GRAMMYS 2019 : ENTRE PAILLETTES ET CRITIQUES

La cérémonie des Grammys 2019, qui a eu lieu le 10 février dernier à Los Angeles a été marquée par des moments forts, autant d’un point de vue négatif que positif. L’arrivée de Michelle Obama sur scène faisait contrepoids au boycott de Childish Gambino et aux polémiques d’Ariana Grande, qui dénonce le manque de liberté artistique que voulait lui imposer la cérémonie. D’ailleurs, vous avez sûrement plus entendu parler d’Ariana Grande que de la performance de Drake d’où cette question : quelle est la pertinence d’une telle cérémonie dans une société où les artistes peuvent faire plus de bruit sur les réseaux sociaux, sans intermédiaires ?

Kevin Winter/Getty Images for The Recording Academy, via CBC News

Retour sur la soirée

Dénoncée régulièrement pour sa longueur et le manque de diversité des gagnants et nominés, les Grammys étaient de retour pour 2019. Parmi les différences notables, tout d’abord l’augmentation subite du nombre de femmes et de non-blancs dans la musique. Ainsi, Childish Gambino gagne deux récompenses, Lady Gaga trois. Cardi B de son côté a remporté le titre de « meilleur album rap de l’année » ce qui est une victoire pour le rap féminin, largement sous-représenté.

La soirée a pourtant été émaillée de crises. Si Michelle Obama (resplendissante comme toujours) a su créer la surprise en faisant partie du show, Childish Gambino a boycotté la cérémonie et n’est pas allé chercher ses récompenses. Cardi B, elle, a été accusée de lip-sync, et a supprimé son compte instagram depuis la vague de critique et de haine pour cela. Cependant, la plus grosse critique sur les Grammys vient de Ariana Grande, actuellement en promotion de son nouvel album Sweetener.

Ariana Grande, clip de « 7 Rings », via CBC News.

Les dessous des Grammys

L’image d’Ariana Grande a été utilisée pour les publicités des Grammys et a déclaré très récemment ne pas y participer. Récemment interrogé sur cette question, son producteur a déclaré qu’elle ne ferait pas partie du show car elle « sentait qu’il était un peu trop tard pour préparer une performance« . Ariana Grande a démenti sèchement et a tenu a rappeler qu’elle avait proposé trois chansons, toutes rejetées. Elle évoque en particulier « 7 Rings« , qu’ils imposaient de faire en medley avec d’autres morceaux.

Elle tweet ensuite  » It’s about collaboration. It’s about feeling supported. It’s about art and honesty. Not politics. » En gros, un refus des Grammys de laisser exprimer sa créativité et sa création. Après elle, Nicki Minaj s’est exprimée sur le sujet, toujours sur Twitter. « J’ai énervé le même homme qu’Ariana Grande vient de dénoncer pour ses mensonges. Le producteurs des Grammys, Ken. J’ai été harcelée pour que je me taise pendant sept ans, dans la peur. » Les Grammys restent donc un show sur mesure, où la parole des artistes reste loin d’être libre. Et cela va peut-être changer.

https://www.youtube.com/watch?v=zJWjsBnITok

La révolution du divertissement ?

Le New York Times disait récemment dans un de ses articles que les Grammys n’étaient plus synonyme de garantie d’une visibilité inégalée. Ainsi, on entend plus parler d‘Ariana Grande que de la performance de Drake (qui avait ironiquement le micro coupé). Le divertissement visuel serait donc menacé ?

Avec les réseaux sociaux, les shows comme les Grammys, mais aussi les Victoires de la Musique en France, car calquées sur le même modèle, ennuient et ne sont plus des opportunités immanquables pour les artistes. Childish Gambino continue d’être visible et reste fidèle à ses convictions en boycottant divers évènements. Ariana Grande peut faire le buzz sans sortir de chez elle.

Le boycott et la popularité en baisse de ce type de divertissement fait écho aussi à une prise de conscience de ses dérives et de son formatage. Les artistes sont muselés, les récompenses attribuées en fonction de raisons politiques et sociétales, comme le montre le décalage entre les récompensés de cette année et ceux d’il y a trois ans. Pourquoi Nicki Minaj, très proche musicalement et idéologiquement de Cardi B, n’a jamais été récompensée ? « This Is America » et #MeToo sont passés par là : si le divertissement n’est pas conforme à l’éthique, autant éteindre la télévision et se tourner vers ceux offerts par internet.

Crédits photo de couverture : Mike Blake/Reuters

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