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L’éclectique Clément Legrand : un graphisme charnel et coloré

Entre vidéo, sculpture, photographie et graphisme, le MOOZ a eu l’occasion d’interviewer Clément Legrand, un artiste au talent et au style bigarrés. Avec près de 3000 abonnés sur sa page Instagram, celui-ci mêle le nu au graphisme pour produire des illustrations atypiques. Rencontre avec un graphiste polyvalent qui puise son inspiration dans ce qui l’entoure.

AVANT DE COMMENCER, PEUX-TU TE PRÉSENTER À NOS LECTEURS  ?

Je viens de Basse-Normandie et je suis graphiste et réalisateur de base, même si je me suis redirigé un peu plus vers le dessin depuis maintenant un an. Je travaille avec différents clients surtout pour le monde de la musique. Pour ce qui est de mes études, j’ai fait un CAP, un Bac Pro et un BTS en communication visuelle et j’ai commencé à travailler à Paris pour des marques de chaussures, ce qui peut paraître surprenant (rires). J’ai ensuite fait des vidéos car un de mes projets – en collaboration avec un ami – avait remporté un concours pour Lady Gaga, que j’ai eue l’occasion de rencontrer. J’ai donc continué les vidéos, plus graphiques par la suite. À la fin, je travaillais pour des maisons de production de concert et je faisais la communication visuelle pour plusieurs artistes.

COMMENT TRAVAILLAIS-TU LA COMMUNICATION AVEC CES ARTISTES ?

J’ai eu l’occasion de travailler pour Sage, Fishbach, Bachar Mar-Khalifé, Françoise Fabian, Hugh Coltman, Jeanne Cherhal ou encore Feu! Chatterton. Je m’occupais de la communication visuelle en créant surtout des affiches pour leurs concerts. Pour Françoise Fabian, je me suis occupé du visuel de l’album, de sa pochette et on avait même fait et on avait même fait trois EPK. J’ai aussi suivi Fishbach pendant un an et j’ai fait un reportage vidéo sur elle. En fait, les artistes faisaient partie de plusieurs catalogues des différentes maisons de production avec lesquels je travaillais. Bachar Mar-Khalifé avait aimé mon travail et m’avait demandé de faire son clip et sa pochette d’album.

D’OÙ T’EST VENUE L’IDÉE DE PUBLIER TES ILLUSTRATIONS SUR INSTAGRAM  ?

Lors de mon travail avec Françoise Fabian, j’ai dû mettre en image plusieurs de ses chansons. C’est à partir de là que je suis parti dans le type « illustration ». Je me suis vraiment amusé à faire ça et, de fil en aiguille, tout seul, je suis arrivé à ce que je fais maintenant sur Instagram. J’ai sorti ma page il y a longtemps. À la base, c’était une page comme tout le monde, mais j’ai décidé de la professionnaliser pour n’y afficher que mes illustrations.

COMMENT EXPLIQUES-TU UN TEL CHANGEMENT DANS TON STYLE ? POURQUOI GARDER LA MÊME PAGE INSTAGRAM ?

Au départ, je ne savais pas que j’allais continuer ainsi les illustrations. Pour le style, j’ai changé sans changer car j’ai toujours aimé la géométrie, sorte de semblant de fil directeur derrière mes créations. Je n’ai pas changé de page car des personnes me suivaient déjà, et les retours qu’ils me donnaient étaient qu’ils aimaient voir l’évolution de mon travail. Je suis donc resté là-dessus pour ne par perdre tout le monde. Mais pour Facebook, je compte recréer une autre page uniquement pour mes illustrations pour ne pas que ça parte dans tous les sens.

POURQUOI ASSOCIER LE NU, USUELLEMENT UTILISÉ EN PEINTURE, AU GRAPHISME ?

Déjà car je suis graphiste (rires). En réalité, je me suis surtout posé des questions sur mon style, me suis remis en question sur ce qui me plaisait vraiment. J’ai cherché un projet qui me ressemble. C’est sûrement bizarre à dire, mais j’ai toujours eu quelque chose de sexuel en moi, et quand c’est arrivé aux illustrations de nu, j’ai eu envie de m’amuser avec cette marque artistique et aller dans ce genre-là.cc.png

SURTOUT QUE TES NUS ONT GÉNÉRALEMENT DES POSITIONS SCABREUSES…

Les personnages peuvent venir des personnes de mon entourage, tout comme les histoires que je crée. C’est aussi parfois de l’ordre du ressenti et du vécu que me vient cette idée de « nu ». Parfois, ce sont même des situations fantasmées de lieux où je suis déjà passé par exemple.

LES COULEURS QUI RESSORTENT SUR TES ILLUSTRATIONS S’ACCORDENT PARFAITEMENT SUR TA PAGE INSTAGRAM. RÉFLÉCHIS-TU AUX COULEURS AVANT TOUTE PUBLICATION ?

Je suis arrivé aux couleurs car je me sentais frustré du noir et blanc. L’architecture de ma page m’a permis de mettre en place une histoire de A à Z. J’essaie en fait d’avoir une suite de couleurs qui revient régulièrement. J’habite à Rouen en ce moment, et il y a souvent des ciels magnifiques qui m’attirent énormément. Je ne sais pas pourquoi, mais il y a quelque chose de spécial dans cette ville. Il y a d’ailleurs pas mal d’artistes qui se sont inspirés à Rouen (ndlr : Série des Cathédrales de Rouen, Monet). Les voyages peuvent aussi m’inspirer pour le choix des couleurs.

POURQUOI UN TEL CONTRASTE ENTRE TES VIDÉOS EN NOIR ET BLANC ET TES ILLUSTRATIONS AUX COULEURS SI ÉCLATANTES ?

On peut difficilement se tromper sur une vidéo en noir et blanc. Les couleurs dans le dessins forment pour moi une nouvelle forme artistique. Avec les couleurs, je vois les choses de manière plus positive même si je les utilise de manière précise. Par exemple, la couleur bleue exprime un sentiment plus triste ou plus sombre, car une partie en moi l’est. C’est pour cela que mes projets vidéo tournaient souvent autour de la mort. Mais le fait d’utiliser le noir et blanc était étouffant à la fin.

Avec les couleurs, je vois les choses de manière plus positive

QUELLES SONT TES INSPIRATIONS ?

Mes références sont assez classiques. Je pense à Jean Cocteau et à la poésie qu’il y a dans ses illustrations. Je m’inspire aussi de Rothko pour les aplats de couleurs, car j’ai toujours aimé ce qu’il faisait et j’utilise d’ailleurs ce côté « minimaliste » dans mon travail. J’aime bien aussi apporter la folie de Dalí dans mes illustrations, avec les lunes, les escaliers et les personnages un peu étranges.

LES TECHNIQUES QUE TU UTILISES NE SONT-ELLES POUR TOI QUE LES FACETTES D’UNE MÊME ENTITÉ ?

Cela dépend des périodes. Il y a deux ans, c’était clair pour moi : la vidéo. Maintenant, je penche plus pour les illustrations mais tout se rejoint et toutes les facettes ressortent dans chacun de mes travaux. Par ailleurs, je travaille très souvent avec un ami, Damien Laturaze, qui fait des sculptures. J’ai dû photographier ses sculptures et je suis revenu dans le côté sombre en faisant cela. Par contre, je ne fais pas de sculpture avec lui. Cela reste de l’ordre du conseil et du coup de main. 

SERAIS-TU TENTÉ PAR D’AUTRES FORMES D’ART ?

J’ai essayé récemment la sculpture en fer forgé, avec pour modèle mes dessins. En fait, je suis parti de Paris pour savoir un peu plus où j’en étais au niveau artistique et pour me poser les bonnes questions. Je voulais me rapprocher de ma famille et j’ai commencé la sculpture avec mon père qui est éducateur technique et qui apprend aux jeunes à travailler le fer forgé. Du coup, j’ai bien aimé apprendre la ferronnerie.

COLLAGE
Sculptures en fer forgé et vente de tee-shirts

QUELS SONT TES PROJETS DANS L’AVENIR ?

Ces derniers temps, j’ai essayé de mettre un maximum d’argent de côté pour me concentrer sur les illustrations et mes projets. J’adorerais faire des affiches avec mon style illustratif. Je dois d’ailleurs travailler avec un ami sur la couverture du livre dont il est l’auteur-producteur. Le projet serait de travailler les illustrations pour ses écritures. J’ai un autre projet, qui n’est pas encore en place, d’utiliser toute mes illustrations pour les animer et les rendre vivantes. J’aimerais créer une histoire animée avec tous les personnages que j’aurai créés. Enfin, j’aimerais monter petit à petit une exposition, afin d’avoir au final une plus grande visibilité. Je compte continuer les illustrations et démarcher pour pouvoir encore mieux me faire connaitre.

UN DERNIER MOT ?

Ce n’est pas facile comme question (rires). Je dirais… Continuer à m’encourager comme les gens peuvent le faire. Je trouve cela très touchant quand des personnes me demandent de se faire tatouer mes dessins sur leur corps par exemple. J’aime l’amour envoyé par ces messages et cela me touche que les gens soient intéressés par tout ce que j’essaie d’exprimer. 

À suivre sur Instagram : 

 

Par Sonia Michigan

Crédits photos : D.R

Feu ! Chatterton : « nos morceaux ne nous appartiennent pas »

Après un concert endiablé aux Nuits de Champagne le mois dernier, Raphaël de Pressigny accorde au MOOZ quelques mots sur l’Oiseleur, dernier album du groupe sorti en mars dernier. Il nous prouve alors que Feu ! Chatterton par sa mysticité, ne cesse de témoigner un amour pour la poésie et la musique, duquel ils ne peuvent se passer.

Avec pour sujets majeurs, la mélancolie, l’amour ou encore la violence des émotions, le groupe s’efforce, un peu à l’image d’un oxymore, de rapprocher des thématiques que leur sens devrait pourtant éloigner. Lutte éreintante où les mots se repoussent comme des aimants avant de pouvoir s’entrelacer sur de douces rythmiques. Avec une obscure clarté (Corneille) musicale, les 5 membres peignent les femmes comme leurs muses en faisant d’elles celles qui tiennent les cordes de leur musique, à s’y méprendre avec le célèbre tableau de Delacroix, la liberté guidant le peuple. En effet, ce ne sont pas moins de 5 titres qui possèdent le nom d’une femme dans leur discographie.

Mais finalement, de cette rencontre, s’il ne fallait n’en retenir qu’une chose, ce serait l’image d’un groupe uni dont le talent égale la passion, et grâce auquel on ne peut qu’espérer « que vienne un jour le printemps », afin de pouvoir découvrir les émotions dans lequel ils décideront de nous plonger avec un nouveau projet.

Hello Raphaël, j’ai vu votre dernier post dans lequel vous dites que vous envisagez d‘arrêter les dates d’ici quelques mois pour vous remettre à composer, est-ce que une pause dans les lives ne s’impose pas comme une nécessité finalement après ce lourd enchaînement de dates ?

Rassure-toi la pause n’est pas pour tout de suite, on a encore des dates de prévus jusqu’au mois de Mars. En revanche, il est vrai que ces derniers temps, on commence à ressentir le besoin de vraiment se remettre à composer et à travailler notre musique dans un vrai studio à Paris. Les mois passés ont été consacrés à améliorer notre tournée, et on continuera de se concentrer sur cet aspect jusqu’à’à notre date au Zénith de Paris en janvier, après c’est vrai qu’on écrira un peu dans notre coin et ça nous fera beaucoup de bien.

À propos de l’écriture et de la composition : durant la tournée, essayez-vous de créer ou est-ce que c’est un processus que vous gardez pour des moments très privilégiés, des moments que vous vous accordez en dehors de la scène ? 

Non du tout. L’énergie qu’on a en tournée freine quelque peu la création. Qui plus est, nous sommes un groupe qui réalise lui-même son management, et en addition à ça, on a comme tous les artistes des balances avant le concert, des modifications à faire, et parfois très peu de temps pour assurer entre deux dates, et créer à 5 cerveaux c’est quelque chose qui demande beaucoup trop de temps…

Le soleil perce l’oiseau gris
De ses raides et doux
Rayons comme des aiguilles
Une poupée vaudou

  • L’Oiseau

Ça nous demande une véritable disponibilité d’esprit pour être réceptif et créatif, alors que la tournée, c’est une vague d’émotions totalement différentes, une sorte de combat répétitif pour rester tout le temps emplis de vitalité. Ça demande aussi une concentration intense qui nous empêcherait d’être réellement productif. Je pense que rien que pour se remettre dans un esprit contemplatif, il nous faudrait au moins quelques heures après l’expérience d’un live.

Pour en revenir aux dates de vos live, c’est quelque chose que vous dites apprécier énormément, mais comment on fait pour ne pas se lasser quand on en effectue de manière effrenée ? Comment faites-vous pour réinventer vos performances ?

L’avantage de nos morceaux, c’est que leur transposition vers le live n’était pas facile, d’où le fait que j’évoquais le combat plus tôt. Il y a donc toujours quelque chose à améliorer ou sur lequel retravailler. On ne fait pas vraiment d’improvisation mais on a beaucoup de variations, qui nous permettent de ne pas nous ennuyer car finalement nos dates ne se ressemblent pas. Régulièrement, on change l’ordre des morceaux et la scène est un plaisir pour nous qui ne se perd pas.

