Court En Scène sublime une nouvelle fois le court-métrage

Le 12 novembre le Festival Court En Scène, pur produit troyen, ouvrait ses portes pour une 3ème édition consécutive. Ce festival international dédié au court-métrage, qui l’année dernière s’étalait seulement sur 3 jours, a cette année décidé de prolonger le plaisir en programmant des séances sur toute une semaine. Près de 1 325 courts-métrages ont été visionnés par le Comité de Sélection du festival et parmi eux n’en sont ressortis que 70 : des courts-métrages documentaires d’animation et la sélection officielle. Un beau moment de cinéma avec des œuvres d’une singularité remarquable et d’une beauté créative impressionnante, montrant que le film court est une catégorie à part entière du cinéma international.

https://vimeo.com/293178408

Nos coups de cœur…

Film documentaire

Plantons le décor en vous parlant de nos coups de cœur de cette 3ème édition et ils sont nombreux. Première séance pour le Mooz : mardi 13 novembre au cinéma Le Vagabond à Bar-sur-Aube. Plongées dans l’obscurité de cette salle de cinéma encore dans son jus, nous assistions à la seconde projection dédiée aux courts-métrages documentaires. 6 courts-métrages qui nous ont plongées dans différents univers passant du monde sans bêtes de Emma Benestan, à la morbide mais touchante histoire de Proch réalisé par Jakub Radej, puis l’immersion dans l’étrange passion des Québécois documenté par Etienne Lacelle pour enfin arrivées à notre chouchou de la projection: Si tu me poses la question de Siham Bouzerda.

Ce documentaire nous présente une famille musulmane belge, celle de la réalisatrice Siham Bouzerda. Au lendemain des attentats qui ont frappé la Belgique, Siham se pose des questions qu’elle se garde de communiquer, mais qu’en est-il de ses proches ? Si tu me poses la question c’est la sincérité et la bienveillance d’une famille qui regarde avec interrogation le prisme médiatique qui, souvent, les stigmatise. Des témoignages touchants que Shiham Bouzerda filme avec tendresse et pudeur, ce qui insuffle au court-métrage une beauté particulière. C’est évidemment avec les larmes aux yeux que nous terminons ce film documentaire très touchées par l’authenticité de ces récits.

Film d’animation

C’est au Centre Culturel Didier Bien Aimé à la Chapelle Saint-Luc que nous nous sommes rendues le mercredi 14 & le jeudi 15 pour les séances de films d’animation. Deux séances particulièrement surprenantes. Loin de l’idée que l’on se fait du film d’animation enfantin, Court En Scène a proposé une programmation destinée aux plus grands à la fois touchante avec des morales parfois cocasses et/ou émouvantes. 18 films projetés et une multitude de coups de cœur : La Mort, Père & Fils de Vincent Paronnaud, l’histoire de Hilton atteint de parkinson décrit dans Buddy Joe, le groove de Make It Soul écrit par Jean-Charles Mbotti-Malolo, les années 50 vécues par une famille opposée au régime franquiste dans Boléro Paprika, la délirante mais poétique histoire de Simbiosis Carnal, l’histoire d’un père absent racontée avec humour dans 5 ans après la guerre, ou encore le grand vainqueur de cette catégorie Tweet-Tweet réalisé par Zhanna Bekmambetova. Mais celui qui a retenu notre attention pour son écriture, sa production en stop-motion, et sa portée symbolique : c’est Negative Space.

Synopsis : Mon père m’a appris comment faire une valise. Quelle bizarrerie vous dites vous ! Ce court-métrage d’un fils ( Max Porter ) à son père raconte avec une bouleversante introspection du personnage principal, l’apprentissage d’un espace à combler celui d’une valise mais aussi celui d’une relation père/fils. Cinq minutes d’une production en stop-motion qui se clôt sur une note très singulière et pour le moins sidérante.

Films en compétition officielle

Oui filmS car pour la compétition officielle lourde de 25 courts-métrages s’étalant sur 2 jours, nous n’avons pu en choisir qu’un seul. C’est donc un top 3 que nous vous proposons pour cette catégorie. Mais avant tout rappel sur le lieu de ces projections : le Théâtre de la Madeleine. Une belle enseigne pour de magnifiques histoires venant de différents pays, de différents imaginaires et de différents vécus. Des projections non-homogènes qui nous ont valu des sensations et des émotions très fortes en salle. La causalité de tout cela est sans aucun doute la dureté et/ou la beauté des histoires racontées : Fernando Pessoa sauveur du Portugal décrit par Eugène Green, douloureuse réalité dans Chechnya, le souffle de légèreté et de drôlerie insufflé par Sarah Heitz de Chabaneix dans Les trompes de ma mère, un délicat sujet traité avec intelligence dans Ramdam de Zangro, effrayant récit dans Scaramouche Scaramouche puis délirante aventure dans La vie sauvage de Laure Bourdon. Mais parlons maintenant de nos 3 coups de cœur : Make Aliens Dance de Sébastien Pettetri, Zaina46 de Laure Desmazières et enfin Artem Silendi de Franck Ychou.

Coup de cœur numéro #3:  Zaina46 de Laure Desmazières, lauréat du meilleur scénario de cette 3ème édition.

