AYA NAKAMURA PARLE AFRIQUE & FÉMINISME DANS BRUT

Repartie sans récompenses aux Victoires de la Musique tout comme Eddy de Pretto, Aya Nakamura s’est exprimée récemment sur les questions « auxquelles elle n’en peut plus de devoir répondre » selon les mots de BRUT. Occasion pour mieux comprendre l’artiste, souvent décriée à cause de ses textes jugés « incompréhensibles ».

La revendication d’une individualité

Les deux thèmes principaux qu’elle déclare ne pas supporter sont les questions en lien avec l‘Afrique et son engagement féministe. Au « Qu’est-ce que ça fait de vivre au Mali ? » elle répond « c’est un pays en fait, mais pourquoi directement me dire : mais c’était difficile en fait ? ». Elle pointe du doigt ainsi l’idée que vivre dans un pays africain est forcément difficile, et démontre la vision misérabiliste qu’ont de nombreux occidentaux du continent.

La vraie question, comme cela transparaît dans le reste de l’interview, est bien évidemment comment elle ressent son statut de femme noire dans l’industrie de la musique. Elle dénonce le fait qu’on l’assimile, elle et son oeuvre, directement à l’Afrique, qui a en plus une image déformée par le prisme européen. « Elle a un côté exotique, bon bah on va lui parler de l’Afrique » Aya Nakamura ne renie pas ses origines, elle qui est d’ailleurs issue d’une famille de griot. Elle refuse qu’on la limite à cette image d’artiste exotique, qui fait de la musique dansante aux paroles légères.

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C’est donc l’expression de son individualité, que certains peuvent lui reprocher. Loin de saisir l’occasion pour devenir un porte-parole des Africains (ce qui est une idée absurde car l’Afrique est multiple), elle préfère l’autre voie : celle qui consiste à ouvrir de nouveaux chemins et à s’épanouir pleinement, sans étiquettes ni contraintes. Dans une démarche similaire à celle de Kanye West, elle revendique son unicité et la possibilité de s’ouvrir autant de portes qu’elle le souhaite.

Aya Nakamura aux Victoires de la Musique, © SIPA

Aya et le féminisme

La grande question pour les artistes féminines ces derniers années, c’est l’engagement féministe. Quand Catherine Deneuve se fait jeter dans la boue après une tribune hasardeuse au Monde, les autres femmes se regardent les unes les autres, et essaient d’anticiper qui sera la prochaine victime de la chasse aux sorcières. Bien évidemment, Aya Nakamura, qui parle d’amour, de relations amicales entre autres, n’échappe pas à l’exercice. Elle admet déjà en avoir assez de répondre à cette question. Pourquoi ?

Ce qui transparait encore une fois, c’est la mise en contexte qu’elle fait. « Eh bien, c’est une femme qui fait la rebelle, elle est féministe, mais un homme quand il fait la même chose, il est normal tu sais, il n’y a pas de souci ». Encore une fois, cela ressemble à une volonté de ne pas se coller d’étiquette d’être vue comme affiliée à une cause. Elle considère même que ses textes touchent les filles pour cela. L’expression pure de la liberté d’agir, sans chape idéologique par dessus.

Aya Nakamura, à ces égards, est bien une enfant du siècle : individuelle dans son art, elle refuse l’affiliation pour garder sa liberté et éviter les analyses et rapprochements douteux. Si elle touche des gens, c’est par elle-même, bien qu’on puisse considérer que sa vie s’inscrive dans un contexte plus large.

Crédit photo de couverture : Capture d’écran du clip « Djadja », via BFMTV.

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