L’oiseau – Feu ! Chatterton

Est-ce que vous parvenez encore à trouver le temps d’aller puiser l’inspiration dans des expositions, des livres ou de découvrir les villes dans lesquelles vous passez ou est-ce que tout va trop vite ?

On a parfois du mal à découvrir les villes dans lesquels on va, mais il y a des soirs où on peut se balader au centre-ville, se perdre un peu et découvrir. Il faut savoir qu’on s’arrange aussi pour rentrer à Paris 2-3 jours par semaine, ce qui nous laisse encore du temps pour profiter un peu, d’aller voir des spectacles de danse ou des concerts.

Il faut l’avouer, vous faites beaucoup d’interviews, vous répondez à de nombreuses questions, et pourtant parvenez encore à  entretenir comme un mystère autour de vos personnages, pourquoi cette volonté de rester un peu secret ? Était-ce pour vous un moyen de dissocier votre musique  de vos personnalités et ainsi de laisser une certaine liberté d’interprétation ? 

C’est hyper important pour nous de prendre conscience que les morceaux qu’on fait ne nous appartiennent pas à partir du moment où on les sort et qu’on les partage au public. Nous, on envoie un message et on sait que tout le monde ne le recevra pas de la même façon et qu’on ne peut pas maîtriser la livraison (rires). C’est d’ailleurs déjà fascinant de voir que certaines personnes captent nos messages et que ça puisse atteindre les gens car parfois certains messages n’obtiennent aucune réponse, et nous on est super chanceux de voir que les gens nous répondent et interagissent avec nous.

Un de nos buts, c’est vraiment de pouvoir donner aux gens le pouvoir de s’imaginer ce qu’ils veulent de nos titres et de ne pas leur donner une lecture toute-faite. Ils peuvent se raconter ce qu’ils veulent et je pense que c’est là que nos auditeurs peuvent être émus par nos morceaux, parce qu’on propose une ouverture qui leur est indispensable dans ce monde où tout est déjà pré-mâché pour eux. Ce qui est beau selon moi quand on lit un bouquin, c’est la capacité que laisse l’auteur à son lecteur pour s’inventer sa propre histoire à partir de ce qu’il nous donne. C’est très enrichissant et c’est un peu ce qu’on a voulu reproduire ici. 

Le bruit du coeur brisé faiblit
Et la cendre blanchit la braise
J’ai bu l’été comme un vin doux
J’ai rêvé pendant ce mois d’août
Dans un château rose en Corrèze

  • Zone Libre

Les 4 clips que vous avez mis en image pour L’Oiseleur sont tous un peu comme empruntés à une autre époque, tout comme vos personnages et surtout votre musique, c’était important pour vous de proposer un album moderne, mais qui conserve une attache au passé, au souvenir ?

Je pense que nos influences musicales sont étroitement liés aux années 90 et que les musiques qu’on adore ne sont donc pas forcément celles de notre époque.   Nous on recherche la puissance, c’est ça qui nous anime et là où on la ressent le mieux c’est dans le rock psychédélique, la pop de l’époque… Globalement, il n y a que la scène hip-hop et la scène techno industriel qui se renouvelle énormément ces derniers temps et qui nous marque, alors on s’est plongé dans cette ambiance-là sans vraiment vouloir rester dans le passé. On voulait simplement se retrouver dans notre musique. Si l’album peut en effet s’inscrire dans l’ère du temps, c’est parce qu’on tente d’aller chercher la nouveauté dans l’hybridation. 

Ce qui est intéressant dans la scène actuelle, c’est que les nouveaux artistes n’ont pas forcément de formation musicale alors ils font comme ils peuvent et apprennent sur le tas, ce qui donne des choses très vibrantes : c’est une destruction totale des codes de la musique !  Et ça c’est épatant car les gens arrivent de nulle part et remettent en question tout ce qui est fait depuis des années ; et ce renouveau, on le doit notamment à l’émergence du rap. Si des artistes comme PNL avait fait des études de musicologie, ils ne seraient jamais parvenus à un tel résultat, peut-être que leur réussite, ils la doivent à cette méconnaissance des règles, ce qui fait qu’ils ont une liberté d’invention que d’autres n’ont pas. C’est donc ici une question d’attitude plus que de musique.

Souvenir – Feu ! Chatterton (ndlr : le morceau qui nous a donné envie de les rencontrer)

Donc un attrait tout particulier pour la poésie soit, mais il y a aussi un engouement tout aussi fort pour la peinture, la sculpture de ce que j’ai pu voir sur vos réseaux… Comment l’art vous inspire au quotidien dans la création ?

Au quotidien, ça nous nourrit. Il n’y a pas une influence direct du 3ème art au moment ou l’on écrit et où l’on compose. En revanche, nos références et connaissances différentes au sein du groupe en la matière nous abreuvent véritablement. Ce qui est sûr, c’est qu’une fois qu’on a posé notre musique et qu’elle est là, on aime beaucoup lui trouver des résonances, à postériori. Sur les réseaux sociaux, on poste des oeuvres reliées, qui font écho à ce qu’on a créé et c’est important pour nous de trouver après coup, un sens dans les oeuvres d’art, apparaissant comme en cohésion avec ce qu’on fait. C’est une réel source d’enthousiasme pour nous le 3ème art et ça entretient notre capacité d’émerveillement. C’est incroyable aussi de découvrir des tableaux qui dépeignent exactement une scène qu’on s’imaginait dans un morceau. Un jour, on a découvert un peintre flamand avec une peinture qui s’appelle la Sieste, qui décrit parfaitement ce qu’on s’imaginait du verger à la fin de Sari d’Orcino. Elle représente des corps allongés et j’étais tombé dessus totalement par hasard.

Et s’il fallait alors décrire l’Oiseleur par un tableau, selon toi lequel serait-ce ?

Lorsqu’on choisissait la pochette de L’Oiseleur au début, dans notre moodboard, on était inspirés par beaucoup de tableaux de Matisse, Monet, des peintures bicolores et simples aussi. Arthur a une famille d’artiste, et son frère Sacha a fait la pochette, des proches à lui ont fait les beaux-arts, la famille de Sébastien est également très liée à cet univers et du coup ce milieu artistique gravite un peu autour de nous en permanence par la force des choses.

Tes Yeux Verts est un des titres les plus écoutés de cet album, pourtant pas de clip et peu de discussions en interview sur ce morceau, qu’est-ce qu’il représente pour toi ce titre, comment tu l’interpréterais ?

La spécificité de l’album, c’est qu’on a tous perdu quelqu’un durant la création de L’Oiseleur, que ce soit amoureusement ou par le deuil. Ce morceau parle de ces pertes-là et est très personnel car il fait directement référence à celles qu’on a perdu puisqu’elles avaient les Yeux Verts pour 3 d’entre elles. Ce morceau est donc hyper puissant à mes yeux et me touche énormément.

Je ne veux plus revoir tes yeux verts ailleurs
Que dans mes troubles rêveries.

  • Tes Yeux Verts

Par contre, on n’a pas vraiment de hiérarchie dans nos morceaux alors si on aurait pu, crois-moi, on aurait clippé tout l’album (rires). Ce morceau on ne le joue même pas en live pour le moment, car on n’a même pas encore réussi à l’apprivoiser et à trouver une interprétation qui tienne la route. 

L’ivresse – Feu ! Chatterton 

Sur les réseaux sociaux, vous avez une communauté qui vous est très attachée, qui assiste à toutes vos dates, commentent vos morceaux et témoignent de ce que représente votre musique pour eux, comment expliqueriez-vous qu’il y ait ce lien très fort entre vous et le public, une presque osmose ?

Je pense que le lien il s’est d’abord créé par ce qu’on est un peu des « ovnis » dans la musique, dans le sens où on propose quelque chose d’un peu à l’ouest de ce qui se fait actuellement et très peu urbain. Nous on est entre la pop et l’indé’ et j’imagine qu’on offre à notre public un mélange qui lui manquait dans l’univers de la musique actuellement. Nous ce qu’on adore dans cette connexion avec les gens qui nous suivent, c’est que des jeunes de 20 ans vont réussir à emmener leurs parents à nos concerts et ça c’est fabuleux, de voir qu’on peut plaire à plusieurs générations. Il y aussi le fait que nos concerts sont vivants car moi je trouve que les concerts d’aujourd’hui sont un peu froids avec leurs bandes sur PC et des boucles déjà faites avant le concert.

Nous on essaie d’apporter quelque chose d’humain même si j’adore la froideur de la musique électronique qui reflète un peu le monde tel qu’il est aujourd’hui. J’imagine que ça doit faire du bien à ceux qui nous écoutent, de voir quelque chose avec de la sueur, des imperfections et d’un peu plus bestial. C’est presque sanguin ce qu’on fait finalement… Pourtant, quand tu vas dans la pop plutôt accessible, on ne retrouve pas beaucoup de diversité finalement et peu de chaleur… Alors que dans le Jazz ou dans les musiques Africaines, tu vas retrouver des gens qui chantent leurs tripes. Nous on trouvait que c’était un vide à combler dans cet univers pop et les personnes qui viennent à nos concerts ont peut-être dû ressentir la même chose : on voulait quelque chose de moins calibré, de plus naturel. Et ce qui nous a permis de créer cet attachement pour finir, ce serait aussi le fait qu’il n’y a pas besoin d’être pointu et de suivre activement les médias musicaux pour nous écouter : on reste accessible (du moins on essaie) ! 

L’album s’ouvre pourtant sur Je ne te vois plus et se ferme sur Le Départ juste après un titre intitulé la Fenêtre, prouvant à nouveau votre volonté de cohésion et d’exigence dans votre musique, comment vous faites pour rester authentiques et spontanés sur scène en jouant un album pour lequel vous dites avoir été “extrêmement intransigeants dans son exécution” ?

On a été minutieux dans la création de l’album c’est vrai, mais on a conservé plein d’erreurs qui nous touchaient malgré tout. Beaucoup de passages ne sont pas édités, comme à l’ancien temps. En live, on a l’émotion du public qui nous met pas mal la pression donc on n’a pas le choix d’être honnêtes, on a notre technique, c’est sûr, mais elle demeure plutôt dans l’intention, car sur scène comme dans les titres, on raconte ce qui nous plaît même si ce n’est pas parfait. Ce qu’on ne veut surtout pas perdre de vue, ce sont nos objectifs : « dans cette musique on veut parler d’amour, dans celle-là exprimer la violence, la douceur, etc… »

Ginger – Feu ! Chatterton

On vous parle beaucoup de la rédaction des titres, mais qu’en est-il de la composition ? Comment vos 5 cerveaux s’unissent pour créer un morceau ? Et quels sont les influences et ambiances que chacun individuellement apporte au groupe ?  

C’est comme à l’assemblée nationale mais juste à 5 ! Des débats presque interminables dont on ne pense jamais voir le bout. Souvent, inconsciemment si un de nous amène quelque chose de rock, on prend le contrepied en amenant de l’électro et ainsi de suite. On essaie de toujours mixer les textures et les rythmiques. Chacun améliore et donne sa touche sur les morceaux de l’autre, alors ça prend beaucoup de temps mais à la fin, le morceau nous plaît à tous. On trouve tous les 5, à chaque fois, une idée à venir rajouter dans le projet de l’autre, ce qui fait qu’on se reconnaît tous dans ce qu’on fait dans la finalité.

On se pousse plus loin aussi je pense, car il y en a toujours un qui dit « c’est bien ce que tu fais mais je pense que ce serait encore mieux si tu essayais ça » et ça, ça nous sort réellement de notre zone de confort et c’est super stimulant. On collabore pendant des heures et des heures, à travers des « engueulades fraternelles ».

J’ai vu dans une interview qu’un des membres du groupe disait que ce qui vous plaisait, c’était aussi et surtout cette expérience de travailler ensemble et de produire une oeuvre à 5 ?

Oui carrément ! Jamais nous n’aurions pu faire seuls ce qu’on fait aujourd’hui et on se rend compte en permanence que si chacun avait suivi son idée dans son coin, on serait carrément à mille lieux du travail qu’on propose aujourd’hui. Les autres membres ont toujours quelque chose à apporter et on se laisse toujours surprendre en se disant « oh mais c’est trop bien ce qu’il fait, il faut que je trouve un moyen d’être à la hauteur de mes potes moi aussi ! ». Et ça nous inspire aussi de voir ce que l’autre fait, c’est jouissif et c’est rassurant ce travail collectif car on doit être tous en accord pour pouvoir faire quelque chose.

Live de Sari d’Orcino pour le Bruit des Graviers

Un oiseau chante je ne sais où
C’est, je crois, ton âme qui veille
Les mois ont passé, les saisons
Mais moi je suis resté le même
Qui aime, qui attend que vienne le printemps

  • Souvenir

Propos recueillis par Eléna Pougin

Crédits couverture  : Sacha Teboul

Découvertes du Mois : NOVEMBRE

Rien de tel pour combattre l’arrivée insidieuse de l’hiver que de se plonger dans la découverte de nouvelles œuvres qui nous plaisent. Nous vous faisons aujourd’hui part des nôtres, qu’elles soient musicales, littéraires, sur YouTube ou Instagram.

