clients surtout pour le monde de la musique. Pour ce qui est de mes études, j’ai fait un CAP, un Bac Pro et un BTS en communication visuelle et j’ai commencé à travailler à Paris pour des marques de chaussures, ce qui peut paraître surprenant (rires). J’ai ensuite fait des vidéos car un de mes projets – en collaboration avec un ami – avait remporté un concours pour Lady Gaga, que j’ai eue l’occasion de rencontrer. J’ai donc continué les vidéos, plus graphiques par la suite. À la fin, je travaillais pour des maisons de production de concert et je faisais la communication visuelle pour plusieurs artistes.

COMMENT TRAVAILLAIS-TU LA COMMUNICATION AVEC CES ARTISTES ?

J’ai eu l’occasion de travailler pour Sage, Fishbach, Bachar Mar-Khalifé, Françoise Fabian, Hugh Coltman, Jeanne Cherhal ou encore Feu! Chatterton. Je m’occupais de la communication visuelle en créant surtout des affiches pour leurs concerts. Pour Françoise Fabian, je me suis occupé du visuel de l’album, de sa pochette et on avait même fait et on avait même fait trois EPK. J’ai aussi suivi Fishbach pendant un an et j’ai fait un reportage vidéo sur elle. En fait, les artistes faisaient partie de plusieurs catalogues des différentes maisons de production avec lesquels je travaillais. Bachar Mar-Khalifé avait aimé mon travail et m’avait demandé de faire son clip et sa pochette d’album.

D’OÙ T’EST VENUE L’IDÉE DE PUBLIER TES ILLUSTRATIONS SUR INSTAGRAM  ?

Lors de mon travail avec Françoise Fabian, j’ai dû mettre en image plusieurs de ses chansons. C’est à partir de là que je suis parti dans le type « illustration ». Je me suis vraiment amusé à faire ça et, de fil en aiguille, tout seul, je suis arrivé à ce que je fais maintenant sur Instagram. J’ai sorti ma page il y a longtemps. À la base, c’était une page comme tout le monde, mais j’ai décidé de la professionnaliser pour n’y afficher que mes illustrations.

COMMENT EXPLIQUES-TU UN TEL CHANGEMENT DANS TON STYLE ? POURQUOI GARDER LA MÊME PAGE INSTAGRAM ?

Au départ, je ne savais pas que j’allais continuer ainsi les illustrations. Pour le style, j’ai changé sans changer car j’ai toujours aimé la géométrie, sorte de semblant de fil directeur derrière mes créations. Je n’ai pas changé de page car des personnes me suivaient déjà, et les retours qu’ils me donnaient étaient qu’ils aimaient voir l’évolution de mon travail. Je suis donc resté là-dessus pour ne par perdre tout le monde. Mais pour Facebook, je compte recréer une autre page uniquement pour mes illustrations pour ne pas que ça parte dans tous les sens.

POURQUOI ASSOCIER LE NU, USUELLEMENT UTILISÉ EN PEINTURE, AU GRAPHISME ?

Déjà car je suis graphiste (rires). En réalité, je me suis surtout posé des questions sur mon style, me suis remis en question sur ce qui me plaisait vraiment. J’ai cherché un projet qui me ressemble. C’est sûrement bizarre à dire, mais j’ai toujours eu quelque chose de sexuel en moi, et quand c’est arrivé aux illustrations de nu, j’ai eu envie de m’amuser avec cette marque artistique et aller dans ce genre-là.cc.png

SURTOUT QUE TES NUS ONT GÉNÉRALEMENT DES POSITIONS SCABREUSES…

Les personnages peuvent venir des personnes de mon entourage, tout comme les histoires que je crée. C’est aussi parfois de l’ordre du ressenti et du vécu que me vient cette idée de « nu ». Parfois, ce sont même des situations fantasmées de lieux où je suis déjà passé par exemple.

LES COULEURS QUI RESSORTENT SUR TES ILLUSTRATIONS S’ACCORDENT PARFAITEMENT SUR TA PAGE INSTAGRAM. RÉFLÉCHIS-TU AUX COULEURS AVANT TOUTE PUBLICATION ?

