DES VICTOIRES DE LA MUSIQUE 2019

Les victoires de la musique auront lieu le vendredi 8 Février 2019, soit dans une semaine et un jour. En 2018, elles ont essuyé une vague de réprimandes pour 1) l’oubli du rappeur Damso et 2) des nominations peu représentatives dans les catégories urbaines. En 2019, les questions restent les mêmes, bien que des modifications aient été faites pour éviter les réactions de l’année précédente. Quelles sont les méthodes et logiques de sélection derrière les Victoires de la Musique ? Et quelles sont les nominations-clefs de cette année ?

Victoires de la Musique 2018, marqué par la mort de Johnny Hallyday.

Mécanismes et logiques de sélection

Les Victoires de la Musique passent souvent pour un show ennuyeux, long et avec peu d’artistes intéressants sur scène. L’électrochoc de réaction l’année dernière n’a pas manqué de faire réagir les producteurs qui ont ainsi modifié la formule du show. Cependant, les critiques visaient plus spécialement l’absence de Damso. Or, cet oubli est le produit d’un mode de sélection, et changer la présentation ne change pas les problèmes du fond de l’émission.

© Benjamin Marius Petit via Konbini.

Derrière l’oubli de Damso, deux raisons : une déconnexion des sphères rap et derrière cette déconnexion, évidemment les gens responsables de la connexion. Les Victoires de la Musique n’ont pas pour vocation d’être représentatives du nombre de ventes en France, mais plutôt de récompenser la qualité, d’où la difficulté de faire de sélections sans réveiller la colère des déçus.

Qui sélectionne ?

Le vrai problème des Victoires de la musique reste cependant le fait que ce soient exclusivement des professionnels à la tête du comité de sélection. Cyril Simon, dans son article publié sur le Parisien dernièrement, souligne « 600 personnes composent le jury, divisé en trois collèges à parts égales. En premier lieu, on retrouve les producteurs de spectacles (120) et les maisons de disques (80). En moyenne, les majors représentent 60 % des bulletins, et les labels indépendants 40 %, un calcul réalisé selon les parts de marché des uns et des autres. »

De là, plusieurs conclusions peuvent être tirées : premièrement la confusion d’intérêt dans le processus. Les producteurs de spectacle peuvent être influencés de promouvoir des artistes qu’ils produisent, et de même pour les maisons de disque. Et 60% des bulletins proviennent de majors, donc on peut réfuter l’argument de l’indépendance.

Explications récentes

Columbine, dans leur interview Nayuno disponible sur Youtube depuis le 28 Janvier 2019, expliquent qu’ils avaient été sélectionnés, à leur grande surprise et soulignent que cela signifiait que certaines personnes avaient poussé pour cela.

Comme dans tous les prix, y’a forcément des stratégies c’est comme un ballon d’or, y’a des stratégies de gens qui vont se dire « Ok je vais plutôt miser sur cet artiste là » . Quand t’as des artistes d’un même label dans une catégorie faut choisir aussi qui tu vas pousser.  

Foda C, Columbine.

S’ensuit une longue séance de gêne où ils essaient de ne pas divulguer d’informations sur le mode de sélection, et répètent que ce sont les gens du métier qui s’occupent des sélection. 

Interview Columbine Nayuno, à partir de 15:30 environ.

Ainsi, si parfois les intérêts rencontrent les charts, ce n’est pas systématiquement le cas et ce pour plusieurs raisons. Déjà, la nécessité pour les producteurs de présenter des artistes faisant l’unanimité ou en tout cas pas trop de vagues : exit Orelsan, qui dans son titre Sale Pute assène un « T’es juste bonne à te faire péter le rectum  / Même si tu disais des trucs intelligents t’aurais l’air conne » qui n’aurait sûrement pas plu aux fans de Louane ou de Francis Lalanne. Exit Damso et ses accusations de racisme.

Tu sais qu’il y a tellement d’enjeux derrière cette émission qui est un truc de très grand public que c’est pas une analyse super objective de chaque album. Je pense qu’éternellement ce sera pas satisfaisant, surtout sur la partie rap où c’est un peu délicat, tu sens que les mecs qui jugent ils s’y s’intéressent vraiment.

Lujipeka, Columbine.

Enfin, certains secteurs sont moins contrôlés par des majors et sont donc plus susceptibles d’être oubliés, volontairement ou non, par la cérémonie. La catégorie « urbaine » est plus méconnue et en pleine mutation, d’où la difficulté de faire des nominations faisant l’unanimité.

Mise en pratique pour les Victoires de la Musique 2019

En 2019, les producteurs ont entendu les avertissements du public. L’année dernière boudés Damso, mais aussi Orelsan et Aya Nakamura aux nominations. Pourtant, on retrouve bien des doubles nominations et la nécessité de consensus. Trois exemples :

Premièrement, la présence de BigFlo & Oli dans plusieurs catégories, qui incarnent un rap « doux » et réfléchi, parfait pour le public familial. A leur côté l’arrivée de la pétillante Belge Angèle, qui a clairement séduit le public 15-25 ans avec ses mélodies et ses esthétiques léchées. Enfin, la caution « vieux », avec Etienne Daho et Vanessa Paradis. On voit bien les logiques de sélections à la fois pour l’audience et pour les « jurés ».

Angèle, ©Charlotte Abramow

A quoi s’attendre cette année alors ? Sûrement des changements avec plus de dynamisme et de performances live (artistes non annoncés à ce jour), et l’inclusion des dédaignés de l’année précédente. Pourtant, le mode de sélection pose fondamentalement problème car il fait primer les intérêts commerciaux sur les intérêts artistiques.

Crédits photo de couverture : Benjamin Marius Petit.

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