Musique

Découverte tout d’abord de Molie Kevski, un rappeur vendéen de 21 ans et lancé il y a huit mois, dont quatre de ses morceaux sont disponibles sur sa chaîne YouTube. On ne peut que vous conseiller le très prometteur freestyle Indomptable sur une production de Georgio.

 

 

 

 

 

 

 

Autre artiste découvert ce mois-ci, il s’agit de Helix Jr, qui a sorti son deuxième EP Waterboy. Des morceaux « feel good », de bonnes ondes et une bonne dose de plaisir à l’écoute de ses sons est garantie. Il s’agit d’un artiste au potentiel  conséquent que nous vous suggérons de suivre de très près ! Mention spéciale pour le single Countryside, ainsi qu’Un mec entier dont le clip est aussi simple que drôle et efficace ! 

 

 

 

 

Ce mois de novembre a également été l’occasion de redécouvrir The Lagoons, en particulier California, qui nous fait nous sentir bien au son enveloppant du saxophone, un morceau doux et particulièrement agréable à écouter pour se détendre.

 

 

 

 

 

 

 

 

La sortie du nouvel album de Muse cette semaine, Simulation Theory, a également retenu notre attention, hommage immédiat à toute la culture populaire des années 80, jusqu’au format inédit de l’album où tous les morceaux sont accompagnées d’un clip vidéo, à la manière dont Pink Floyd l’avaient fait en 1982 pour The Wall.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

YouTube

Pour les nostalgiques des histoires qui nous sont contées avant d’aller dormir, on ne saurait que trop vous recommander l’excellent travail de Paul, de La Chaîne de Paul. Dans une série qui compte déjà plus de quarante vidéos Paul vous raconte des histoires captivantes, qui sauront fasciner, même les grands.

 

 

 

 

 

La chaîne YouTube du collectif des Parasites, est également à parcourir sans retenue. Des courts-métrages de qualité par dizaines, engagés, drôles ou touchants chacun trouvera son bonheur dans leur travail. On ne saurait que trop vous conseillez le brillant Jeu de Société, allégorie particulièrement réussie d’une société bridée, corrompue et manipulatrice, à laquelle l’innocence de Nicolas, incarné avec brio par Bastien Ughetto, vient se heurter. Dans un autre registre, accordez-vous les quatorze minutes du visionnage de M.Carotte – Lucie et le Périscope, documentaire malsain et profondément dérangeant qui mérite d’être vu par chacun.

 

 

 

 

 

 

Exposition

Depuis septembre et jusqu’en janvier, se tient l’exposition Alphonse Mucha au musée du Luxembourg. Le style singulier de l’artiste, ses affiches élégantes d’un style Art Nouveau sont exposées et révèlent toute la splendeur de son oeuvre, celle d’un homme mystique et visionnaire, animé d’une véritable pensée politique, à l’époque de la renaissance tchèque. L’entrée est gratuite pour les moins de 16 ans, et à 9€ pour deux personnes de moins de 25 ans.

mucha

Photographie et Instagram

Ces dernières années, le développement fulgurant d’Instagram s’est accompagné de la professionnalisation de cette plateforme, avec de nombreux photographes, amateurs ou non, qui y partagent leurs prises de vues. Les amateurs de voyages se laisseront sans doute séduire comme nous l’avons été ce mois-ci par le travail de Jonathan Bertin. Lancé depuis 2013, il a eu l’occasion de collaborer avec plusieurs marques et artistes, notamment Petit Biscuit ou Møme. D’une splendeur à couper le souffle, ses photographies subliment avec talent des paysages urbains, des espaces naturels au charme particulier, ou encore des cieux.

 

 

 

Découverte également de la splendeur des photographies de Bertil Nilsson, qui sublime avec brio la splendeur du corps en mouvement.

 

Au delà de ces photographes professionnels, on retrouve également des amateurs comme le jeune Aerdnasan, qui partage en toute simplicité des paysages urbains et architecturaux, célestes ou marins, des moments de vie avec poésie.

 

 

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Littérature

Enfin, redécouverte ce mois-ci du touchant Elle s’appelait Sarah par Tatiana de Rosnay, roman paru en 2008. Dans ce dernier, l’histoire de la jeune Sarah, fillette juive déportée en 1942 croise celle soixante ans plus tard de Julia Jarmond, journaliste franco-américaine chargée de couvrir la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv. Un roman bouleversant qui évoque avec force et élégance les mémoires, l’histoire et la culpabilité, que nous vous conseillons de prendre le temps de lire. Pour les adeptes du 7ème Art, le roman a été adapté en un film éponyme.

Mot de la fin 

Pour plus de découvertes et de réflexion, l’équipe du MOOZ met régulièrement à l’honneur des artistes, séries, films, qui peuvent attirer votre attention. Rendez-vous sur la page d’accueil pour découvrir des make-up artists inspirants, nos critiques et revues comme celle de l‘album d’Orelsan ou notre rencontre avec Leïla Huissoud.

Article rédigé par Clémence Vitti

Thé Vanille – Le groupe Emmaüs Touraine

Le 26 octobre 2018, Thé Vanille ont répondu à quelques questions pour Le Mooz, juste avant leur passage au festival Off Off Off à The Message (Troyes). Nous sommes en présence de Valentin (guitariste), Théo (batteur), Nasta (chant/claviers) et Pierre, l’ingé son du groupe. Si vous aimez les groupes qui se donnent à fond en concert et qui ont un univers très personnel, vous allez tomber amoureux de ce power trio originaire de Tours.

Parlez nous de la naissance de Thé Vanille ?

VALENTIN : Thé Vanille c’est né dans une théière, un lundi froid du mois de mai. Un lundi matin, il était très tôt du coup il n’y avait pas de café alors on a été obligés de boire du thé vanille. C’était dégueulasse, mais ce jour-là on a fait de la très très bonne musique. (rires)

NASTA : C’était en mai 2016. On s’est retrouvés, on a joué ensemble et ça a marché. On ne se connaissait pas vraiment, j’ai fait la rencontre un peu hasardeuse de Valentin qui avait un projet avec Théo. Il m’a proposé qu’on joue ensemble et ça a fonctionné assez vite.

Vos influences individuelles et au nom du groupe ?

VALENTIN : Tous les courants du rock depuis à création de l’électricité jusqu’à aujourd’hui (rires).

THÉO : La musique jazz improvisée, expérimentale… Perso j’aime bien le rock progressif comme Gong. Des trucs plus « chanson » comme Mac Demarco, des trucs simples et qui parlent où t’as un peu envie de danser…

NASTA : En groupe on peut citer Gorillaz, pour leur musique mais aussi pour tout le côté visuel. On aime bien T. Rex aussi. On nous a souvent comparé avec The B-52’s, ce que je trouve assez pertinent car en effet il y a des trucs qui se ressemblent. J’aime bien Madonna aussi.

VALENTIN : Ce qui était intéressant dans notre rencontre c’est qu’on avait des choses en commun mais aussi des influences un peu différentes. Il y avait un coté expérimental, progressif et pop. C’est vraiment la jonction de ces différentes couleurs et façons de travailler qui était cool, où tu mêles la musique populaire et la musique savante pour faire quelque chose de plus organique.

Thé Vanille, c’est quel style au final ?

C’est quelque chose de très vivant, on passe par plein d’états différents. Il faut voir le live pour le comprendre, je pense que toute l’ampleur de Thé Vanille n’est compréhensible que si on vient nous voir.

THÉO : C’est « Emmaüs Touraine », c’est de la recyclerie musicale (rires). Tous nos instruments et nos fringues c’est que de la seconde main. A une époque on avait l’habitude d’aller dans les Emmaüs avant les concerts pour acheter des éléments de déco, des robes pour valentin….

VALENTIN : On parle de musique s’il te plait, pas de fringues (rires).

THÉO : Quand t’as des trucs de seconde main t’es dans une démarche de recherche sonore, dans une démarche de donner une nouvelle vie… Par exemple une cymbale de batterie cassée, nous on la garde. Valentin devrait être sponsorisé par le bon coin parce qu’il passe son temps à traverser la France pour trouver des vieux trucs et les réparer, leur donner une nouvelle âme. Nasta elle a un synthé qui nous a coûté 30 balles…

NASTA : Au niveau de nos mélodies il y a aussi un petit côté recyclerie parce qu’on y regroupe toute la musique qu’on a pu écouter dans la couleur de ce qu’on joue. Après si on devait mettre des mots plus précis il y aurait rock. Un peu pop aussi mais nous on aime bien bouger et vivre notre musique, c’est assez compliqué de mettre des mots exactes dessus car c’est quelque chose de très vivant, on passe par plein d’états différents. Il faut voir le live pour le comprendre, je pense que toute l’ampleur de Thé Vanille n’est compréhensible que si on vient nous voir. Le CD c’est 10% de ce qu’on fait. J’espère qu’un jour on réussira à mettre cette énergie sur un CD mais ce n’est pas dans l’immédiat.

Vous êtes donc plutôt un groupe de live ?

VALENTIN : Carrément. L’idée de base c’était « si ça sonne en répète, ça sonnera forcément dans un bar ou sur une méga scène ». Il n’y a aucun samples, tout est joué.

THÉO : Il y a un côté minimal aussi dans notre musique vu qu’on est que 3, on n’a pas envie d’enregistrer 15 pistes. Le studio c’est bien pour rajouter plein de détails mais notre musique ne s’y prête pas forcément, en tout cas on n’en a pas envie pour l’instant. Si on a envie de faire écouter des choses aux gens on veut leur faire écouter en vrai pour qu’ils viennent nous voir. Après peut être qu’après 400 dates on changera d’avis et on voudra se poser dans un studio pour écrire d’autres choses mais pour l’instant ce n’est pas le cas.

Quel matériel en particulier fait sonner Thé Vanille ?

NASTA : Alors déjà on a un ingé son qui s’appelle Pierre (rires).

VALENTIN : Au début c’était un duo guitare / batterie, alors pour que ça sonne vraiment on a eu un travail de multiplication des sources sonores, et notamment le traitement de la basse. Alors j’ai bidouillé mes guitares et j’ai installé un petit micro sous mes deux premières cordes qui me permet d’avoir une deuxième sortie traitée à travers un octaveur. J’ai vraiment des basses mais ciblées sur mes deux premières cordes, ce qui permet d’avoir un double jeu avec les aigus d’un côté et les graves de l’autre. En plus de ça il y a un traitement de mon signal de guitare qui a trois canaux. Un canal fait pour les aigus, un pour les basses et un clean sans effets qui est là pour garder toujours un truc propre. Pour la batterie il y a des parties assez vivantes, maintenant on se connait par cœur avec Théo, ce qui créé une liberté dans ce qu’on fait. Avec tout ça on a un truc qui sonne plutôt « garage » et par-dessus il y a Nasta qui pose ses lyrics dessus et ça fait donc un truc nouveau. C’est ça qui était hyper cool quand on s’est rencontrés, de se dire qu’on arrive à faire un truc à la fois crad’ et clean.

THÉO : Au niveau des effets de voix il y a des trucs intéressants aussi, maintenant c’est Pierre qui gère les effets de voix de Nasta. Il y a de la reverb’, de la disto’, des flangers… pas mal de choses selon les morceaux.

NASTA : Il y a aussi des chœurs, et tout le monde a des parties de chant lead.

Comment créez-vous vos morceaux ?

THÉO : Au tout début on avait proposé 4 petits bouts d’instru’ à Nasta qui étaient sortis de jam pour qu’elle pose sa voix dessus, et c’est comme ça que les premiers morceaux sont nés.

VALENTIN : On rajoute souvent des éléments qui apportent des trucs en plus, on a beaucoup de mal à terminer nos compos, mais la base de la compo vient toujours très vite.

NASTA : Après on organise tout, on réfléchit aux nuances… C’est vraiment une composition collective.

THEO : On s’enregistre beaucoup aussi, c’est devenu un réflexe. Ça peut être des morceaux de répète ou des riffs qui sortent pendant des balances, ça nous créé une petite banque de son que l’on réécoute et on en reprend certains.

Vous avez un EP à l’heure actuelle ?

VALENTIN : Oui. On a aussi un single en série limitée mais on ne l’a pas distribué, il est commandable sur notre site.

Votre EP est-il auto-produit ?

THÉO : Oui, pour l’instant tout ce qu’on a fait c’est auto-produit avec l’aide de Pierre et d’autres personnes. Je pense que ça risque de continuer comme ça. On n’a toujours pas de label car on en ressent pas le besoin pour l’instant, vu qu’on aime le « live », on a surtout envie de jouer. En revanche on a deux tourneurs qui nous trouvent pas mal de dates et c’est plutôt chouette. Actuellement on veut continuer de garder en main tout ce qui se passe. On fera peut-être appel à un distributeur par la suite.

VALENTIN : Pour l’instant on n’a pas cherché à faire exploser la visibilité du projet. On n’a pas payé d’attaché de presse, on fait que des concerts et on entretient nos réseaux sociaux.

Vous faîtes pas mal de dates en ce moment ?

THÉO : Ouais c’est cool. C’est Jean- Noël de Cold Fame qui nous a trouvé beaucoup de dates. C’est génial on part toutes les semaines pour environ 3 concerts, c’est des mini tournées.

