PRÉLUDES AU GRAND DÉBAT NATIONAL : SCHIAPPA CHEZ HANOUNA

Dans la cadre du Grand Débat National, la secrétaire d’État au Premier Ministre chargée de l’égalité Hommes/Femmes, Marlène Schiappa, va animer le temps d’une soirée l’émission « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna, célèbre pour ses frasques et son jeune public parfois dit malléables, ou « fanzouze ». Initiative louable ou signe du déclin de la vie politique ?

Si vous n’avez rien de prévu pour vendredi soir (à part une folle soirée Scrabble), le gouvernement a une proposition plutôt alléchante : regarder une membre du gouvernement animer une émission qui fait polémique a été plusieurs censurée par le CSA. D’abord, plusieurs questions : pourquoi TPMP ? Quelles justifications ? Quelles conclusions en tirer ?

L’intitulé des titres ne laisse pas de doutes : le Grand Débat National, est né à la suite du mouvement Gilets Jaunes. Ces derniers ont été soutenu à de nombreuses reprises ou en tout cas représentés dans l’émission. Slate avait d’ailleurs ironisé en disant que si les travailleurs du XIXe avaient eu Zola, ceux du XXI devraient se contenter de Hanouna. Ce dernier avait, dès le 19 Novembre, été en contact avec des Gilets Jaunes et régulièrement évoqué le mouvement à l’antenne. Le choix de TPMP est donc justifié une première fois.

La deuxième raison qui est déjà plus problématique, est justement que TPMP vise un public plutôt jeune et généralement peu politisé, voire carrément méprisé par les élites. La démarche de ce côté là est d’ailleurs assez transparente : Marlène Schiappa l’a expliqué sur BFMTV le 22 janvier. «De mettre de côté une partie de la population en leur disant “vous n’êtes pas assez bien pour participer au débat public” c’est une des raisons qui nous a menés à avoir les “gilets jaunes”. Donc je crois que c’est une bonne initiative d’aller s’adresser à 700.000 personnes qui regardent l’émission de Cyril Hanouna et qui n’auraient peut-être pas su comment participer au grand débat national et de transformer ces plaintes en solution.»  Certains critiquent le mépris qui pointe entre les lignes.

À cela, deux réponses : comment critiquer une démarche qui vise à interagir avec un public non-politisé et nombreux ? Il y a du mépris, mais surtout une volonté de le dépasser et de rechercher le dialogue. Là où le bât blesse, c’est qu’il n’y a aucune garantie que ce débat aboutisse à quoi que ce soit dans le sens où les spectateurs de TPMP ne seront peut-être pas plus impliqués à la vie politique au-delà de cet échange, si il n’y a pas résultats et si ce genre d’initiatives ne perdure pas.

Tout dépend du succès de la suite du Grand Débat National, dont sera tirée une synthèse, et qui sera suivie par des « Conférences citoyennes régionales seront organisées, associant des Français tirés au sort dans chaque région à des représentants de diverses parties prenantes. » selon le site du Grand Débat National. Tout reste donc à voir : si les volontés des citoyens seront bien respectées et appliquées avec des mécanismes efficaces.

Garanties du Grand Débat National, site du Grand Débat National.

L’autre aspect qui dérange, c’est l’exhibitionnisme médiatique de la démarche. Tout est fait pour montrer à quel point cet évènement est important et positif, au point où on soupçonne ou plutôt ressent comme une attitude forcée. Une façon, peut-être, de conquérir les 700 000 amis de Hanouna ? Les liens entre médias en gouvernement sont monnaie courante, mais de BFMTV à TPMP, on peut effectivement s’étonner de la fin de la réserve des gouvernements français à l’égard des médias populaires.

Crédits photo de couverture : AFP / DR / Paris Match

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