Retour sur le mouvement #ThisIsNotConsent

On peut dire que 2018 est véritablement l’année de la lutte pour les droits des femmes. L’émergence des mouvements féministes sur le devant de la scène et la fin d’une omerta persistante sont des bonds en avant dont on ne peut que se réjouir : lutte pour l’égalité des sexes et des salaires (mouvement #6Novembre15h35), tollés fin 2017 contre le « nabab » d’Hollywood Harvey Weinstein, vague de hashtags #MeToo ou #BalanceTonPorc : les langues se délient.

C’est aujourd’hui avec le mouvement #ThisIsNotConsent que les femmes osent reprendre la parole. Si vous êtes passés à côté de cette affaire, replaçons le contexte : 15 novembre 2018, en Irlande, un homme ayant violé une jeune fille mineure de 17 ans est acquitté. Je vous vois déjà vous indigner derrière votre écran, figurez-vous que ce n’est pas fini. L’argument de l’avocate de la défense a été -tenez-vous bien- de brandir fièrement le string de la victime, en soi-disant signe d’approbation de son consentement. Maître Elizabeth O’Connell pose la question suivante aux jurés : « Est-ce que les preuves excluent la possibilité qu’elle ait été attirée par l’accusé, et qu’elle était disposée à rencontrer quelqu’un, à être avec quelqu’un ? Vous devez regarder comment elle était habillée. Elle portait un string avec des dentelles. » Le discours de la défenseure était simple : la victime portait un string, elle était donc pleinement consentante ! Et cet argument a été entendu par le juge.

Il est bon de rappeler qu’à cause du secret professionnel, il n’est pas possible de savoir si l’exhibition des sous-vêtements de la jeune fille a joué un grand rôle dans la décision finale des juges. Cependant, la seule certitude est que l’avocate a bien utilisé cet argument, qui revient à rendre responsable la victime et cela ne devrait plus être permis.

Indignation générale : l’affaire fait tâche et choque partout dans le monde : voilà comment est né #ThisIsNotConsent. Depuis, de nombreuses femmes ont partagé sur les réseaux des photos de sous-vêtements pour critiquer la décision de la justice irlandaise et combattre les agressions sexuelles. L’objectif du mouvement est d’expliquer que, peu importe la lingerie qu’une femme porte, ce n’est ni un signe de son consentement, ni une invitation ou même une incitation à des actes à caractère sexuels non consentis. Ces messieurs ont donc besoin d’une excuse à leurs actes inexcusables ? Où est donc leur force légendaire ?

« Un mouvement qu’il est déplorable de voir émerger mais pourtant nécessaire dans un pays (l’Irlande) où le taux de viol a triplé sur les 18 dernières années et dont seulement 2% se soldent en faveur de la victime… » peut-on lire sur le site « les éclaireuses ».

Qu’a-t-on fait de mai 68 et des mouvements de libération de la femme, des luttes menées pour que nous soyons libres de choisir notre vie, nos orientations et la façon dont nous nous habillons ? Plus que jamais nous ne pouvons accepter que certains voient en nous des objets librement utilisables à l’envie et sans consentement, plus que jamais nous devons rester éveillés pour que les rétrogrades, les machos qui se sentent exister en tentant de nous imposer leur point de vue, ne gagnent pas à nouveau du terrain.

Par Garance Geyres

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