Vous faîtes donc partie de l’agence Cold Fame ?

VALENTIN : Oui c’est une très belle rencontre. On est suivis par le chantier des Francofolies et Jean- Noël était intervenant sur cet évènement. On donc passé une semaine ensemble, on a appris à se connaître et à la fin de cette semaine il nous a proposé de travailler avec lui. On était déjà chez UNI T qui est un gros tourneur qui n’était pas forcément dans l’optique de nous développer mais de nous laisser nous développer un peu nous-même pour propulser le truc plus loin par la suite. Jean- Noël a directement capté notre envie de l’indé, il vient de là aussi et je pense qu’il a senti quelque chose qui était possible entre ce qu’il avait vécu et ce que nous on pourrait vivre.

Je pense qu’aujourd’hui, tous styles confondus, l’artiste a une vraie force de frappe

THÉO : Il a aussi ce regard « générationnel ». On est plus ou moins du même âge, et il se passe beaucoup de chose dans le milieu de la musique. Là je pense qu’on est à une période assez clivante où l’artiste a beaucoup plus de force. Comme on disait on peut s’enregistrer avec nos téléphones en répète, notre premier EP est autoproduit… évidemment ce n’était pas facile parce qu’il faut trouver des fonds mais je pense qu’aujourd’hui, tous styles confondus, l’artiste a une vraie force de frappe. Toutes les grosses majors s’en rendent un peu compte d’ailleurs. Il y a des gens qui sont vraiment dans le concret et qui ont carrément conscience de cette réalité et Jean- Noël en fait partie. Ils ne sont pas forcément visionnaires mais ils sont ultra en phase avec leur époque, ils voient bien tous les trucs qui sont en train de changer dans le business et ils cassent tous les codes. C’est un peu en mode « Allez les gars moi je vous kiffe, je me suis monté tout seul avec mon groupe Last Train et aujourd’hui j’ai l’envie de faire tourner d’autres groupes », on a eu une chance énorme de le rencontrer. Il sait que l’artiste revient au centre et il sait également où est la force de l’argument artistique. Etre accompagnés par un mec comme lui quand on a un projet comme le nôtre c’est parfait. C’est toute une démarche assez nouvelle mais il y a pas mal de petits Jean- Noël en France (rires) et j’espère qu’il y en aura de plus en plus.

Vous avez fait quelques dates à l’étranger ?

NASTA : On a fait l’Italie et la Suisse avec un tourneur Italien qui avait déjà fait tourner des groupes de notre ville. C’était 11 concerts en 15 jours et c’était super cool. On espère y retourner en juin pour quelques dates.

L’univers visuel est assez important dans Thé Vanille, pouvez-vous nous en dire plus ?

NASTA : En effet il y a un gros univers graphique. En réalité il y a 2 lectures dans Thé Vanille. Il y a d’abord une lecture sonore : les chansons. C’est ce que tu vas entendre en surface. Ensuite il y a tout ce qui est en dessous, les paroles, les histoires qui sont racontées, on a chacun un personnage… On vient d’autres planètes, on se retrouve sur terre pour chanter nos musiques, à un moment on se perd, on passe par pleins d’univers différents pour se retrouver… On passe par des montagnes avec de la neige en coton, on passe dans la bouche de la lune pour arriver dans un terrain de jeu, il y a énormément de choses dans ces paroles qu’on a voulu mettre en image dans les clips qui ont été fait à la main aussi. « John’s song » a été fait par Théo avec des images d’archive, « Narcose » a été fait par Valentin avec plein de marionnettes, « Diplo week end » a été fait par une copine qui fait du dessin animé… Non seulement on utilise plein de médias différents (dessin animé, marionnettes, archives), mais en plus de ça on n’hésite pas à demander aux copains d’y mettre leur patte. En fait tout ça c’est complémentaire mais ce n’est pas non plus nécessaire à la compréhension du projet. Les gens qui viennent voir Thé Vanille en concert ne sont pas forcément au courant, mais s’ils veulent aller plus loin c’est là qu’il y a tout cet univers qui s’ouvre et se développe. On a aussi une version acoustique de Thé Vanille avec une guitare, un banjo, des petites percussions, un synthé et les voix. Cela nous permet vraiment de développer cet univers quand on va jouer dans des médiathèques ou des appartements. Pour le coup il y a une réelle discussion avec le public où l’on raconte nos histoires et ça donne envie de voir la formation électrique parce que les morceaux sont là mais ce sont des versions différentes.

THÉO : Pour revenir sur les visuels, depuis le début on collabore avec Lohengrin Papadato. C’est le graphiste qui réalise tous nos visuels. D’ailleurs ce côté visuel est au centre depuis le début, c’est lui qui gère notre site internet, il fait nos T shirts, nos affiches, les pochettes de CDs… Dès le début du groupe il y avait ce côté double proposition musicale et graphique.

Vous avez une anecdote à nous partager ?

 PIERRE : C’était au festival Détonation à Besançon. On faisait des petits réglages avant le concert et vu que c’est un énorme truc il fallait que ce soit fait assez rapidement. Jusqu’ici tout va bien mais au début du concert il y avait des trucs qui n’étaient pas branchés sur la batterie. Je me suis dit « bon aller ce n’est pas grave on y va quand même ». Et pendant le deuxième morceau, le mec de l’accueil pose son casque sur la console et ça appuie sur « redémarrer ». Alors eux ils n’avaient plus de son sur scène et il n’y avait plus de son en façade. Donc il y a eu quelques minutes de flottement mais il fallait rebondir vite.

THÉO : C’est un peu flippant parce que c’était la première fois qu’on venait dans la région, on était face à un public où personne nous connaissait, il y avait des programmateurs, pas mal de gens importants…

VALENTIN : C’était blindé pendant toute la soirée et en même temps que nous c’était Moodoïd qui jouait sur une grosse scène. Nous on était sur une petite scène située entre deux grosses. Donc forcément au moment où Moodoïd joue, tout le monde va les voir. Il n’y avait vraiment plus grand monde et les mecs du festival nous on dit « si vous voulez un peu de monde à votre concert il faut vraiment enchaîner tout de suite ». Alors on avait le stress parce qu’il fallait qu’on commence vite le concert. Les balances s’étaient super bien passées mais avec ces problèmes de son c’était vraiment le bordel. Mais bon ça s’est bien terminé, on a fait notre set jusqu’au bout, les gens qui étaient là ont bien vu que ce n’était pas de notre faute et on a eu un super article après, lié à ce pépin technique.

THÉO : Au final c’était un bon exercice, il valait mieux que ça arrive à ce moment-là plutôt qu’à 21h sur une énorme scène. Dans cette situation, les minutes durent des heures (rires).

VALENTIN : On a enregistré le concert et quand on a réécouté en fait c’était juste 1 minute 30 mais dans nos têtes c’était bien plus long (rires).

NASTA : On a l’habitude des petits soucis techniques, je crois qu’il y en a à chaque concert, même si là c’était le top level, on a serré les fesses jusqu’à la fin du concert. (Rires).

PIERRE : Je pense qu’on pourra difficilement faire pire que ça

VALENTIN : A part si un jour il y a la console qui crame (rires).

NASTA : Du coup on partira sur notre version acoustique !

Les projets pour l’avenir ?

Ne pas juste se contenter du côté musical mais d’aller plus loin dans le travail artistique.

THÉO : On va enregistrer des nouveaux trucs en début d’année. Ensuite ça va être des dates à fond, principalement en France mais peut être aussi à l’étranger. On est aussi accompagnés par une structure régionale qui s’appelle Propul’son, organisé par la Fraca-Ma. Ils ont déjà organisé des voyages au Japon avec le groupe Burning Heads. Du coup on montera peut-être un projet au Japon, en plus Jean- Noël a l’habitude de l’Asie car il a beaucoup joué là-bas. Il y aura sans doutes une tournée en Asie mais l’idée c’est qu’il n’y ait pas que des dates, on monter un projet sur place et croiser les disciplines. Pourquoi pas travailler avec des Mangakas ou des couturiers. Ce n’est sûrement pas pour 2019 mais c’est un truc qu’on va commencer à monter, ça va nous prendre du temps mais on aimerait vraiment le faire. Ne pas juste se contenter du côté musical mais d’aller plus loin dans le travail artistique et faire des rencontres comme ça, cela nous plairait énormément.

VALENTIN : On fera surement aussi des nouveaux clips, plein de concerts, des achats de matériel… On va retourner au chantier des Francofolies pendant une semaine, il y aura forcément des évolutions. C’est la stratégie de l’escargot, on aimerait bien rester dans la musique le plus longtemps possible plutôt que d’exploser et qu’après on n’entende plus parler de nous.

THÉO : Par exemple hier on jouait au festival Nördik Impakt, c’était dans un tout petit lieu et il y avait 20 personnes. C’est cool de venir la première année sur un festival dans ce cadre-là, puis l’année d’après sur une scène un peu plus grosse et l’année d’encore après sur une grosse scène. Tu vis cet événement pendant 3 ans alors que si t’arrives direct sur la grande scène la première année, après c’est fini et tu ne peux plus évoluer. Et encore une fois, Jean- Noël est dans cette logique d’y aller petit à petit, sans précipiter les choses et en se faisant plaisir, parce qu’on aime plus que tout faire de la musique et le but ce n’est pas de se faire de l’argent.

NASTA : Bah non on est un groupe Emmaüs Touraine donc on n’a pas d’argent (rires).

VALENTIN : On fera une tournée Emmaüs, le son il sera super (rires).

Merci à vous et bonne continuation !

Le groupe est dans le top 100 du tremplin Ricard S.A Live 2019. Vous pouvez voter pour en les ajoutant à votre top 10 jusqu’au 19 novembre 2019. Il vous suffit de cliquer ici.

Retrouvez ici leurs prochaines dates de concert : Concerts de Thé Vanille

Vous pouvez les suivre sur Instagram : thevanillemusic

Par Matthis Chapotot

Photos : Ninon Soulié

Leïla Huissoud – Un petit caillou dans la sphère de la chanson française

À moins d’une semaine de la sortie de son deuxième album, disponible le 9 novembre prochain, Leïla est parvenue à nous trouver du temps. Elle s’était distinguée lors de son passage à The Voice en 2014. Émouvante et drôle à la fois, elle se distingue une fois encore. Une artiste à qui la chanson française promet un bel avenir.

J’ai été bercée dans la chanson française, j’aime beaucoup ça et je voudrais qu’elle reste en vie.

Peux-tu nous présenter ton projet ? 

Je m’appelle Leïla Huissoud. Il y a 4 ans j’ai commencé un petit projet musical sans prétention, à la guitare et à la voix. J’ai été bercée dans la chanson française, j’aime beaucoup ça et je voudrais qu’elle reste en vie, alors j’ai voulu jeter un petit caillou dans cette sphère. J’ai commencé comme ça, et au fur et à mesure du temps et des regards que j’ai croisés j’ai monté une petite équipe autour de moi, et on fait des trucs de mieux en mieux. La prochaine sortie c’est un album qui s’appelle Auguste, qui a été orienté et arrangé dans un stylé plus jazz, avec plusieurs musiciens cette fois, alors que sur scène nous ne sommes que trois.

Tu as commencé avec ta guitare ou par l’écriture des textes ?

J’ai commencé à « écrire » quand j’étais petite. En réalité je suis dyslexique donc je m’enregistrais, parce que j’écris en phonétique et j’arrive rarement à me relire. Je m’enregistrais sur un petit disque et je pense que j’ai un complexe de la langue qui a fait que maintenant j’écris des chansons. Je bégayais aussi et il fallait que je chante alors je me suis mise à la guitare pour m’accompagner. J’avais la chance d’avoir des guitares à la maison donc ce n’était pas bien compliqué.

Il y a des artistes que tu écoutes plus que d’autres et qui influencent ce que tu fais ?

Oui complètement. Il y a Alexis HK qui me berce depuis que je suis toute petite, Éric Toulis, Brassens ou Anne Sylvestre. Puis en commençant à naviguer dans le milieu de la chanson, j’ai écouté des gens plus jeunes, des gens de mon âge, alors j’enchaîne les influences plus classiques.

On s’connaît depuis longtemps

Y a-t-il des états dans lesquels tu préfères être pour écrire ?

J’ai des périodes. En ce moment c’est dans ma Twingo (rires). Je chante dans mon dictaphone depuis ma voiture. Après il y a eu des moments c’était au fond de mon canapé, d’autres où je partais voyager dans des endroits que j’aimais bien. J’ai beaucoup écris dehors, à Strasbourg. Je n’ai pas vraiment de cadre précis, mais il y a des moments où je n’y arrive pas, sans savoir pourquoi.