Je suis arrivé aux couleurs car je me sentais frustré du noir et blanc. L’architecture de ma page m’a permis de mettre en place une histoire de A à Z. J’essaie en fait d’avoir une suite de couleurs qui revient régulièrement. J’habite à Rouen en ce moment, et il y a souvent des ciels magnifiques qui m’attirent énormément. Je ne sais pas pourquoi, mais il y a quelque chose de spécial dans cette ville. Il y a d’ailleurs pas mal d’artistes qui se sont inspirés à Rouen (ndlr : Série des Cathédrales de Rouen, Monet). Les voyages peuvent aussi m’inspirer pour le choix des couleurs.

POURQUOI UN TEL CONTRASTE ENTRE TES VIDÉOS EN NOIR ET BLANC ET TES ILLUSTRATIONS AUX COULEURS SI ÉCLATANTES ?

On peut difficilement se tromper sur une vidéo en noir et blanc. Les couleurs dans le dessins forment pour moi une nouvelle forme artistique. Avec les couleurs, je vois les choses de manière plus positive même si je les utilise de manière précise. Par exemple, la couleur bleue exprime un sentiment plus triste ou plus sombre, car une partie en moi l’est. C’est pour cela que mes projets vidéo tournaient souvent autour de la mort. Mais le fait d’utiliser le noir et blanc était étouffant à la fin.

Avec les couleurs, je vois les choses de manière plus positive

QUELLES SONT TES INSPIRATIONS ?

Mes références sont assez classiques. Je pense à Jean Cocteau et à la poésie qu’il y a dans ses illustrations. Je m’inspire aussi de Rothko pour les aplats de couleurs, car j’ai toujours aimé ce qu’il faisait et j’utilise d’ailleurs ce côté « minimaliste » dans mon travail. J’aime bien aussi apporter la folie de Dalí dans mes illustrations, avec les lunes, les escaliers et les personnages un peu étranges.

LES TECHNIQUES QUE TU UTILISES NE SONT-ELLES POUR TOI QUE LES FACETTES D’UNE MÊME ENTITÉ ?

Cela dépend des périodes. Il y a deux ans, c’était clair pour moi : la vidéo. Maintenant, je penche plus pour les illustrations mais tout se rejoint et toutes les facettes ressortent dans chacun de mes travaux. Par ailleurs, je travaille très souvent avec un ami, Damien Laturaze, qui fait des sculptures. J’ai dû photographier ses sculptures et je suis revenu dans le côté sombre en faisant cela. Par contre, je ne fais pas de sculpture avec lui. Cela reste de l’ordre du conseil et du coup de main. 

SERAIS-TU TENTÉ PAR D’AUTRES FORMES D’ART ?

J’ai essayé récemment la sculpture en fer forgé, avec pour modèle mes dessins. En fait, je suis parti de Paris pour savoir un peu plus où j’en étais au niveau artistique et pour me poser les bonnes questions. Je voulais me rapprocher de ma famille et j’ai commencé la sculpture avec mon père qui est éducateur technique et qui apprend aux jeunes à travailler le fer forgé. Du coup, j’ai bien aimé apprendre la ferronnerie.

COLLAGE
Sculptures en fer forgé et vente de tee-shirts

QUELS SONT TES PROJETS DANS L’AVENIR ?

Ces derniers temps, j’ai essayé de mettre un maximum d’argent de côté pour me concentrer sur les illustrations et mes projets. J’adorerais faire des affiches avec mon style illustratif. Je dois d’ailleurs travailler avec un ami sur la couverture du livre dont il est l’auteur-producteur. Le projet serait de travailler les illustrations pour ses écritures. J’ai un autre projet, qui n’est pas encore en place, d’utiliser toute mes illustrations pour les animer et les rendre vivantes. J’aimerais créer une histoire animée avec tous les personnages que j’aurai créés. Enfin, j’aimerais monter petit à petit une exposition, afin d’avoir au final une plus grande visibilité. Je compte continuer les illustrations et démarcher pour pouvoir encore mieux me faire connaitre.

UN DERNIER MOT ?

Ce n’est pas facile comme question (rires). Je dirais… Continuer à m’encourager comme les gens peuvent le faire. Je trouve cela très touchant quand des personnes me demandent de se faire tatouer mes dessins sur leur corps par exemple. J’aime l’amour envoyé par ces messages et cela me touche que les gens soient intéressés par tout ce que j’essaie d’exprimer. 

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Par Sonia Michigan

Crédits photos : D.R

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