UN TABLEAU D’HITLER CHEZ VOUS? C’EST POSSIBLE

Samedi 9 février, 31 tableaux attribués à Adolph Hitler devaient être mis aux enchères par la maison Weidler. Au final, seulement 5 œuvres ont été présentées (les autres faisant l’objet de doute quant à leur authenticité) et aucune n’a trouvée preneur. Outre l’aspect purement économique, cette vente aux enchères soulève essentiellement des questions d’éthique: est-il moral de vendre des objets ayant appartenu à l’un des hommes les plus (si ce n’est le plus) meurtrier de l’histoire ? Faut-il distinguer l’œuvre d’art de son auteur ? Est-ce d’ailleurs possible ? 

L’information n’est pas passée inaperçue: des œuvres d’art attribuées à Adolph Hitler on été mises aux enchères le samedi 9 février. Comme on pouvait s’y attendre, la nouvelle a fait polémique. En effet, des œuvres d’Hitler mises aux enchères, cela ne plait pas à tout le monde, et les interrogations sont légitimes: pourquoi les œuvres d’un tel personnage auraient-elles plus de valeur qu’une œuvre lambda d’aussi bonne qualité ? N’est-ce pas faire la promotion de l’ancien dirigeant de l’Allemagne nazie ? Peut-on distinguer une œuvre d’art de son auteur ? Si oui, doit-on systématiquement le faire ? Sans dresser une liste exhaustive de toutes ces interrogations, il apparaît comme évident que le simple fait de prononcer le nom d’Adolf Hitler suscite quasi-instinctivement des interrogations morales chez chacun d’entre nous. En effet, Hitler n’était pas réputé pour son talent d’artiste: recalé deux fois par l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, l’ancien Führer était plutôt considéré comme médiocre dans le domaine pictural.

Aquarelle hitler

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De fait, si ces œuvres ne sont pas vendues pour elles-mêmes, cela signifie que leur valeur dépend de l’importance accordée à son auteur. Quand on sait que celui-ci a été le responsable du plus grand génocide de l’histoire de l’humanité, on peut naturellement se demander s’il est moral qu’une œuvre tire son prix d’un tel personnage. Or, les questions de morale sont des terrains sur lesquelles il est risqué de s’aventurer: les conceptions morales divergent (déontologique, utilitaristes, minimalistes) et certains défendent même l’idée que la morale ne serait qu’un concept illusoire utilisé pour justifier des actions injustifiables. C’est une question des plus complexes et personne n’a, à ce jour, réussi à apporter une réponse qui fasse l’unanimité. Pour cette raison, il est particulièrement difficile de porter un jugement sur la question qui puisse faire l’unanimité.

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Comment sortir de ce casse-tête ?

Puisqu’il est impossible de savoir les motifs qui poussent les individus à acheter ce type de bien, on ne saurait faire un procès moral à leur intention. Certains sont fascinés par l’Histoire et non pas par Hitler; ce n’est donc pas son histoire personnelle qui le rend intéressant mais ce qu’il a apporté à l’Histoire, indépendamment d’un jugement de valeur entre le bien et le mal. On ne sait pas non plus ce que compte faire l’acheteur après avoir acquis ce bien: le conserver ? Le détruire ? Le cacher du grand public ? L’exposer ? Tout est possible et imaginable.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la première fois que la situation fait polémique et il y a fort à parier que cela va se reproduire. Puisque la notion de morale est plurielle, les questions restent largement sans réponse et on peut douter en trouver dans un avenir proche.

©Photos AFP

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