Parle-nous de ton expérience à The Voice…

Je venais de passer mon bac S, parce que jusque-là on te dit que c’était le mieux à faire, que ça t’ouvre toutes les portes… et suite à ça on ne te dit plus rien. Juste « Qu’est-ce que tu veux faire ? » Alors moi je n’en avais aucune idée, donc je me suis dis que j’allais commencer par voir ce que ça faisait de travailler pour de vrai. Je suis allé à Strasbourg sans vraiment de raison, et j’ai été serveuse dans un café. Et là je me suis dit, vu que je suis dans une ville où je ne connais personne, si je veux le faire un jour c’est maintenant ou jamais, avant de connaître du monde : je vais jouer dans la rue. Alors voilà juste pour voir comment ça fait, je suis allée faire deux accords un peu pitoyables, je suis allée gueuler dans la rue, pour dire que je l’avais fait une fois dans ma vie. Et il se trouve qu’il y avait Luc Arbogast qui sortait de The Voice à l’époque, qui m’a vue jouer et qui m’a proposé de faire ses premières parties. Moi je n’avais que trois chansons. Je suis partie sur la route avec lui et j’ai laissé tomber mon travail de serveuse, mais du coup j’étais un peu dans la merde…

Un jour on a fait une date à Paris, et là il y avait les casteurs de The Voice qui m’ont proposé de participer. J’ai dit oui sans trop savoir où je m’aventurais, j’ai pris une claque parce que c’était un gros truc et je n’avais pas l’habitude, je suis un peu passée dans la cinquième dimension. Suite à ça pendant deux ans j’ai navigué un peu partout en faisant ce qu’on me demandait de faire, j’ai fait plein de trucs et c’était chouette, j’ai rencontré plein de gens que je trouvais bizarres ou moins bizarres. Grâce à ça maintenant j’ai pu monter mon vrai projet avec un public qui aime les mêmes musiques que moi, parce qu’il y a eu un décalage pendant longtemps, après The Voice c’était un public familial avec des enfants, et moi je leur chantais « la bite à Dudule », alors niveau cohérence c’était moyen… Mais maintenant tout va bien, on est remis sur les bons rails !

 J’ai pas besoin de vous dit-elle au médecin

En élevant vers lui son troisième verre de vin

Tandis que les vieillards autour de la pendule

Chantaient à quatre voix « la grosse bite à Dudule »

Extrait de « la vieille »

Peux-tu nous parler de ton premier album ?

Alors on a fait un premier album sortit en mars 2017. On l’a enregistré en live sur 5 dates. J’ai fait ce choix parce que je n’avais jamais fait de studio. J’ai essayé et je me suis dit « oulah je ne sais pas faire du tout… ». Il faut jouer au métronome, il n’y a pas de public… Je n’avais pas d’énergie, c’était super dur. Alors je me suis dit que j’allais apprendre et travailler pour savoir faire ça, mais celui-ci sortirait en live. On a enregistré les souffles et les rires des gens, et ça c’est chouette.

Ton prochain album « Auguste » sort le 9 novembre, y a-t-il un message particulier ?

En tournant notre premier spectacle, je me suis imaginée un peu à quoi j’allais ressembler, j’imaginais quelqu’un de très élégant, un peu à la Dalida, la grande classe… (rires). Et je me suis rendue compte que même en voulant atteindre ça je faisais marrer les gens, à chaque fois que je les regarde dans les yeux je les fais rire, mais je ne sais même pas pourquoi. Donc j’avais l’impression d’être un petit clown sans le faire exprès, c’est pour ça que je l’ai appelé « Auguste ». Cet album a été enregistré avec une quinzaine de musicien. Il parle de trucs assez grave, mais transformés parce que de toute façon je ne sais pas faire pleurer (Rires).

Leïla Huissoud parle de son album Auguste

Qui réalise tes clips ?

Alors quelques clips ont été fait oui, mais ce n’est pas ma partie préférée du travail, tout ce qui est photo/vidéo je suis assez mal à l’aise avec ça. Mais il y a quand même une équipe de vidéo qui nous a fait de super jolies images. Je trouve qu’il y a des boîtes de vidéo qui font de super belles images, mais parfois on perd le fond, il y a beaucoup de clips beaux mais on ne sait pas ce que ça veut dire… Alors moi j’ai voulu faire un clip moche mais qui veut dire quelque chose. Donc on a essayé de changer de boîte de vidéo, pour l’instant c’est un peu un échec (rires). On a retenté des clips, on verra bien quand est-ce que ça sort, mais on essaye de faire ça bien.

As-tu une anecdote de concert à nous raconter ?

Alors on faisait la première partie de Gauvain Sers à Cognac, j’étais avec Kevin Fauchet, mon guitariste et il se trouve que les demoiselles qui nous accueillaient étaient très charmantes. Alors mon guitariste plein d’entrain me dit que « ce soir attention, il va réussir… » (Rires). Et comme à son habitude, il n’ose pas et il passe toute la soirée à discuter en s’emmêlant les pinceaux avec ces jeunes filles. Et en partant je lui dis « Bon Kevin écoute, si t’y vas pas j’y vais ! Si tu lui fais une bise et que tu pars, c’est moi qui lui roule un gros patin ». Alors forcément Kevin s’est complètement dégonflé, il lui a fait une bise et il est parti. Je suis arrivé en demandant à cette jeune fille si je pouvais me permettre de l’embrasser. Elle a accepté, je l’ai fait et là j’ai entendu Kevin hurler de toutes ses forces « Espèce de grosse p*** ! » (Rires). Alors je reprécise que c’était une date à Cognac et que Kevin avait bu du cognac, donc il n’était pas dans son état naturel.

Quels sont tes projets pour 2019 ?

On va essayer de bien faire ce spectacle, sans refaire les mêmes erreurs que sur le premier album. La première fois on est partis tout de suite sur la route à la sortie de l’album, on a fait des grosses dates directement. Là en novembre on va plutôt faire des petites dates, on fait la sortie de l’album en décembre à Lyon, comme ça on aura déjà quelques dates dans les pattes. En février, on ira en résidence pour retravailler tout ce qui ne va pas, ce qui n’a pas fonctionné, ce qui n’a pas fait rire les gens… Comme ça on fait notre sortie d’album en février à Paris, et normalement on sera bons à ce moment-là. On va s’adapter aux retours qu’on à, et bien écouter ce qu’on a à nous dire, car on a envie que cela plaise aux gens.

Retrouvez ici ses prochaines dates de concerts : Concerts de Leïla

Intagram : leilahuissoudofficiel

Par Matthis Chapotot

Crédit photo : ©Geoffrey Saint Joanis

1# MOOZIQUE – RENCONTRE AVEC SUZANE

Moozique c’est le vivier musical made in Mooz. Nous vous faisons découvrir ou re-découvrir vos artistes préférés, grâce à nos interviews vidéos. N’hésitez pas à vous rendre sur notre site pour plus de découverte Moozique à travers des articles. Site web catégorie Moozique : https://lemooz.com/category/moozique/

C’est Suzane, une artiste française, que nous avons rencontré au MaMA Festival & Convention qui nous parle aujourd’hui de sa musique, de ses envies et de ses projets futurs. Une vraie boule d’énergie on a décidé de partager cette belle rencontre avec vous.

Facebook de Suzane pour suivre son actu et ses prochaines dates

Ysé Sauvage nous offre une multitude de futurs possibles

3 ans après son premier EP Pieces écrit à 16 ans, la talentueuse Ysé Sauvage revient avec un second EP Scenario. nous l’avons rencontrée pour échanger autour de sa musique et de ses ambitions. ZOOM sur cette jeune artiste prometteuse…

Qui est Ysé Sauvage ? Quel est son univers musical ?

Ysé Sauvage, Ysé Sauvage… Eh bien je suis une jeune auteure, compositrice et interprète de musique pop folk. Ysé Sauvage c’est un projet qui a à son actif deux EP, le premier étant sorti en 2015. Disons que le concept de ce projet à l’origine est d’être sur scène en solo, seulement accompagnée d’un looper qui permet d’enregistrer et de faire des couches de sons, ce qui me permet de jouer du violoncelle, du piano, des percussions, de la guitare… Tout ça constitue une sorte de mini orchestre.

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Ma musique c’est du pop folk, c’est comme ça que je la définirais car on est bien obligé de le faire dans la musique, puisqu’on est assez obsédé par la catégorisation. Mais parfois ma musique est très très folk, ou très pop ou encore très blues jazz puis parfois c’est un mix de tout ça. Mais pour faire simple et que tout le monde soit d’accord : pop-folk, j’aime bien.

Aujourd’hui dans la musique beaucoup d’artistes français chantent en anglais, notamment The DøJeanne Added ou encore NIKI NIKI. Est-ce que ça a été pour toi une évidence de chanter dans cette langue ?

Une évidence, sûrement. J’ai été élevée dans une famille où l’on parlait anglais à la maison. Qui plus est, j’ai fait toutes mes études en bilingue anglophone, je suis partie vivre au Canada assez jeune et c’est d’ailleurs en rentrant que j’ai créé ce projet Ysé Sauvage. L’anglais n’est pas ma langue maternelle, ça reste évidemment le français. Mais l’anglais que je parle autant que le français s’est imposé à moi pour ces textes. Puis l’anglais est une langue que je trouve extrêmement mélodieuse et c’est celle où je me sens le plus à l’aise pour composer car il y a des choses que je ne saurais pas exprimer en français.

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Ton premier EP Pieces est sorti en 2015 et ton second est sorti il y a quelques jours à peine, ayant pour nom Scenario. 3 ans entre les deux, qu’est-ce qui s’est passé pendant ces années ? Et comment as-tu abordé ce deuxième projet ?

J’ai sorti mon premier EP  à 16 ans. Après, il a été question de faire beaucoup de concerts puis de commencer à réfléchir à celui d’après, même si je passais mon BAC. Et ça été beaucoup d’écriture puis de dates et je n’avais pas envie de sortir quelque chose dans la précipitation. J’ai enregistré beaucoup de choses entre temps qui ne me plaisaient pas vraiment ou en tout cas pas assez pour que ça sorte. J’ai ensuite rencontré un musicien Louis Chaâl et là ça a tout changé parce qu’on s’est bien entendu et il a compris mon univers. De là, je lui ai demandé de faire de la musique avec moi et il a pu jouer basse et guitare. Ça a été un autre processus de création aussi, qui a été vachement intéressant. Louis a occupé une place d’arrangeur sur certains titres. Je suis assez contente du résultat.

16 ans pour un premier EP, c’est très jeune mais aussi remarquable. Comment as-tu vécu cette arrivée dans l’industrie musicale ? Peux-tu aussi nous parler de comment on aborde l’écriture des textes quand on est aussi jeune ?

Un peu comme la langue anglaise, écrire aussi jeune s’est imposé à moi. C’est allé très vite j’ai été repérée par une scène de musiques actuelles qui m’a accompagnée. Ainsi j’ai pu enregistrer mon EP. Je n’avais pas réellement d’ambition professionnelle dans la musique, il n’y avait pas une grande réflexion donc il n’y avait pas non plus de grands enjeux. D’ailleurs, les enjeux sont venus après lorsque l’EP a été bien reçu, chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout et je ne savais pas trop dans quoi je mettais les pieds. C’est aujourd’hui avec l’EP Scenario que je prend conscience des choses et que mes ambitions sont beaucoup plus claires.

À 16 ans j’ai appréhendé le monde & la musique, avec plein de naïveté. Je le suis sans doute encore mais je crois que c’est une qualité si c’est à petite dose. Il faut être un peu naïf et insouciant pour faire de la musique sinon on change de métier.

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Pour ce deuxième EP, il y a déjà un clip celui de Same Old clipé sur les plages de Normandie. Tu peux nous raconter comment s’est passé le tournage ? Et pourquoi la Normandie ?

J’ai tourné en Normandie car j’ai une maison de famille là-bas donc ces plages sont un peu celles de mon enfance. J’avais décidé cet été de tourner un clip, mais je ne savais pas où, ni quand, ni quoi, ni comment. Tout ce que je savais, c’était que je le réaliserais avec ma soeur qui fait beaucoup de vidéos. Puis un jour, on s’est dit qu’on allait faire ça en Normandie avec un piano posé sur la plage. C’était un peu ambitieux car on n’avait qu’une seule journée et au moment de notre inspiration nous n’avions pas non plus de piano. il a fallu en trouver un sur leboncoin puis trouver quelqu’un pour nous aider à le déplacer. Ça a été un grand moment mais on s’est bien marré. Puis dans cette précipitation, on ne savait pas si ça allait ressembler à quelque chose, mais finalement je trouve que ça rend plutôt pas mal, ça se défend.

Ton deuxième EP « Scenario », il nous parle de quoi ?

Déjà, tout est un peu lié par le titre de cet EP « Scenario », qui n’a pas forcément un sens cinématographique. J’ai lu une définition de scénario qui m’a beaucoup plu, qui disait « une multitude de futurs possibles ». Ça m’a fait cogiter pendant des heures, je me suis rendue compte véritablement à quel point tous les choix qu’on fait dans notre vie, aussi minimes soient-ils des fois, dessinent notre vie et à quel point les différents choix que nous faisons peuvent nous offrir une multitude de futurs. C’était un peu ça l’idée de Scenario: je propose 5 titres, mais j’aurais pu les arranger différemment, les écrire autrement mais pourtant j’ai choisi de le faire de cette façon. Un truc figé mais qu’on aurait pu faire différemment. J’aime cette idée qui tourne autour du choix.

Quels sont tes modèles dans la musique ou dans la vie ? Puis à l’avenir, quels sont les artistes avec qui tu souhaiterais collaborer ?