P2-1-ZAINA46.jpg
Abdel / © Zaina46

Synopsis : Abdel travaille dans un café depuis plusieurs années en France. Sa femme, Zaïna, est restée de l’autre côté de la Méditerranée. Ce soir, les jeunes voisins d’Abdel sont en effervescence : il y a un nouveau logiciel pour appeler au pays. Entre excitation et impatience, Abdel prépare son premier Skype. Un court-métrage très émouvant qui dévoile Abdel, interprété Djemel Barek, dans un état quasi-euphorique à quelques minutes de l’appel tant attendu puis totalement désorienté après avoir vu sa belle, interprétée par Baya Belal. Un appel qui fait resurgir des souvenirs, des désirs enfouis et des désillusions pour Abdel.

Coup de cœur numéro #2 : Artem Silendi de Frank Ychou

https://vimeo.com/245518317

Synopsis : Pardonnez-moi mon Père pour ce que j’ai péché. Parmi ses comédies dramatiques Court En Scène nous a proposé son lot de comédie et dedans s’y trouve en tête de liste : Artem Silendi. Ce court-métrage de 7 minutes met en scène 9 bonnes sœurs lors d’un repas qui vont avoir un conflit d’intérêts, en cause : des portions de poissons. Ce conflit non dialogué offre la place au comique de situation qui rend la scène encore plus risible. Des visages bien connus se prêtent à cette histoire avec Catherine Hosmalin, Barbara Bolotner, Emmanuelle Bougerol, Judith Siboni, Marie-Hélène Lantini, ou encore Pénélope-Rose Lévêque.

Coup de cœur numéro #1 : Make Aliens Dance de Sébastien Petretti

Make Aliens Dance de Sébastien Pettreti

Synopsis : Mike, un producteur de musique en chute libre, Dan, un ingénieur du son au bout du rouleau et Murphy, le frère, avec son casque de musique sur la tête, traversent une période difficile de leur vie. Mazzy, la cadette, chanteuse à la superbe voix, n’est plus là. Voilà notre chouchou de la compétition et il est belge. Make Aliens Dance, c’est le témoignage en silence d’une souffrance familiale qui on le devine est liée à la disparition de Mazzy, la cadette. Calvin Dean dans le rôle de Murphy nous livre une prestation très émouvante, renfermé et totalement seul il écoute en boucle les titres de Mazzy lors de son travail au stade du coin en tant qu’agent de maintenance. Profondément affecté Murphy s’enferme dans une boucle infernale de souvenir. De même pour ses proches notamment sa mère qui chaque soir se rend à la cabine téléphonique en face de chez elle pour tenter de joindre sa fille. Son frère, lui, vit une descente aux enfers qui le rend chaque jour un peu plus aigri. Le film ne serait rien sans le touchant morceau dévoilé à la fin Lanterns On The Lake – I Love You, Sleepyhead.

Mention spéciale

Dans cet amas gigantesque de formats courts, une perle hors-compétition a attiré notre attention : Ponpom Girl réalisé par Adriana Soreil. Ce court-métrage tourné dans les rues rémoises met en scène l’histoire d’Ava interprétée par Pénélope-Rose Lévèque, un clown drôle et bien dans son corps. Un soir, alors qu’elle rentre de son spectacle burlesque avec ses amies, un homme les provoque et les insulte. Fatiguée de toujours devoir baisser les yeux, Ava lui tient tête et se fait frapper. S’en suit la révélation de sa grossesse à ses proches et une profonde remise en question sur sa vie de femme. Comment mettre au monde un enfant qui s’est déjà pris des coups ? Un film qui fait écho à notre actualité avec notamment le hastag #NousToutes.

pompon-girl.jpg
Ava et son copain / © : Ponpom Girl

En bref Court En Scène c’était un beau moment de cinéma et une belle découverte. En effet, il s’agissait belle et bien d’une découverte. Le court-métrage catégorie à part entière du cinéma est trop peu représenté voire totalement sous représenté. Seulement quelques chaînes telles que Arte, France Télévision ou encore Canal + proposent des soirées spéciales format court. Les productions détentrices des droits de diffusion ne mettent pas les courts-métrages sur les plateformes de streaming, une tare pour les amateurs de cinéma en soif de découvertes. S’ajoute à cela un décret-loi en 1953 qui supprime l’obligation de projeter un court-métrage français avant chaque long métrage français, ce qui aujourd’hui laisse place à des interminables pub. Puis au détour de quelques discussions échangées avec les réalisateurs ou les comédiens présents au festival l’avis fut unanime : Court En Scène et ces 70 courts-métrages ont bouleversé pendant près d’une semaine, notre vision du monde et des sujets qui l’englobent. Une claque artistique portée par deux personnes : Manon Garnier et Nicolas Panay, deux amoureux du cinéma. Nous les remercions pour leur authenticité et leur sincérité dans ce qu’ils ont entrepis de plus beau : Court En Scène.

6CB33829-2614-410E-A558-D5FEC6783C01.jpeg
Court En Scène / Ninon Soulié

Par Ninon Soulié

Image à la une : Affiche Court En Scène

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :