ANNE FRANK EST DE RETOUR, ET EN IMAGES !

Alors que l’antisémitisme  connaît une recrudescence inquiétante en Europe et dans le monde, la Fondation Anne Frank a fait appel à l’écrivain Ari Folman et au dessinateur David Polonski pour produire une adaptation graphique du célèbre journal d’ Anne Frank, jeune fille de 15 ans assassinée dans un camp d’extermination nazi pendant la Seconde Guerre mondiale mais dont le journal intime a été sauvé et publié après le conflit par Otto Frank, le père de la jeune fille. Rapidement devenu une œuvre centrale de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et du génocide juif, la fondation espère toucher les plus jeunes avec cette adaptation graphique afin que le fameux récit reste dans la mémoire collective.

Dans un entretien accordé au magazine TeenVogue, Ari Folman explique qu’ils n’ont dans un premier temps pas voulu produire cette adaptation, estimant que « tout avait déjà été fait » avec la version originale. Finalement, c’est en relisant le journal et motivé par son ascendance de survivants de la Shoah que l’auteur s’est décidé à collaborer avec la fondation. Il confie également qu’il craignait que les jeunes enfants ne lisent plus cette œuvre majeure, ce qui l’a d’autant plus poussé à réaliser cette adaptation graphique, selon lui plus à même de toucher le public d’une génération davantage tournée vers le visuel.

Anne Frank Dream

Une tâche loin d’être facile

La réalisation d’un tel travail suscite néanmoins quelques interrogations: peut-on adapter en BD un sujet si sérieux? Comment s’y prendre pour ne pas déformer le contenu initial? Car si l’idée est louable, sa mise en œuvre sera observée de très près pour voir si le contenu sera fidèle à celui de l’œuvre originale. Ces questions, les deux collaborateurs en ont parfaitement conscience: Ari Folman souhaite s’assurer que « l’adaptation en BD respecte le contenu initial » , mais en l’adaptant aux enfants d’aujourd’hui. David Polanski explique humblement à ce propos qu’ils « n’essaient pas de parler à sa place » mais qu’ils tentent simplement « d’adopter son approche » qui se caractérise par une forme d’humour malgré l’horrible condition dans laquelle elle se trouve. Une autre difficulté est bien sûr celle de la mise en image du texte. « La partie la plus difficile était d’adapter les 30 premières pages du journal original en 10 pages de BD », explique Ari Folman. Il ajoute que parfois, il lui arrive de lire 8 pages sans trouver quoi que ce soit qu’il puisse convertir en image. Enfin, il lui faut également décider des pages avec plusieurs illustrations et celles remplies par une seule image, mesures iconographiques centrales dans la réalisation d’une bande-dessinée.

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Une fois ces difficultés surmontées, l’auteur pense que l’œuvre permet d’entretenir une mémoire collective historique ébranlée par la disparition progressive des derniers survivants de cette période sombre pour l’humanité grâce à une approche nouvelle qui sera, on l’espère, capable d’effectivement touchée le jeune public afin qu’il ne commette pas les même erreurs que certains de leurs aînés qui rechutent dans les affres de l’antisémitisme et, de manière plus globale, du rejet de l’autre et de sa constitution en bouc-émissaire, produisant les désastres sociaux que nous savons. Pour conclure, l’auteur espère que les lecteurs de la bande-dessinée parviendront à faire un lien avec les zones de conflits actuelles dans le monde, et que l’éveil de leur conscience les poussera à agir pour ceux qui sont dans l’incapacité de le faire pour-eux même. L’œuvre est déjà disponible en France et n’est pas dénuée d’intérêt y compris pour ceux qui ont lu le texte original.

Perdons nous notre mémoire collective?

Au-delà de ça, ce projet pose la question de la conservation de la mémoire collective. Car jusque là, la stratégie consistait à donner la parole aux survivants pour rappeler au reste le société ce qu’étaient réellement le nazisme et l’antisémitisme. Mais alors que les survivants se font de plus en plus rares, les actes antisémites se multiplient et  des lycéens américains sont allés jusqu’à se prendre en photo devant des croix gammées en faisant des saluts nazis. Que doit-on en conclure? La mémoire de notre passé est-elle en train de disparaître? Ces actes sont-ils de simples blagues de (très) mauvais goût ou la manifestation d’une haine véritable envers la population juive? Si les questions sont plus nombreuses que les réponses, nul doute que le climat actuel inquiète, et cela est légitime. Dans cette perspective, un projet comme celui-ci peut s’avérer pertinent dans la  transmission de l’héritage du passé, dès lors que les vivants ne sont plus en mesure d’en témoigner directement. Quoi qu’il en soit, il nous faudra absolument nous souvenir pour ne pas  reproduire les erreurs du passé, dans un contexte de montée de l’antisémitisme qui ne rappelle que beaucoup trop le funeste climat de l’entre-deux-guerres.

Crédits photos:  ©Anne Frank Fonds

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