J’ai des inspirations qui se retrouvent dans ma musique comme le folk acoustique avec des interprètes comme Bob Dylan pour n’en citer qu’un puis Norah Jones dans des sonorités plus jazzy. J’écoute aussi beaucoup de pop anglaise et des musiques actuelles : je dois avouer que musicalement parlant, je suis assez ouverte.

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C’est vrai que jusqu’alors j’ai beaucoup travaillé en solo, par choix mais aussi et surtout car je ne connaissais pas vraiment de monde. Aujourd’hui, cela a changé et si je devais citer un artiste avec qui je souhaiterais « collaborer » je dirais Yaël Naim. J’avais déjà fait sa première partie et j’adore son univers musical, je suis vraiment une grande fan.

Et enfin quels sont tes projets à venir avec ce nouvel EP dans tes bagages ?

L’idée étant de tourner un maximum pour présenter ce deuxième EP. La scène reste ce que je préfère faire, et je pense que c’est un projet à découvrir en live comme pour beaucoup d’artistes. Pour moi, c’est la plus belle partie du métier d’interprète, c’est d’aller sur scène et défendre ce que l’on fait, avoir des retours directs. Je pense que c’est essentiel. Aujourd’hui il y a un rapport très distant entre les interprètes et le public puisque la plupart des musiques s’écoutent sur téléphone, les retours sont très différents même si les messages font plaisir. Ce n’est pas grand chose comparé au contact humain qu’on a à la fin d’un concert où les gens sont à chaud.

Le Facebook de Ysé Sauvage pour être au courant de ses prochaines dates.

Par Ninon Soulié & Eléna Pougin

Crédits Photos Studio: Amélie Grimber

Crédits Photos Live: Maxime Bourstin

NIKI NIKI : le groupe à la voix mélodieuse

À l’occasion du festival Off Off Off à Troyes, nous avons eu le plaisir de découvrir sur scène le groupe NIKI NIKI composé de Pierre, Jacques et Mélodie avec qui nous avons pu échanger sur leur groupe aux influences pop électro. Aussi bien artiste que féministe, Mélodie nous a livré son ressenti sur sa musique et le monde qui l’entoure. Si notre entretien fut fort intéressant, c’est sûrement parce que la rencontre sur scène fut bouleversante. Zoom sur ce groupe et leur univers envoûtant.

Pour commencer, Mélodie, peux-tu nous dire comment est né ce groupe ? Et d’où il tient son nom ?

Intense question. Le groupe est né en 2015, dans un contexte particulier puisque c’était au moment des attentats. Il a été, je pense, vital de le créer, d’écrire ces chansons, de composer ces morceaux accompagnée de mes compères, Jacques aux machines et au synthé ainsi que Pierre à la guitare et au chant. NIKI NIKI, ça a été comme une forme de renaissance. Et son nom a été trouvé dans ce contexte justement si particulier. C’est en janvier 2015 lorsque je suis allée à une exposition de Niki De Saint Phalle, j’ai été happé par sa performance sur sa série de peinture appelée « Tirs » réalisée au fusil, et je trouvais ça merveilleux. Je me suis dit quelle belle façon de résumer sa création à elle, elle a su transformer sa violence en quelque chose de vivant. Et je me suis dit pourquoi pas créer un groupe qui s’appellerait NIKI NIKI, en référence à cette artiste que je considère être une figure du féminisme ainsi que de la force créative capable d’exprimer sa colère de façon constructive.

Pierre, Jacques & Mélodie au Bougnat des Pouilles / © Ninon Soulié

Justement on parle de féminisme, votre oeuvre musicale et notamment le dernière album Absence se voit tourmenter par la question du genre, qui fait d’ailleurs l’objet d’un titre Ungenderness, pourquoi lui accorder de la place? Et quel est votre ressenti face à la « libération » ou la prise de parole des personnes qui questionnent leur genre ?

J’ai eu envie d’aborder cette question car premièrement étant petite fille on me prenait pour un petit garçon et deuxièmement parce qu’au sein de ce groupe je prends souvent la place dite de « l’homme », celle du leader et c’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi de travailler avec Pierre et Jacques car ils me parlent comme à un individu et pas comme à une femme. Donc c’est des questions qu’on a beaucoup abordé parce que c’est quelque chose qu’on vit aussi dans la musique, moi en tant que femme même si ça va mieux.

Dans cette chanson Ungenderness, on parle non pas du genre mais du non-genre.

Concernant ce qui se passe aujourd’hui, je suis ravie qu’on aborde enfin ces question là, c’est des problématiques que je soulève depuis déjà beaucoup d’années, comme d’autres d’ailleurs. C’est forcément un sentiment de satisfaction lorsque l’on voit des trans être mis en avant, car il faut le rappeler, ce sont des gens qui aujourd’hui subissent encore des discriminations assez affreuses. D’ailleurs j’ai souvent reçu des remarques concernant mon style vestimentaire : « tu t’habilles comme un garçon », « c’est pas très féminin » et du coup j’avais décidé de mettre du rouge à lèvres aux garçons sur scène. Et un jour, on est sorti de scène et on a failli se faire frapper parce que Jacques portait du rouge à lèvres. Donc je me suis dit qu’il y avait encore du travail à faire pour libérer le genre et libérer les esprits. Mais écrire Ungenderness, c’était avant toute chose pour parler de liberté et d’amour.

Cette mise en scène avec vos costumes masculinisants, les garçons avec du rouge à lèvres et ton style très Bowie sur scène, c’était une évidence avant même d’avoir écrit les chansons ou ça a été amené avec les textes que tu as composé ?

Pour les costumes ça m’est venu car je me suis dit qu’il était important d’avoir une tenue de scène tous les trois, qu’on nous identifie comme un groupe. Et je voulais que nos costumes laissent la place à nos chansons, donc on a choisi grâce à Agnès B. , qui nous a habillé d’un costume élégant, qui pour nous faisait écho à l’élégance qu’on recherche dans nos arrangements musicaux.

Pour la gestuelle jugée très Bowie, je dois avouer qu’elle est absolument spontanée. Jusqu’en 2015, je ne connaissais pas vraiment son oeuvre musicale, c’est seulement lorsque je suis allée voir le spectacle de Decouflé « Wiebo » dont Pierre était le directeur musicale que j’ai saisi un peu plus le personnage et son art. En plus, c’était une période où j’avais besoin de recréer quelque chose sur des ruines et j’avais besoin de créer NIKI NIKI donc effectivement Bowie a surement dû m’insuffler quelque chose dans ma corporalité sans que je le conscientise. Je suis aujourd’hui forcément touchée que ma gestuelle puisse faire écho à une telle figure de la musique, bien que l’objectif n’étant pas de l’utiliser. J’ai aussi d’autres inspirations notamment Grace Jones, Annie Lenox ou encore Catherine Ringer et George Michael, ce sont des pères et des mères qui m’ont permis d’assumer mon côté androgyne sans jamais que j’en ai honte.

Mélodie au Bougnat des Pouilles / © Ninon Soulié

Musicalement parlant, ce choix de chanter anglais sur des ondes électro c’était une certitude pour tout le groupe ou vous en avez discuté ensemble ? Est-ce que toi tu te projettes en chantant un jour en français ?

Au départ les chansons sont venues en anglais, ça été très naturel. Mais effectivement, je me suis interrogée et j’ai même essayé de les mettre en français mais ce n’était pas sincère. Alors je me suis laissée 6 mois entre février et juillet 2015 pour réfléchir à ça, pour aussi en discuter avec le groupe puis au final, je me suis dit « fais confiance à ce qui t’es venu spontanément ». Et puis ce que j’exprime est particulièrement intense et de ce fait l’anglais me permettait une abstraction que j’avais du mal à trouver en français. En terme de son, l’anglais était plus approprié à ce qu’on composait.

NIKI NIKI a selon moi une identité très lié au monde anglo-saxon. Je voyage beaucoup, je parle couramment anglais et j’ai grandi avec cette langue aussi. Néanmoins on ne se ferme pas à cette porte, peut-être que sur le prochain album on aura deux ou trois titres en français. Mais je ne veux surtout pas me forcer, je veux que nos textes restent sincères et qu’ils ne soient pas réfléchis de sorte à ce qu’ils marchent mieux ou non. La possibilité de chanter en français n’est pas à exclure mais elle n’est pas d’actualité.

Maintenant visuellement, parle-nous une peu de ce prisme rose qui couvre vos yeux sur beaucoup de vos visuels et clips ?

Je me suis dit que c’était important que le visuel parle du fond des chansons. Encore une fois NIKI NIKI est né dans un contexte politique et personnel compliqué et j’avais besoin de parler de la censure de façon légère. Puis j’ai découvert la diffusion des JO en Iran et leur hilarante censure des corps féminins. Ce qui était génial, c’est que comme ils censuraient leurs corps on avait l’impression qu’elles étaient nues et j’ai trouvé ça très ironique. Ensuite, je me suis demandé comment transformer cette censure radicale, et l’idée m’est venue de mettre cette barre de censure en rose, ça me faisait sourire. J’ai eu envie de développer ça tout du long dans notre identité graphique même si celle-ci va justement évoluer en essayant de plus en plus montrer nos visages. D’ailleurs ça a déjà commencé avec le clip Pink Sorrows puis aussi la session live de Ungenderness, l’idée étant de se dévoiler de plus en plus et de mettre les barres de censure ailleurs.

De la pop électro c’est comme ça que tu qualifierais votre musique ?

Parfois on parle de pop androgyne pour rire un peu de ces étiquettes qu’on nous colle, il y a d’ailleurs quelqu’un qui me disait souvent « les étiquettes ça gratte » , c’est sûr que c’est toujours délicat de qualifier en 2 mots son genre, surtout quand on n’aime pas les genres. Donc j’aurai du mal à qualifier notre musique aussi, je dirai que c’est de la pop sensible, de la pop androgyne, de la pop electro, oui, on n’a pas d’ordinateur sur scène, on a des machines analogiques et c’est vrai qu’on essaie de le définir comme ça mais j’espère que l’on pourra le faire aussi plus vastement car ça reste aussi et surtout des chansons.

Jacques au Bougnat des Pouilles / © Ninon Soulié

Jacques au Bougnat des Pouilles / © Ninon Soulié

Est-ce qu’aujourd’hui c’est pas trop compliqué de se faire une place dans cette vaste et en même temps très prisée, industrie musicale sans faire du « déjà vu »? 

Je pense qu’il y a de la place pour tous quand bien même il existerait des familiarités entre groupes et artistes. Nous on n’est pas dans ce truc de se demander dès qu’on fait quelque chose si ça ressemble à un tel ou un tel. Concernant notre propre identité et notamment électro, on s’est imposé des contraintes aussi c’est-à-dire qu’on est parti du live pour aller faire l’album, par exemple on n’a pas du tout travaillé avec des plug-ins. Pour le premier album, on a travaillé à la production avec Apollo Noir le gagnant des iNOUïs 2018 et lui a travaillé avec tout un tas de machines analogiques. On n’a pas réfléchi aux potentielles ressemblances avec nos voisins artistes mais en revanche je trouve ça génial qu’il y ait des nouvelles « familles » musicales qui se forment.

Et grâce à la vague internet il y a cette espèce de libération des expressions créatives, l’offre est constamment renouvelée c’est génial, et ça pousse beaucoup d’artistes et notamment notre groupe à faire ce que l’on fait. Néanmoins dans ce grand bain de l’offre, on oublie parfois de se plonger dans les albums. Aujourd’hui, on découvre un morceau et on fait parfois l’impasse sur l’album, alors que c’est une extension de l’univers de l’artiste, ça c’est parfois dommage. Si les gens écoutent notre album dans son intégralité ils verront que c’est un album concept avec un thème qui se dégage du prélude jusqu’au dernier titre.

Et enfin les objectifs à venir ?

Premièrement défendre cet album sur les routes, en faisant des concerts et  des premières parties. D’ailleurs prochainement on va faire la première partie IBEYI le 17, 29 et 30 novembre en Lausanne et aussi celle de General Elektriks le 9 novembre et le 7 décembre prochain. On tient vraiment à présenter cette album en live car on est aussi des gens de scène, on aime le contact avec le public. Puis entre temps je commence déjà à composer, car c’est important pour moi de penser déjà au deuxième album qui viendra sûrement dans longtemps mais je me dois de réfléchir à ce deuxième enfant.

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Facebook de NIKI NIKI pour suivre leur actualité 

Et grâce à la vague internet il y a cette espèce de libération des expressions créatives, l’offre est constamment renouvelée c’est génial, et ça pousse beaucoup d’artistes et notamment notre groupe à faire ce que l’on fait.

Par Ninon Soulié

Photos du live / © Ninon Soulié

Le Scratch Bandits Crew joue avec les pièces du Tangram

Deux ans après la sortie de Stereo 7, le groupe composé de Supa-Jay et de Syr revient avec un quatrième album sorti le 12 octobre. L’occasion pour nous de découvrir ou de redécouvrir ce duo naviguant avec sincérité et précision technique entre les années 90 et l’année 2018. Le Scratch Bandits Crew nous offre des sons hors de l’espace temps, mêlant des sonorités marquées de leur empreinte à des MC au flow tranché. Supa-Jay nous a guidé dans cet album le temps d’un échange téléphonique rythmé par les sonorités de la rue au bout du fil, comme un clin d’oeil inattendu à la culture urbaine des années 90.

Avant toute chose, est-ce que tu peux présenter le groupe à nos lecteurs qui vous découvrent ?

Nous sommes un groupe de scratch music : on utilise les platines comme un instrument de musique pour créer nos propres morceaux et les jouer sur scène ensuite. C’est un groupe originaire de Lyon et on en est à notre quatrième album intitulé Tangram series, sorti sous le label Chinese man records.

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Comment avez-vous choisi le nom de ce nouvel album ?

Le Tangram est un puzzle chinois en 2D qui se présente sous la forme d’un carré noir divisé en plusieurs formes géométriques servant à recréer d’autres formes comme un bateau, une maison, etc. Nos morceaux sont un peu en forme de puzzles dans la mesure où on mélange des samples, des featurings et du scratch. C’est dans le mélange de ces différentes « sonorités » que repose l’analogie avec puzzle et le Tangram. En plus, ça nous permettait de jouer sur le graphisme car en plus de notre musique, on a une identité visuelle sur laquelle on travaille beaucoup que ce soit dans l’album ou sur scène.

L’un des éléments importants de votre identité visuelle sur scène est le VJing, est ce que tu peux nous en parler un peu plus?

On utilise beaucoup le VJing notamment pour les featurings avec les MC. En live nous avons parfois les artistes en vrai mais le VJing nous permet de les avoir toujours en virtuel sur scène avec nous.  Les vidéos sont directement liées à nos fichiers audio ce qui nous permet de manipuler la vidéo en même temps qu’on manipule un son. Nous, on recrée les instrus en live et le VJing nous permet d’avoir les MC derrière nous, en vidéo.

Quelles-sont les différences entre Stereo 7 et Tangram series ?

Tangram series est un peu la prolongation de Stereo 7. On continue de mélanger des samples avec des featurings et de remanier le tout avec des scratchs mais Tangram series est un peu plus électro. Il comporte aussi plus de featurings avec des beat makers ce qui accentue le côté hip-hop/électro. On retrouve dans cet album les éléments qui composaient Stereo 7 mais c’est surtout en termes de dosage que les deux albums se différencient. On a également fait revenir des featurings déjà présents dans Stereo 7 comme c’est le cas avec Youthstar, Taiwan MC et Gavlyn. Nous essayons d’avancer tout en tissant des liens avec d’autres artistes afin d’avoir des parcours qui s’entrecroisent et pouvoir refaire des choses sur le long terme. Notre philosophie, c’est de ne pas faire notre chemin tout seul : une fois qu’on fait un feat, s’il s’est bien passé, on essaie de le renouveler dans un autre album.

Plein de choses sont donc dans la continuité de Stereo 7, mais plein de choses sont aussi plus modernes car la musique évolue et nous évoluons également. Nous sommes sensibles aux nouveautés dans la famille du DJing et surtout au future beat, qui s’assimile à du hip-hop avec des sonorités électroniques. Ces nouveautés viennent donc se métisser à notre travail d’origine.

Comment choisissez-vous vos collaborations ?

Ce qu’on aime bien, c’est de pouvoir faire un ping-pong avec les featurings. Il y a des personnes, tu leurs envoies 20 prods, ils en choisissent une, ils posent leur son et c’est bouclé alors que nous, nous ne voulons pas partir d’un morceau fini. On procède en envoyant à l’artiste un instru en cours puis on discute et on échange dessus afin de concevoir un morceau qui n’aurait pas pu exister si cet artiste n’avait pas été en face. Dans tous les morceaux, c’est important qu’il y ait ce tissu humain qui se crée.

On en revient au thème du puzzle dans la composition de l’album. On a opéré involontairement une parité hommes/femmes avec les MC et en plus de cela, on a un album qui réunit plusieurs langues. Nous avons en effet fait un son en français avec Lucio Bukowski du groupe lyonnais L’animalerie, un son avec Feback et Lyda Aguas, deux MC colombiennes que l’on a rencontrées dans leur pays, mais également pleins de sons avec des MC anglophones. On a donc une vraie mixité des langues et des sexes.

Comment vous-êtes vous réparti le travail sur cet album ?

J’ai fondé le groupe il y a maintenant 15 ans et je m’occupe principalement  de composer une base à nos sons. Syr cherche les samples puis on réarrange ça ensemble autour du scratch. C’est comme un puzzle. Bien sûr, il y a des choses qui sont de l’ordre de l’automatisme mais on utilise la platine comme un instrument. Je vais composer les sons à partir d’une idée ou d’un sample et Syr va venir interpréter ces sons. Il est plus dans la technique, dans l’art du scratch.

Est ce qu’il y a un morceau que t’as préféré produire, que ce soit d’un point de vue artistique ou humain?

C’est toujours pareil : sur ton album, tu as plein de sons qui se sont tous produits différemment en terme d’énergie. Il y a par exemple des sons que tu vas commencer très vite puis tu vas buter sur quelque chose et mettre trois mois à trouver la solution pour les achever. Il y a des satisfactions différents pour chaque morceau et ce sont des satisfactions qui peuvent aussi être relatives aux intentions de base que tu mets dans ton son. Ce sont des choses que les gens ne perçoivent pas forcément mais qui au final font toute la cohérence de l’album. Moi, j’ai toujours du mal à choisir un morceau ou un autre et quand nous sommes en sortie de disque, je suis toujours intéressé de savoir quel morceau a touché les gens. On se rend compte très vite que ce sont des morceaux à chaque fois différents. Ou alors, s’il faut choisir un son, très humblement, je les trouve tous super biens (rires).

On retrouve une forte influence des années 90 dans vos sons, notamment dans le clip de Bang. Est-ce que vous avez une nostalgie de cette époque?

Les années 90 sont l’âge d’or du hip-hop et pour nous, c’est là où on a commencé. Nous, on était au coeur du scratching quand ça a commencé à se populariser. C’est une période un peu magique car c’est là où notre passion pour le scratch et le hip-hop est née mais même si c’est nos origines, ça ne nous empêche pas de métisser nos sons avec toutes les techniques de production actuelles. Pour la sincérité avec notre parcours, on est toujours en train de faire des clins d’oeil à ces années là. C’est un point d’ancrage solide avec le hip-hop des années 90.

Le clip de Bang est un clin d’oeil à ces années 90. Il a été réalisé par Vincent Delpech qui est le DJ du groupe Chinese Man. On sort toujours un clip, qui nous permet de mettre en avant le côté featuring avec les MC, et un remix filmé où on met en avant la technique et la manipulation pure.

Votre rapport au scratch a-t-il également évolué ?

A la base, on scratchait uniquement sur des vinyles et on prenait nos samples sur des disques existants. Grâce aux nouvelles technologies, on peut désormais scratcher instantanément sur n’importe quel sons qu’on enregistre. Ça nous a permis de constituer notre propre banque de sons et donc de vraiment créer des morceaux originaux. Au milieu des années 90, le scratch et les DJ’s sur scène n’étaient pas habituels. Au début, on devait expliquer qu’une platine était un instrument. Ce n’est plus le cas en France mais quand on va dans d’autres pays comme l’Inde, on retrouve ce truc où les DJ’s sont un peu comme des ovnis. Ce qui est également beau avec le scratch c’est que tu commences par le hip-hop puis ça t’emmène en arborescence vers d’autres styles de musique. On y retrouve tout ce qui est de l’ordre des musiques improvisées avec l’introduction de samples avec des inspirations de jazz, de soul, de funk. C’est une musique vivante.

Quel est votre rapport aux cassettes et vinyles à une époque où, comme tu le dis, le numérique a de plus en plus de place dans la production musicale?

Sans vouloir faire le vieux, à l’époque internet n’existait pas vraiment et beaucoup de musiques ne sortaient qu’en vinyle afin que les DJ puissent les jouer. Une fois que les DJ recevaient les vinyles, ils en faisaient des mixtapes sur des cassettes pirates qui se vendaient sous le manteau. Ces cassettes avaient toujours une intro du DJ avec des scratchs et autre techniques. Dans notre album, Intro est justement un clin d’oeil à ces mixtapes. Le premier morceau de musique que j’ai sorti, je l’ai sorti sur une cassette et tous nos albums sont sortis en vinyle. Ça reste notre support de prédilection et depuis nos deux derniers albums, on fait la synthèse de toutes nos techniques. Bien qu’on soit passé en partie au numérique pour la production de ne propres samples, sur scène, on a toujours un vinyle sous la main. Notre rapport au vinyle a évolué car maintenant, on va chiner des disques à l’étranger tandis qu’en France on fait plus de recherches numériques.

Est-ce que tu peux nous donner quelques indices sur vos projets pour l’année 2019 maintenant que votre album est sorti ?

On a la Release party de l’album le 10 novembre à la Salle des Rotatives à Marseille. Quand tu sors un album, le but c’est de le détendre et de faire évoluer les morceaux car nous aimons bien avoir des sons en live qui diffèrent de l’album. L’objectif est de les faire évoluer perpétuellement en y intégrant de nouvelles choses pour qu’on puisse s’amuser toujours autant à les faire sur scène.

Comment avez-vous évolué dans votre rapport au live ?

A nos débuts, nous étions plus dans les compétitions de scratching, dans les performances mais aujourd’hui, on met le scratch au service de la musicalité. On allie des moments techniques et des moments plus poétiques avec l’instrumental et la vidéo. On a un panel de choses assez vastes mais cohérentes entre elles. Nous cherchons souvent à réécrire nos performances live en y laissant quelques places au freestyle.

Quel serait ton lieu rêvé pour une tournée ?

On a fait beaucoup de tournées dans le monde entier et c’est une grande chance qui se renouvelle. A chaque album, on remet les choses en jeu et on espère toujours pouvoir retourner là où on est déjà allé pour y faire de nouvelles rencontres. Ce qu’on fait, c’est déjà au-delà de ce qu’on aurait pu rêver faire quand on était ado. On essaye de continuer ça et de le faire avec sincérité. Je suis jamais très fort quand il faut choisir quelque chose. Tous les lieux ont des ambiances différentes : les grande villes représentent un challenge car tout le monde te connaît alors qu’à l’étranger, on va faire découvrir nos sons.

Par Yulia Sakun.

Crédits photos : D.R

Rétrospective avec Hippocampe Fou

Entre deux sessions d’écriture, Hippocampe Fou a trouvé le temps de nous accorder une jolie interview, et de se livrer le temps de quelques questions, au jeu de la rétrospection, en nous partageant à la fois ressentis et souvenirs. Ressentis et souvenirs sur un album ayant pour nom Terminus, sorti il y a quelques mois, mais aussi sur des débuts self-made déjà prometteurs à l’époque, que la jeune génération se porte encore à lui envier.

Si Hippocampe Fou s’est toujours décrit comme un amoureux des images et des mots, c’est d’autant plus par la sortie de Terminus qu’on confirme son hallucinante dextérité. L’artiste a su réaliser un triptyque de son art musical en entrelaçant trois thématiques : l’eau, les cieux et le retour à la terre. Dans ce troisième opus, Terminus, on se plaît à le surnommer Hippo, version plus authentique de lui-même, avec qui on se sent lié par des vécus similaires qu’il raconte en toute honnêteté et sans artifices. Ce dernier constitue la pièce manquante d’un long (et lent) puzzle grâce auquel on peut enfin accéder à la compréhension de l’univers d’Hippocampe Fou dans son entièreté. Introspection, thérapie et sonorités jazz sont les mots clés de cette nouvelle série de tableaux musicaux que nous offre l’auteur-compositeur-interprète. Bien plus que du rap, c’est là une invitation à creuser dans l’intimité de cet adepte du story-telling. Allons ensemble à la rencontre d’un artiste brouillant les frontières entre musique et cinéma. Rendez-vous dans l’underground.

En écoutant mon cœur palpiter, il s’est arrêté
Il a fallu que l’on m’enterre pour me ranimer

-Underground

Hello Hippo, qu’est-ce que tu ressens aujourd’hui quand tu réécoutes les morceaux de Terminus, quelques mois après la sortie de l’album ?

Comme je les interprète en live, j’ai pas vraiment l’occasion de les réécouter, je les vois juste vivre et revivre, eux qui avaient été figé dans le temps en studio. C’est plus au niveau du regard du spectateur qu’il y a un changement, c’est de mieux en mieux, je maitrise de plus en plus mes textes. Mais le live c’est aussi fourbe parfois, car comme j’ai l’occasion d’interpreter les morceaux au fur et à mesure, il m’arrive de me dire « j’aurai peut-être du changé cette phrase ou accélérer ce passage ». Le morceau continue d’évoluer finalement et le morceau prend vie seulement en tournée.

Tu parles beaucoup de sincérité dans l’album et tu dis t’être beaucoup livré dans cet album, c’est pas difficile d’en dire autant sur scène, devant les gens qui viennent t’entendre ?

C’était réfléchi, je pense que ça m’a fait du bien de dire certaines choses en live. Je renie rien, même si j’étais pas dans une démarche d’introspection finalement, il y a toujours eu une forme de sincérité dans ce que j’écrivais puisque ma musique a toujours été le reflet de mes envies du moment, déjà sur mes titres datant de plus 10 ans. C’est aussi une idée qui vient en vieillissant de vouloir se livrer de plus en plus, et au contraire, c’était thérapeutique dans un sens qu’il s’agit de lâcher certaines phrases en live et de voir que certaines personnes parvenaient à se reconnaître dans mes écrits.

Justement, il y a 10 ans déjà, tu sortais Chez moi il y a un lama sur YouTube ? Est-ce qu’à ce moment là tu considérais déjà sérieusement la musique ou ce n’était encore pour toi qu’un simple hobby ?

Avec un père musicien, vivre de ma musique est toujours apparu comme quelque chose d’envisageable. Mon père ne roulait pas sur l’or, mais il avait la chance de faire un métier qui lui plaisait. Plus tard quand je me suis lancé, mes parents m’ont donc toujours encouragé dans cette voie. Ils ne m’ont jamais poussé vers des voies plus classiques en essayant de m’éloigner de la musique, au contraire. Qui plus est, j’ai mis deux ans à devenir intermittent après les vidéos rap et ça faisait déjà plus de 5 ans qu’il y avait une réflexion à propos de faire de la musique un métier.

Le dernier clip d’Hippo sorti aujourd’hui

Fallait pas rigoler est le titre le plus écouté du dernier album, est-ce que tu t’y attendais ?

Ce n’était pas une grande surprise car au moment j’ai trouvé le concept du morceau, je l’ai rapidement enregistré, parce que parfois tu vois un peu, surtout au fil des années, quand un titre a du potentiel. Je pense que l’instru avec ses tonalités électroniques est plutôt dans l’ère du temps, comparé à d’autres morceaux en acoustiques, un peu plus risqués. Celui-là a un côté un peu dansant et c’est vrai que j’en ai un bon écho par mon équipe, il a également été bien accueilli par le public assez rapidement, donc on savait que ce morceau avait un petit quelque chose.

Ton nouveau clip, c’est d’ailleurs celui de Fallait pas rigoler, qu’est-ce que tu peux nous en dire ?

Le clip est sorti aujourd’hui, un mois avant ma date au Trianon. Le clip a été réalisé par quelqu’un de brillant, honnêtement j’ai rarement rencontré des réalisateurs aussi bluffants. Il maîtrise super bien et le CNC a soutenu notre clip, ce qui nous a permis d’avoir un joli budget, grâce auquel on a pu s’amuser un peu. Ce qui est impressionnant, c’est que c’est un clip plutôt ambitieux et onéreux et notre réal a fait ça en toute confiance, sans la moindre arrogance, il sait où il va. Il s’appelle Victor Laborde (victorlaborde.com), il a tout juste 21 ans et je suis persuadé qu’on le retrouvera au cinéma, sur tous les clips, mais en tout cas on va entendre parler de lui. Il a une maturité et une expérience qui inspire le respect.

Une de tes grandes caractéristiques, et notamment ce pourquoi on te différencie facilement des autres, c’est parce que tu as réalisé une trilogie de trois albums ; est-ce que l’on se sent pas parfois un peu coincé ou frustré quand on s’impose des univers entiers pour ses albums ? Comment on crée en respectant un thème ?

Justement, j’y trouve là tout mon plaisir, c’est assez jouissif quand tu as un concept entier, car tu rentres dans le monde que tu t’inventes et finalement on trouve le plaisir dans cette contrainte, car on réussit à former un tout cohérent. Une chose est certaine, c’est que moi ça me motive et finalement, ces contraintes m’aident à écrire dans le sens où quand tout est permis c’est parfois un peu plus bancal. J’apprécie énormément quand un projet est pensé de A à Z, avec une logique et c’est ce que j’ai essayé de reproduire ici.

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La pochette de Terminus

Souvent quand tu parles de l’album, tu utilises des images, et tu le décris de manière presque schématique ; lorsque tu écris tes chansons, les images viennent toujours en premier également ? Ton processus de création est-il premièrement toujours visuel, avant même d’être musical ou lyrique ?

Tout à fait. Quand j’écris, j’ai besoin d’un cadre, de planter un décor. Alors parfois, c’est très simple, notamment sur Aquatrip où on utilise un champ lexical de l’océan et des références culturelles qui peuvent s’en rapprocher. Avec Terminus en revanche, c’était plus complexe, car le thème de l’introspection m’a poussé à raccrocher chaque morceau à un thème différent de ma maison. Même si j’avais eu l’idée du thème de l’album avant même de le commencer et qu’il y avait une correspondance puisque qu’il s’inscrivait dans la continuité des deux albums précédents, il a fallu aller développer le visuel encore plus loin.

Embourbés dans la routine, ils dépérissent, la vérité s’est remaquillée
Ils aimeraient tant retourner le sablier, recoller les débris de rêves éparpillés

-Mes Voisins

D’ailleurs, cet album j’aurais pu l’appeler ma maison ou dans mon terrier, mais j’aimais bien ce côté presque apocalyptique du « terminus, tout le monde descend » et pouvoir laisser planer que ça aurait pu être le dernier. Il y a une certaine fatalité aussi dans Terminus, c’est ce qu’on a recrée avec la pochette épurée avec un trou, Hippo est dedans, est-ce qu’il est mort ? Donc là pour en revenir au visuel de l’album, j’ai essayé de suivre l’image de l’errance souterraine, l’idée de réussir à te perdre dans un endroit que tu connais bien.

Pour en arriver à ce résultat, tu te fixes des heures de travail régulières ou tu suis ton inspiration ?

Honnêtement, j’ai besoin d’être à la bourre. Me sentir dans l’urgence et me dire « aïe Hippo bouge-toi c’est dans deux semaines ». Je prends quand même le temps, je ne bâcle pas le travail, mais je termine jamais en avance ça c’est sûr. Quand j’ai trop le temps souvent je me prends trop la tête, j’avance trop lentement alors parfois ça me fait du bien de me sentir pressé par le temps.

Sa performance live au Reggae Sun Ska 2017

Le temps… Deux sons dans l’album : pas le temps et lent. C’est pas super paradoxal ? Le premier dit que tu as le temps de rien, l’autre que tu pourrais faire le tour du monde en 80 siècles.

Au final je suis quelqu’un de lent, qui est forcé de s’adapter, dans un monde où tout va vite. Je suis profondément lent, je ressemble plus à un paresseux qu’à un guépard dans mes déplacements, mais je garde conscience qu’on est dans un monde au rythme quasi indécent. C’est aussi pour ça que j’ai utilisé « nous » n’avons pas le temps, je m’inclus dedans, mais je voulais aussi pousser les gens à une petit réflexion, se demander : est-ce que je ne suis pas oppressé par la rapidité de la société et de l’environnement dans lequel je vis ? Cette vitesse, on se l’impose par dépit, mais on nous l’impose aussi et c’est ça qui est fou. Des fois, ne serait-ce pas bon de prendre un peu de recul ? Ce qu’il faut comprendre de Pas le Temps, c’est que même si on l’a pas, il faut le prendre.

Pas le temps de percer des mystères
Pas le temps de laisser mijoter nos rêves dans la Grande Ourse
Pas le temps de vérifier nos sources, faut gagner la course

– Pas le temps

Il y a quelques jours, tu fais un live sur facebook pour « ta communauté », à la fin il y a une petit exclu’, c’est ce qu’on retrouvera sur le prochain projet ?

Non du tout. C’est un morceau live, il faut venir en concert pour l’écouter en bonne qualité. La blague, c’est que le live facebook avec un téléphone c’est pas une très bonne qualité donc y a cette petite frustration de pas pouvoir l’écouter, le réécouter ou avoir un son de qualité. Ce morceau ne connaîtra pas de version studio, j’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire car c’est vrai que comme je dis dans un morceau de l’album, j’ai du mal à me lâcher pour parler espagnol, je ne me sens pas à l’aise donc c’était un gros challenge pour moi et c’était surtout pour appâter le public. J’ai pu un peu exorciser cette gêne de chanter en espagnol et me dire que « si j’en ai envie, je peux ».

Le clip d’Underground

Mais ce nouveau projet secret, c’est quoi alors ? Comment tu le décrirais en trois mots ?

Musique, spectacle vivant et cinéma : mélange des trois choses qui me passionnent. Ça pourrait être aussi voyage, conte et aventure. On sera dans quelque chose qui faudra venir voir dans les salles de théâtre, c’est plutôt inédit textuellement, ce ne sera pas une re-masterisation de morceaux, c’est que du neuf. Et bien sûr, j’ai pas fini… Donc il faut que je me dépêche. Et tout ça arrivera bientôt.

La question de l’engagement revient souvent sous tes commentaires des réseaux sociaux, c’est quelque chose que tu comptes accentuer ? Ou souhaites-tu rester un peu à part et faire de la musique pour la musique ?

J’ai mes convictions et mes émotions, je les transmets à mes auditeurs mais je demeure très vigilant en essayant de ne pas relayer les sujets d’actualité qui n’ont pas encore été digérés. Je garde les choses pour moi et si un jour j’en ressens le besoin, j’essaierai de me positionner seulement sur des sujets intemporels. J’ai cette sensation que ça perdrait un peu de sens si je parlais de sujets qui ne dureront pas, et dont les gens ne se souviendront pas d’ici une cinquantaine d’années. Par exemple, j’ai horreur des annotations en littérature, je n’aime pas qu’on fasse référence à des choses qui ne nous affectent déjà plus, ou qui ne sont pas accessibles à tous. J’apprécie davantage les thématiques universelles, notamment allégoriques ou de l’ordre du conte.

Hippo 2 (© Kop3to & Shinoart)

Justement, en parlant du conte, comme tu le dis souvent, tu t’es inspiré du monde de Disney dans cet album, en recréant des sortes de bandes-originales, est-ce tu as parfois une certaine retenue vis à vis de tes enfants en te disant « je ne peux pas écrire là-dessus, mes enfants vont m’écouter plus tard » ou est-ce que tu dis qu’ils grandiront et qu’ils comprendront ?

Réponse B ! (rires) On reste enfant toute sa vie et je veux rien m’interdire car si je pars du principe de ne pas brusquer mes enfants et de ne pas aborder avec eux les sujets dits « tabous », quand ils seront grands, ils devront découvrir tout ça par eux-même. Je ne pense pas que ce soit la meilleure solution. Là, quand ils écouteront les sons un peu coquins quand ils seront adultes, ils se diront : « mon daron est un peu foufou » ; et je pense qu’ils en seront ravis ! Je balance des insanités, mais si je le fais, je ne leur fais pas écouter. J’adore écouter du rap comme Al Kapone ou Booba, ce n’est pas le type de rap que je fais mais évidemment, je ne leur fait pas écouter ça.

Si t’arrêtes pas de faire des bras de fer avec Morphée
J’en ai marre de devoir border
Ce galopin qui quémande un câlin, mais quelle corvée
Rendors-toi ou j’t’abandonne au bord d’une autoroute
Et t’iras bouder dans un grand dortoir
Allez, fiston, bois ton biberon
Et ne réveille pas ta sœur ou je vide ton compte, au revoir

-Dormez-vous

Comment tu gères ces déplacements entre ta famille aux US et ta carrière en Europe – plus particulièrement en France ?

J’essaie d’aménager mes temps de tournées, et de caser tout au même endroit. J’enchaîne un maximum sur des périodes plus ou moins longues. Après, mon objectif c’est ni d’être le plus connu, ni d’être le meilleur papa de la Terre, le mien c’est de trouver l’équilibre parfait entre ces deux grosses parties de ma vie. Je m’efforce de ne pas sacrifier l’un aux dépens de l’autre.

Ta date au Trianon dans un mois, comment ça se passe ? Elle représente quoi ?

C’est un peu « notre date » de l’album. Il y aura mes proches, des pros et c’est celle où on veut que les gens se souviennent. Il y a deux ans, c’était à La Cigale, on avait fait débarqué un lama et y avait pas mal d’invités comme Gaël Faye, on en tire une bonne expérience, donc on espère pouvoir réitérer des expériences toutes aussi croustillantes le 30 novembre ! Faut que ce soit surprenant et que ça reste. Dans le planning c’est écrit en très gros : TRIANON.

Presque rien – Hippocampe Fou & Gaël Faye, ça donne ça

Le 1er décembre prochain, tu seras à la Cartonnerie de Reims, accompagné de Gaël Faye, tu es content de pouvoir retrouver cet artiste avec qui tu avais collaboré pour Presque rien ?

Carrément ! Gaël Faye, c’est un peu ma référence, en termes de poésie, de prestation, et ça m’arrive des fois de me dire en m’écrivant : « Gaël aurait poussé le truc un peu plus loin ». Et c’est important je pense de travailler avec quelqu’un qui nous sort un peu de notre zone de confort. Il a une plume incroyable et c’est encourageant de voir ce qui lui arrive en ce moment, surtout qu’on travaille avec la même équipe. C’est un artiste que je suis de très près, avec qui je serais ravi de jouer à nouveau à la Cartonnerie et je lui souhaite toute la réussite possible. En plus, c’est Barcella qui nous fait jouer à ce festival, et lui aussi il était là à la Cigale il y a deux ans, donc cette date, c’est un peu la famille.

Si nous sommes réunis ici aujourd’hui, c’est pour dire adieu à notre cher Hippo qui nous a quittés trop tard.

-Lent

Par Eléna Pougin

Crédits photo : Kop3to & Shinoart